Selon Michel Angers, maire de Shawinigan, le financement public de la Route des brasseurs ne devrait pas être accordé si le Trou du diable n’en fait pas partie.

Angers en faveur du retrait du financement

SHAWINIGAN — Si le Regroupement des microbrasseries de la Mauricie (RMM) n’arrive pas à trouver un terrain d’entente avec Molson-Coors pour l’inclusion du Trou du diable dans la Route des brasseurs en Mauricie, il ne devrait tout simplement pas bénéficier d’un financement public pour mener à bien son projet touristique. C’est du moins l’avis du maire de Shawinigan Michel Angers, qui déplorait jeudi que le RMM ait indiqué publiquement qu’un rapprochement avec Molson-Coors lui semblait impossible pour le moment.

Du même souffle, le maire, qui siège au même titre que plusieurs élus sur le comité de sélection du Fonds d’appui au rayonnement des régions (FARR), reconnaît que le comité n’a peut-être pas totalement fait ses devoirs lorsqu’il a approuvé le financement de 80 000 $ à la Route des brasseurs, un financement divisé à parts égales entre Québec et Tourisme Mauricie. Les documents qui y avaient été présentés par le RMM pour mener à bien ce projet présentaient effectivement douze microbrasseries de la région, excluant le Trou du diable, ce qui a visiblement échappé aux décideurs qui allaient donner leur aval à ce projet. Fait à noter, avec le retrait du Broadway Pub afin d’être solidaire avec l’autre brasserie shawiniganaise, c’est tout Shawinigan qui est exclue de cette initiative touristique.

«Dans la réalité, ni les préfets, ni les directeurs de développement économique, ni le ministère ne s’étaient aperçus que le Trou du diable n’était pas là. C’est même moi qui a vanté la Route en parlant du Trou comme d’une bougie d’allumage qui a contribué au virage économique que connaît Shawinigan. C’est probablement de notre faute. On aurait dû être beaucoup plus attentif. Mais est-ce que de façon honnête et transparente, le regroupement a indiqué au ministère que des microbrasseries n’étaient pas là en raison d’un débat plus idéologique que touristique? Je n’ai pas eu de réponse. Si on l’avait su, jamais on n’aurait accepté de faire du financement quand une des microbrasseries de la région est exclue», lance Michel Angers.

Le maire de Shawinigan, Michel Angers

Mercredi soir, la Table des préfets s’est réunie et a voté unanimement en faveur de l’inclusion du Trou du diable dans cette Route des brasseurs, indique le président de cette table, le préfet de Maskinongé Robert Lalonde. «Logiquement, on devrait avoir une régionalisation dans ce projet, et c’est ce qu’on demande au RMM. On leur demande de réviser leur position. On attend un signal positif de leur part pour s’assurer que tout le monde travaille sur la même longueur d’onde», évoque M. Lalonde, qui ne veut pas pour le moment parler de révocation du financement. «Il est trop tôt pour penser à ça», convient-il.

Michel Angers pour sa part est plus tranchant. En excluant le Trou du diable parce qu’ils sont maintenant distribués par Molson-Coors, le Regroupement des microbrasseries de la Mauricie, et son président Alex Dorval, a fait de cet outil touristique un outil de lutte idéologique qui ne devrait pas se faire avec de l’argent public. «Ils veulent faire une guerre de David et Goliath contre Molson pour que Molson puisse enlever les exclusivités dans les événements et attraits. S’ils veulent travailler en exclusion, ils peuvent le faire, mais pas avec de l’argent public. À ce que je sache, la bière du Trou du diable se brasse encore ici à Shawinigan. C’est le fonds d’aide au rayonnement régional. Ça le dit. Il faut travailler de façon inclusive. Je pense sincèrement qu’ils ne méritent pas le financement s’ils veulent travailler en exclusion», mentionne Michel Angers.

Mauvaise volonté?
Pour la ministre du Tourisme et ministre responsable de la région, Julie Boulet, il importe plus que jamais que les acteurs s’assoient de nouveau ensemble pour trouver une solution. Julie Boulet n’hésite cependant pas à parler de «mauvaise volonté de la part d’une des deux parties dans ce dossier».

La ministre du Tourisme, Julie Boulet

«C’est ordinaire! Si on veut des produits touristiques qui soient originaux, il faut que ce soit consensuel et que toute la région y soit représentée», lance-t-elle lorsque questionnée sur le résultat de cette initiative touristique.

«J’ai une sensibilité, je pense que le produit de la Route des brasseurs ne peut pas se faire en Mauricie sans avoir tous les joueurs. C’est un gros joueur, c’est une brasserie qui a été primée partout. Moi je pense que la controverse est légitime et c’est ce qu’on a demandé à la directrice (Tourisme Mauricie) pour asseoir tout le monde à la table et trouver des pistes de solution», évoque Mme Boulet.

La directrice générale de Tourisme Mauricie, Geneviève Boivin, a préféré ne pas commenter le dossier jeudi, disant vouloir garder ses énergies pour les démarches afin de tenter un rapprochement entre les diverses parties.

Le préfet de Maskinongé, Robert Lalonde

Le président du RMM, Alex Dorval, n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue. Les représentants du Trou du diable, quant à eux, avaient fait savoir dès mercredi qu’ils ne commenteraient plus le dossier.