Toujours aussi dépendante de l’impôt foncier, la Ville de Shawinigan pourrait difficilement annoncer une baisse de taxes pendant la crise sanitaire, selon le maire, Michel Angers.
Toujours aussi dépendante de l’impôt foncier, la Ville de Shawinigan pourrait difficilement annoncer une baisse de taxes pendant la crise sanitaire, selon le maire, Michel Angers.

Angers souhaite que les municipalités ne soient pas oubliées

Shawinigan — Non seulement la crise sanitaire ajoute-t-elle une pression sur les coffres des municipalités, mais elle met à nouveau en évidence leur vulnérabilité en raison de la provenance de leurs sources de revenus. Le maire de Shawinigan espère que le gouvernement du Québec pensera à elles au cours des prochaines semaines.

Lors de la séance régulière du conseil par visioconférence mardi soir, Michel Angers a profité d’une question formulée par écrit par l’ex-député de Saint-Maurice, Robert Deschamps, pour dépoussiérer cet enjeu.

L’ancien représentant adéquiste se demandait pourquoi la Ville puisait dans ses coffres pour aider les petites entreprises de Shawinigan alors que les paliers supérieurs débloquaient des milliards de dollars à cette fin. Les contribuables étouffés par les taxes devraient être mis en priorité pour bénéficier d’un allègement de leur fardeau fiscal municipal, a-t-il suggéré.

M. Angers a d’abord précisé que les enveloppes utilisées, les deux versions du Fonds local d’investissement et le Fonds de développement des territoires, provenaient justement de Québec. De plus, il s’agit principalement de prêts.

«Il n’y a pas un seul sou des taxes municipales qui vient en aide aux entreprises», tranche le maire.

M. Angers s’est particulièrement animé sur la suggestion portant sur la diminution des taxes.

«Il faut savoir que 75 % à 80 % des revenus d’une ville proviennent de l’impôt foncier» rappelle-t-il. «La fiscalité municipale est totalement désuète, d’une autre époque, d’un autre siècle.»

«Sur cette base, il serait préférable d’avoir une usine de 350 millions de dollars complètement robotisée, plutôt qu’avoir CGI, qui compte 300 employés au centre-ville et qui ne nous rapporte pas d’impôts fonciers. La perte des usines Laurentide, Belgo et Rio Tinto Alcan, c’est 3,5 millions de dollars de revenus en moins. C’est notre responsabilité de gérer le budget de la ville pour assurer un bon équilibre entre le compte de taxes et les services que nous octroyons.»

L’an dernier, le gouvernement provincial a annoncé un nouveau pacte fiscal avec les municipalités, mais leur dépendance aux revenus fonciers est demeurée pratiquement inchangée.

«Ça fait longtemps que je m’occupe de politique et je n’ai pas vu beaucoup de députés se lever à l’Assemblée nationale pour réclamer une nouvelle fiscalité, où il y aura un partage de la croissance de la richesse entre les municipalités et le gouvernement provincial», tonne le maire. «On vit avec une fiscalité du passé, mais on doit gérer au présent et pour le futur.»

Shawinigan est désavantagée par son virage numérique, reconnaît le maire, puisque la mobilité et la flexibilité des travailleurs n’implique pas nécessairement d’investissements dans de nouveaux bâtiments, qui apporteraient des revenus supplémentaires à la Ville.

Crise

Pour Shawinigan, cette pression financière est amplifiée par les congés d’intérêt accordés aux citoyens et l’annulation de nombreuses activités de loisirs, notamment. Le maire s’attend à obtenir un portrait clair de la nouvelle situation financière de la Ville au cours des prochains jours.

«On voit que de l’aide est donnée à beaucoup, beaucoup de monde, mais jusqu’ici, les municipalités n’ont pas eu de signal», déplore M. Angers.

«Le gouvernement nous demande beaucoup de choses. Il nous dit que nous pouvons organiser des camps de jour, mais nous allons diviser les groupes en deux ou en trois et nous allons payer plus de moniteurs. Dans les autobus, nous devons imposer la distanciation, mais nous devons absorber le déficit. Les Villes sont aux premières loges pour l’aide aux citoyens dans la COVID et nous devons prendre ça dans notre budget.»

M. Angers s’inquiète d’autant plus que la croissance du montant représentant 1 % de la taxe de vente du Québec, obtenue dans la dernière entente du pacte fiscal avec le gouvernement provincial l’an dernier, ne rapportera sans doute que des miettes. La crise sanitaire a imposé un fort ralentissement économique dont la durée demeure imprévisible. En 2020, l’entente prévoyait le versement d’un montant transitoire de 70 millions $ pour l’ensemble du Québec.

«Ce différentiel de point de fiscalité ne vaudra pas grand-chose dans le contexte actuel», laisse tomber M. Angers, qui se considère donc mal outillé pour accorder une baisse de taxes aux citoyens.

«Si on diminue les taxes, on diminue les services. Il faudrait choisir quels services devrait-on diminuer. Au contraire, les demandes vont plutôt vers une augmentation de services!»