Annie-Kim Charest-Talbot pourra reprendre ses études au Cégep de Trois-Rivières dès l'automne.

Annie-Kim Charest-Talbot de retour au Cégep

TROIS-RIVIÈRES — Annie-Kim Charest-Talbot pourra finalement poursuivre ses études au Cégep de Trois-Rivières. La jeune femme atteinte de paralysie cérébrale qui s’était fait refuser l’accès à un cours de théâtre, cours obligatoire pour compléter sa formation en communication, a rencontré la direction du Cégep de Trois-Rivières vendredi après-midi, rencontre au cours de laquelle elle a obtenu l’assurance de pouvoir terminer ses études.

«On m’a assuré qu’on me donnerait les clés facilitantes pour continuer. Mme Harvey (N.D.L.R Dany Harvey, coordonnatrice du Service d’aide pédagogique individuelle) a rétabli le lien de confiance et m’a assuré qu’on allait m’accompagner dans le chemin des mes études», a expliqué Annie-Kim, en entrevue téléphonique.

Le cours de Théâtre québécois, qui était au coeur de la mésentente, ne se donne pas au programme à la session d’automne prochain. Toutefois, on fournira une liste de cours qu’elle pourra suivre pour poursuivre son cheminement scolaire. Quant au cours en question, elle n’a pas encore reçu l’assurance à 100 % qu’elle pourra le suivre à une autre session, mais ne s’en formalise pas. «On m’a promis de m’accompagner pour que je puisse réussir et c’est ce qui est important. Je suis contente et ça me soulage qu’on ait eu cette belle ouverture. J’espère que ça va continuer comme ça», indique-t-elle.

Visiblement fatiguée des émotions vécues durant les deux derniers jours, Annie-Kim indique qu’elle prendra les prochains jours pour se reposer et décanter tout ça, et fera son choix de cours par la suite pour assurer son retour au Cégep de Trois-Rivières dès la session d’automne 2018. 

La direction du Cégep n’a pas voulu commenter, vendredi, le dossier.

Syndicat

L’histoire d’Annie-Kim Charest-Talbot a fait vivement réagir le Syndicat des employés de soutien de l’endroit. Au-delà du cas précis de Mme Charest-Talbot, le syndicat considère que les services offerts aux étudiants ayant besoin de services adaptés sont insuffisants.

«Le service adapté n’existe pas depuis des années, mais les besoins ont grandement évolué et on n’ouvre pas de postes supplémentaires. Les gens qui sont aux services adaptés sont débordés, il y a une surcharge de travail épouvantable», constate la présidente du syndicat, Danielle Dufresne. 

Selon le syndicat, environ 250 étudiants ont besoin de l’un ou l’autre des services adaptés, allant de la simple surveillance spéciale lors d’examens jusqu’à la présence en classe d’un interprète durant tout le parcours scolaire. «Pour les aider, nous avons une technicienne en éducation spécialisée et deux professionnelles.  On peut compter aussi des accompagnateurs qui sont engagés mais qui peuvent être congédiés facilement si l’étudiant ne poursuit pas sa session», ajoute Danielle Dufresne, qualifiant les ressources de nettement insuffisantes et en appelant à un réinvestissement massif de la part du gouvernement dans les services adaptés.

Du même souffle, le syndicat se désole de voir que la jeune Annie-Kim a dû, en dernier recours, se tourner vers les médias pour que son dossier puisse aboutir, après près de quatre mois de démarches. «Ce qu’on déplore, c’est que si elle n’avait pas parlé, il ne se serait rien passé. Depuis un an, le Collège prend des décisions à la va-comme-je-te-pousse. Ce n’est pas le seul cas. Il y a eu la suspension des programmes et nous en passons. Nous sommes heureux que l’étudiante ait été contactée par la direction et qu’on reconsidère son dossier, mais le mal est fait.  Faut-il applaudir parce que le collège change d’idée ou faut-il continuer à dénoncer les décisions prisent sans analyse faite», se demande Danielle Dufresne.

En ce sens, Mme Dufresne constate que le changement de cap du Cégep dans ce dossier pourrait se comparer à la volte-face faite par la direction de Walmart devant le tollé populaire qui a suivi la suppression de son programme d’insertion des personnes handicapées en emploi. «On semble avoir plié sous la pression populaire ici aussi, et c’est ce qui est très déplorable», ajoute la présidente du syndicat.

Direction

De son côté, la direction du Cégep de Trois-Rivières ne fait pas la même lecture des faits que celle faite par le syndicat. Bien qu’elle reconnaisse que les employés affectés aux services adaptés sont «bien occupés», l’équipe en place et les ressources déployées sont en mesure de répondre à la demande, assure Dany Harvey, coordonnatrice du Service d’aide pédagogique individuelle, qui précise que ce sont plutôt 360 étudiants, et non 250, qui ont recours aux services adaptés.

«Il n’existe pas de ratio ministériel pour les services adaptés, c’est le cas pour tous les collèges d’enseignement. Notre équipe ici peut aussi compter sur deux agents de bureau qui peuvent de leur côté assurer certains services, notamment la surveillance d’examen par exemple. Ce sont donc cinq personnes qui sont attitrées à ce service, en plus des ressources externes que nous allons chercher lorsque les besoins sont présents. On assure un engagement personnalisé avec l’étudiant», indique Mme Harvey. 

D’ailleurs, elle convient que si davantage de cas lourds devaient se présenter, la direction du Cégep s’assurerait aussi d’ajuster les services en conséquence. «Nous avons un souci de desservir notre clientèle, de répondre aux besoins de l’étudiant mais aussi un souci de rétention», constate-t-elle.

Mme Harvey avoue avoir de la misère à accepter qu’on qualifie les décisions prises par la direction comme étant à la «va-comme-je-te-pousse». «La concertation, elle est là en permanence, dans les grandes décisions tout comme dans nos actions du quotidien. Il y a des consultations qui se font et la direction fait preuve d’une grande transparence. Évidemment que ça fait mal de devoir, par exemple, mettre en pause des programmes. Ça nous fait mal aussi quand la clientèle n’est pas au rendez-vous. On peut avoir la perception que les décisions n’ont pas été concertées, mais je ne peux absolument pas aller dans ce sens-là, parce que ce n’est pas le cas», relate Dany Harvey.