Marc Lacour a été directeur de la protection de la jeunesse dans la région de 1992 à 2000. Il témoignait mardi devant la Commission Laurent.

Ancien directeur de la DPJ: «Il faut un coup de barre énergique»

Trois-Rivières — Le modèle de la protection de la jeunesse devrait être complètement repensé, et intégré à une nouvelle structure qui regrouperait l’ensemble des services offerts à la famille sous une même administration, distincte des services médicaux comme c’est le cas actuellement. Voilà du moins l’avis de Marc Lacour, ancien directeur de la protection de la jeunesse dans la région, qui témoignait mardi devant la Commission Laurent sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse.

M. Lacour, qui a été directeur de la protection de la jeunesse dans la région de 1992 à 2000, admet lui-même être très critique devant l’état actuel du système de protection de la jeunesse.

«Je crois que le système a connu une dérive et il faut un coup de barre énergique. Il faut aussi éviter, à partir d’éléments dramatiques, de tomber dans la sensiblerie ou dans le mélodrame, et plutôt envisager des solutions avec rigueur et objectivité», indique-t-il, en entrevue au Nouvelliste.

Pour M. Lacour, ces solutions passent notamment par la refonte complète du système, où une structure dédiée uniquement aux services famille et jeunesse aurait sa place. Il se montre d’ailleurs très sévère face à la réforme du Dr Gaétan Barette, qui a mené à la création des CISSS et CIUSSS, de qui relève la protection de la jeunesse désormais.

«La dynamique interne est animée surtout du côté médical, du côté curatif et il y a une forte concentration des budgets qui vont à cette mission-là au détriment des services sociaux. On observe que les services rendus à la famille peuvent être morcelés et discontinus et on n’a pas toujours les collaborations qu’on souhaiterait avoir. Je demande à la Commission Laurent d’être audacieuse et courageuse et de regrouper l’ensemble des services offerts à la famille sous une nouvelle structure intégrée, qui comprendrait la pédopsychiatrie, la protection de la jeunesse, la petite enfance et les services en toxicomanie jeunesse. On aurait alors une ligne de gouverne assez claire pour gagner en efficacité avec des résultats clairs pour nos enfants», croit Marc Lacour.

«Bombe à retardement»

Par ailleurs, l’ancien directeur de la DPJ ne mâche pas ses mots lorsqu’il parle des listes d’attentes en protection de la jeunesse. «C’est une bombe à retardement», lance-t-il, rappelant que plus de 2000 signalements retenus au Québec sont en attente d’être traités. «Quand on fonde un signalement, c’est qu’on n’a pas réponse à un besoin de base pour l’enfant. C’est grave! Les listes d’attente, ça ne devrait être absolument pas tolérable. Ça prend des soldats, du monde sur la ligne de front pour diminuer ça de façon très importante», implore-t-il.

La clarification de l’imputabilité est également pour lui un enjeu majeur. «Qui est responsable de quoi? Présentement, le système se protège, en judiciarisant trop les cas, en laissant les juges prendre les décisions», soutient-il, rappelant que seulement dans la région, pas moins de 900 jeunes sont présentement en situation de placement, ce qui lui apparaît énorme.

Marc Lacour est en outre d’avis que l’État devrait donner plus de pouvoir aux directeurs de la protection de la jeunesse pour rendre les collaborations obligatoires, notamment avec le milieu scolaire et juridique, pour éviter que les gens ne se déresponsabilisent par rapport à l’accompagnement des enfants.

Il plaide aussi pour l’ajustement des budgets en fonction des volumes d’activités. «Présentement, les budgets en protection de la jeunesse sont fermés. Par contre, si l’an prochain, je reçois 500 signalements de plus, je n’aurai pas le budget ajusté pour pouvoir y répondre. Il faut que ça change», mentionne M. Lacour.

Tâches administratives

«Il faut alléger les tâches administratives des intervenants», clame-t-il haut et fort. Selon lui, dans le meilleur scénario actuel, un intervenant consacre moins de 15 heures par semaine à de l’intervention. Le reste passe en différentes tâches administratives toujours plus lourdes. «Peut-on laisser les intervenants intervenir», se demande-t-il.

Et à l’instar de ce qui a été mis en application en Haute-Mauricie, Marc Lacour croit que les communautés autochtones de l’ensemble du Québec devraient pouvoir opérer elles-mêmes leurs propres services de protection de la jeunesse. «Le décalage culturel est souvent très important et je crois que les autochtones sont mieux placés que nous pour assurer la protection de leurs propres enfants», souligne-t-il.

Marc Lacour a du coup recommandé à la Commission Laurent de mettre en place, sans plus attendre, la diffusion d’une campagne de promotion qui viserait à valoriser le travail des intervenants de la DPJ. «On a le devoir d’avoir un système de protection robuste, fiable et profondément humain», conclut-il.