Marie Pierre Mailhot, directrice générale du Complexe culturel Félix-Leclerc, Paul-Armand Girard, président de la Fondation et Stéphanie Lavergne, récréologue du CIUSSS MCQ sont fiers du nouveau projet de diffusion.

Amener l’art et la culture au CHSLD

La Tuque — Être dans un milieu de vie fermé, ce n’est pas une bonne raison pour passer à côté des belles choses que la communauté a à offrir. C’est avec cette mission en tête que plusieurs partenaires du milieu latuquois ont uni leurs forces pour lancer un projet unique au sein du CIUSSS MCQ. Dès le 9 novembre, des spectacles du Complexe culturel Félix-Leclerc seront diffusés en direct au CHSLD de l’hôpital de La Tuque. Un projet qui aura pris près de cinq ans à ficeler, mais qui promet de faire des heureux, et qui pourrait «servir d’exemple pour d’autres».

Cette idée un peu folle de vouloir présenter des spectacles en direct est arrivée de la récréologue du CIUSSS MCQ, Stéphanie Lavergne, en 2014. Elle voulait mettre la technologie au service des résidents.

«Les gens en CHSLD ne peuvent plus vraiment se déplacer. Avant on faisait des sorties et on s’est rendu compte que ça ne fonctionnait plus vraiment. Les gens avec des troubles cognitifs, on essaie de les changer de milieu le moins possible. Changer d’environnement, c’est vraiment difficile pour eux. Là, c’est avoir tous les avantages sans les désavantages», insiste Stéphanie Lavergne.

Ce n’est que quelques années plus tard que les dirigeants du Complexe culturel ont eu la possibilité de mettre la main sur une subvention qui pourrait permettre l’avancement du projet.

«Ç’a l’air de rien, mais ça coûte beaucoup de sous en équipements. On a fait beaucoup de recherches sur ce que l’on pouvait faire et sur comment il fallait le faire techniquement parlant», indique Mme Lavergne.

On a fait appel à la Fondation pour la santé du Haut Saint-Maurice afin de trouver l’argent nécessaire pour aller de l’avant avec ce projet rassembleur.

«Dans notre mission, il y a une phrase qui dit qu’on doit travailler pour le bien-être des usagers et de leurs proches. Ça cadrait parfaitement là-dedans. C’est un projet qu’on trouvait fou! On s’est dit wow, ça sort de l’ordinaire. Que quelqu’un pense à ça, c’était méritoire. On est allé de l’avant et on ne le regrette pas», insiste Paul-Armand Girard, président de la Fondation.

Depuis son arrivée en poste à la direction générale du Complexe culturel Félix-Leclerc, Marie Pierre Mailhot, a pris le relais du dossier. Son organisation a mis la main sur une subvention pour encourager la culture numérique et favoriser l’accessibilité des arts et de la culture de la part du Conseil des arts et des lettres du Québec.

«Notre contexte géographique fait qu’on a de la clientèle un peu partout sur le territoire, mais également des gens très proches qui ne peuvent pas nécessairement venir au Complexe culturel. Quand on a déposé le projet, ils ont trouvé ça génial», note Mme Mailhot.

Outre le financement, il aura fallu du temps pour déployer tout l’équipement nécessaire de part et d’autre, de la formation et plusieurs heures de pratique.

«On s’est pratiqué avec nos caméras. C’est complexe quand même. On a trois caméras et on a un réalisateur qui voit les plans de caméra. À la base, on n’était pas une équipe formée là-dedans, mais ils se sont formés et ils se sont pratiqués. Il y a du travail là-dedans», assure Marie Pierre Mailhot.

Maintenant que tout est en place, il ne reste que les artistes à convaincre parce qu’il faut absolument leur autorisation pour aller de l’avant.

«Je vais répondre très franchement, la majorité des gens disent non. Une des raisons, c’est qu’ils veulent avoir le contrôle sur ce qui est capté et retransmis. On essaie de les rassurer en leur disant que c’est en circuit fermé […] Le lien sera détruit après, et le Complexe culturel va fournir une copie de ce qui a été diffusé à l’artiste qui pourra l’utiliser à sa guise, comme matériel promotionnel par exemple», explique la directrice générale du Complexe culturel.

Cette dernière avoue que les artistes émergents sont plus ouverts au projet. Dans les prochains mois, les résidents pourront voir et entendre les spectacles de Jordane & Belle Grand Fille, celui du 20e anniversaire et de la Latuquoise Émilie Brochu. C’est la pièce de théâtre le dernier sacrement mettant en vedette Denis Bouchard qui aura l’honneur de briser la glace le 9 novembre prochain.

«C’est super parce que c’est quelque chose d’assez contextuel et le sujet est adapté à eux», souligne Stéphanie Lavergne.

Le Complexe culturel a dû rappeler tous les artistes de sa programmation un à un pour vérifier leur intérêt en raison des contrats déjà signés.

«Dans les négociations de la prochaine programmation, c’est demandé à chaque fois dans le contrat. C’est bien expliqué dans la clause. […] Je n’ai pas vu ça ailleurs. On est vraiment précurseur là-dedans. Quand les diffuseurs vont voir ça, ils vont peut-être être de plus en plus ouverts, mais avec des termes de contrat plus précis», souligne Mme Mailhot.

Au CHSLD, on se prépare à la première diffusion, on travaille avec le personnel et on sait qu’il faudra une période d’adaptation. Les familles des résidents pourront également assister aux représentations.

«Ce sont des changements et il faut s’adapter. On les prépare tranquillement pour les spectacles. […] Les familles étaient super contentes et super touchées», affirme Stéphanie Lavergne.

«S’il y a plus de membres de la famille qui viennent, tant mieux. Ça fera juste un plus gros happening et un plus gros moment en famille. Des fois avec les troubles cognitifs, les familles ne savent pas trop quoi faire, ils ont de la difficulté à jaser, ça devient plus difficile et les gens espacent leurs visites parce que c’est prenant et difficile. Avec ce projet-là, les gens n’auront pas besoin de jaser, ils auront juste besoin de le vivre», ajoute-t-elle.

Alors que toutes les installations numériques sont disponibles, on voit loin avec le projet, événements, conférence, expositions…

«Il y a aussi beaucoup d’autres possibilités qui vont se greffer à ça dans les prochaines années. Est-ce que maintenant on peut aller chercher le Festival de chasse de La Tuque? Est-ce qu’avec la Ville on pourra filmer des événements qui vont se rendre en hébergement? Ce que l’on veut, c’est que les résidents aient accès à l’extérieur sans avoir à les déplacer», insiste Mme Lavergne.

«Les possibilités sont infinies», ajoute Marie Pierre Mailhot.

Ce projet n’est toutefois pas pour toutes les résidences pour aînés. On veut aller chercher un public qui n’est pas accessible, qui ne se déplace pas.

«Le projet a des limites et il faut payer pour l’art», soutient Mme Mailhot.

encore plus loin

Le projet s’étendra au village de Parent dans les prochaines semaines et à la communauté de Wemotaci dès que la connexion internet le permettra.

«Pour Parent, les installations sont complétées, c’est la ville qui s’en est occupé. […] Il reste seulement à former les techniciens sur place. À Wemotaci par contre, il y a un enjeu de connexion internet pour le moment. Il y a cet enjeu-là qu’on va devoir travailler, alors pour l’instant ce n’est pas possible.»

Au final, le but est de rendre la culture accessible à tous et on souhaite «que ce soit exporté».