Éric Milette, directeur général du Collège Shawinigan et Daniel McMahon, recteur de l’Université du Québec à Trois-Rivières, se sont fait complices jeudi matin pour donner la mesure de l’impact de leur institution respective en Mauricie.

Angers reluque une zone d’innovation

Shawinigan — La Ville de Shawinigan, l’Université du Québec à Trois-Rivières, le Collège Shawinigan et d’autres partenaires travaillent actuellement sur l’établissement d’une zone d’innovation au Centre-de-la-Mauricie, un concept chéri par le premier ministre François Legault. Une consultation est présentement réalisée par le ministère de l’Économie et de l’Innovation, en collaboration avec le député de Nicolet - Bécancour, Donald Martel.

Les premiers balbutiements de ce projet ont été dévoilés dans le cadre d’un déjeuner-conférence organisé par la Chambre de commerce et d’industrie de Shawinigan, jeudi matin. À cette occasion, Daniel McMahon, recteur de l’UQTR et Éric Milette, directeur général du Collège Shawinigan, étaient réunis sur la même tribune pour parler des 50 ans de ces deux institutions d’enseignement dans la région et des perspectives d’avenir.

La relation entre les représentants de ces deux maisons d’études supérieures et la Ville de Shawinigan a atteint un autre niveau depuis le développement de la culture du numérique au DigiHub. Mais les partenaires semblent maintenant prêts pour une autre étape.

«Je ne peux pas trop m’avancer encore, mais je peux dire que c’est en lien avec les zones d’innovation qui sont annoncées par le gouvernement du Québec», commente le maire, Michel Angers. «Elles donnent des opportunités particulières, avec des créneaux très précis. Ça implique des liens très étroits entre les maisons d’enseignement supérieur. Je travaille aussi avec le gouvernement canadien. J’aurai un assez gros projet à soumettre dans le cadre de cette initiative sur les zones d’innovation.»

M. McMahon cache difficilement son enthousiasme devant le plan qui se dessine. Il qualifie même le projet de «très avancé», en lien avec les technologies de l’information. Il souhaite faire de la Mauricie le troisième pôle au Québec, un objectif établi par Shawinigan au moment de la création du DigiHub.

«Le programme des zones d’innovation vise à revitaliser certaines sections d’une municipalité, à redonner vie à des bâtiments avec de la recherche, du développement de différents créneaux», explique-t-il. «Avec le maire, le nouveau gouvernement, le Collège, on voit à développer un projet qui nous permettrait d’avoir un pied à terre à Shawinigan, dans un secteur de recherche.»

Au fil des années, l’établissement d’un campus satellite de l’UQTR à Shawinigan a déjà été évoqué, mais M. McMahon mentionne que la proximité avec Trois-Rivières rend cette hypothèse peu intéressante.

«Je préfère travailler sur de la complémentarité», avance le recteur. «Trouvons un projet qui permet de développer quelque chose de spécifique pour Shawinigan. À partir de là, c’est facile à vendre au gouvernement.»

«Nous avons déjà un pied au DigiHub, avec les deux formations que nous offrons (en numérique)», rappelle M. Milette. «C’est peut-être l’embryon vers d’autres projets...»

Défis

Les deux dirigeants ont partagé l’histoire de leur institution respective et leur impact en Mauricie pendant près d’une heure, devant une cinquantaine de personnes. Ils ont notamment insisté sur l’importance de l’UQTR et du Collège Shawinigan dans la hausse de scolarité de la population et leurs retombées économiques au fil des décennies.

Le recrutement d’étudiants constitue toujours un défi. Les deux institutions parviennent à maintenir leur clientèle de peine et de misère au cours des dernières années, en raison du contexte démographique régional. Selon l’Institut de la statistique du Québec, la population des 15-24 ans baisse continuellement à La Tuque, Shawinigan, Trois-Rivières et dans les trois MRC mauriciennes depuis 2014. Par contre, le développement de formations de niche, autant au Collège Shawinigan qu’à l’UQTR, leur permet de conserver leur attractivité. L’autre partie du défi consiste à garder les diplômés dans la région.

«Dans cette histoire de 50 ans de cohabitation, la complémentarité entre les niveaux collégial et universitaire n’a pas toujours été considérée à son plein potentiel», reconnaît M. Milette. Depuis une quinzaine d’années toutefois, les liens se sont raffermis.

«Au lieu d’exister côte à côte, sans se parler, nous avons décidé de travailler très fort à mettre en commun nos expertises et nos forces dans un objectif axé sur la réussite des étudiants, mais aussi sur la cohérence et la qualité de leur parcours académique. L’un des meilleurs exemples est la formule des dec-bac», souligne M. McMahon.

«L’objectif est de diminuer le dédoublement des connaissances en raison de matières déjà vues dans la formation technique», précise M. Milette. «La diminution des duplications permet ainsi d’assurer un meilleur arrimage entre les programmes collégiaux et universitaires d’une même famille et assure ainsi une plus grande cohérence dans la formation.»

«Nous sommes condamnés à travailler en collaboration», sourit M. McMahon. «On vise à maximiser le potentiel en utilisant les forces de chaque institution.»

Le directeur général du Collège Shawinigan souhaite que la communauté d’affaires interpelle ses institutions d’enseignement pour savoir comment elles peuvent être plus pertinentes dans leur milieu. Il souhaite aussi qu’elle intègre les stagiaires dans ses organisations, qu’elle embauche leurs diplômés et qu’elle leur fasse confiance pour la formation continue et le perfectionnement.

«Nous n’avons pas de boule de cristal», fait remarquer M. McMahon. «Mais si on échange continuellement, nous serons en mesure d’avoir plus d’agilité dans nos systèmes.»