Mélanie Ricard et Éric Déry.

Animaux errants et abandonnés: un nouvel organisme dans la région

TROIS-RIVIÈRES — Un nouvel organisme est en train de s’implanter sur le territoire de la Mauricie afin de capturer les animaux errants et leur trouver une nouvelle famille. Le Réseau d’aide aux animaux abandonnés et errants de la Mauricie (RAAAEM) attend d’une journée à l’autre de recevoir son enregistrement à titre d’entreprise sans but lucratif.

Pour l’instant, ils sont deux bénévoles à y oeuvrer, depuis le mois d’août et à intervenir dans les municipalités desservies ou non par la Société protectrice des animaux de la Mauricie. Mélanie Ricard, technicienne en santé animale et employée d’une clinique vétérinaire de Trois-Rivières et Éric Déry, de Shawinigan, souhaitent même ouvrir bientôt un local pour y loger certains animaux. Pour l’instant, ils sont confiés à des familles d’accueil temporaires bénévoles jusqu’à leur adoption.

«Juste pour le mois de janvier, 15 chats sont entrés et 15 chats ont été adoptés», indique Mme Ricard pour illustrer la pertinence de son organisme.

C’est M. Déry qui, habituellement, capture les chats qui sont alors apportés à la clinique où travaille Mme Ricard. Ils sont alors soignés, vermifugés à prix réduit et surtout stérilisés, car les deux bénévoles veulent la même chose que la SPA, c’est-à-dire éviter la prolifération des animaux errants.

Tous ces soins, on s’en doute, coûtent très cher. C’est pourquoi les chats qu’ils capturent sont vendus pour la somme de 200 $ (comparativement à 90 $ à 155 $ à la SPA, selon l’âge de l’animal), ce qui paie les frais vétérinaires et la nourriture tout en laissant un petit profit pour continuer l’oeuvre, expliquent-ils. Contrairement à la SPAM, le RAAAE Mauricie ne compte pas sur des revenus de médailles obligatoires. Par contre, l’organisme fait signer un contrat aux familles d’accueil et aux familles d’adoption pour s’assurer que l’animal sera bien traité.

Le RAAAEM utilise également la plate-forme GoFundMe, pour se financer et vend divers objets.

Du côté de la SPAM, on a très vaguement entendu parler de l’initiative des deux bénévoles. La porte-parole, Sarah-Lise Hamel rappelle toutefois qu’il existe un règlement municipal selon lequel «toute personne qui trouve un animal errant doit le signaler à l’autorité compétente, qui est nous et il doit le remettre sans délai». Or, constate-t-elle, «eux ne nous les remettent pas» malgré le règlement.

M. Déry explique qu’il ne veut pas d’histoire avec la SPA et que son organisme «fait ce que la SPA ne fait pas», c’est-à-dire qu’il se rendra sur place et attendra patiemment de pouvoir capturer un animal signalé par un citoyen pour lui trouver ensuite une famille. Jusqu’à présent, les deux bénévoles affirment avoir trouvé, grâce aux réseaux sociaux, une famille à tous les animaux recueillis et qui ont été confiés, entre-temps, à l’une ou l’autre des dix familles d’accueil temporaires qui se sont liées au Réseau.

M. Déry capture lui-même les animaux qui, à première vue, lui semblent abandonnés ou errants. Parfois, «si on a des doutes», précise Mme Ricard, la clinique vétérinaire avec laquelle son organisme fait affaire vérifiera si l’animal porte une micropuce qui permettrait de l’identifier.

À la SPA, on nous indique que «les animaux, s’ils sont perdus et que ça fait quelque temps qu’ils sont à l’extérieur, ont l’air d’être errants, mais nous recevons ici beaucoup de signalements d’animaux perdus. Donc, si les animaux qui sont retrouvés sur le territoire ne passent pas par nous, c’est difficile de faire des correspondances», fait valoir la porte-parole de la SPAM. Certains portent une micropuce qui permet de les identifier systématiquement et peuvent donc être retournés à leur propriétaire.

La SPA de la Mauricie possède beaucoup de cages-trappes dont les citoyens peuvent se servir s’ils veulent capturer un animal errant pour le remettre ensuite à la SPA. «C’est sûr qu’on demande l’aide des gens quand il y a des animaux errants à capturer», reconnaît Mme Hamel. Si un animal errant est en constant déplacement et donc difficile à cerner, il y a peu de chance qu’un inspecteur de la SPA puisse le capturer, plaide-t-elle. «Souvent, l’animal n’est plus là», dit-elle. À défaut de pouvoir utiliser une cage-trappe, si l’animal est dans un endroit confiné, on peut bloquer la sortie le temps que les patrouilleurs arrivent, suggère la porte-parole.

Légitime ou non, le RAAAE Maurice veut la même chose que la SPA soit que les gens fassent stériliser leur animal afin d’éviter la surpopulation, en particulier des chats.

Le rapport annuel de 2017 de la SPAM indique que 73 % des entrées d’animaux, cette année-là, ont été des chats. Le taux d’euthanasies avait également baissé de 3 % chez les chats. «Notre équipe n’a d’autre choix que d’euthanasier certains d’entre eux par manque d’espace. Cette réalité sera chose du passé lorsque le centre d’adoption verra le jour», indique le rapport. Le rapport de 2018 n’est pas encore disponible, indique Mme Hamel.

L’ouverture des nouveaux locaux de la SPAM est prévue pour ce printemps. Les chiffres les plus récents sur le nombre d’euthanasies de chats à la SPA de la Mauricie figurent dans le rapport 2016. Elles sont passées de 3340, en 2013, à 2871 en 2016.

La situation n’est pas unique en Mauricie. Les refuges du Québec accueillent toujours deux fois plus de chats que de chiens, indique le rapport 2017. Les portées non désirées représentent un réel problème et la stérilisation est donc d’une grande importance. D’ailleurs, la SPAM offre désormais des stérilisations à moindre coût pour les personnes à faibles revenus.