Dans son bureau du ministère du Tourisme, Julie Boulet confie avoir affectionné particulièrement cette fonction.

Améliorer le monde, un dossier à la fois

Québec — Lors de son entrée à l’Assemblée nationale, Julie Boulet avait rapidement été nommée critique en matière de Santé, étant donné sa formation de pharmacienne. La première question qu’elle aura d’ailleurs posée portait sur la gratuité des médicaments et avait été adressée au ministre de la Santé de l’époque... François Legault.

«Je me rappelle très bien de mon premier jour. C’était vraiment impressionnant. Je me rappelle comment j’étais vêtue. Je me rappelle de me voir entrer dans le salon bleu. Ça a été une expérience extraordinaire», lance celle qui aura, à partir de 2003, cumulé des fonctions importantes, allant de ministre déléguée à la Santé à ministre des Transports, puis de l’Emploi et de la Solidarité sociale pour terminer sa carrière comme ministre du Tourisme. Un ministère qu’elle aura affectionné particulièrement.

«Ça a été le plus le fun. C’est un ministère où il n’y a pas beaucoup de controverse. C’est un univers où c’est agréable, où l’on annonce de bonnes nouvelles. Les gens sont toujours de bonne humeur. Mais le ministère le plus stimulant a été les Transports. Ça, c’était très concret», lance celle qui dit être arrivée dans une période où une réfection importante du réseau routier était devenue nécessaire, notamment à la suite de l’effondrement du viaduc de la Concorde, un événement qui, on le sent, la bouleverse encore aujourd’hui.

«Je suis tombée dans une période où les fonds étaient rendus disponibles. Il y a eu une mise à niveau du réseau routier. On a été capable de construire, d’améliorer, de rendre le réseau routier plus sécuritaire. Ça, c’est important pour les gens, les entreprises. C’était très concret. La Tuque attendait sa voie de contournement depuis 30 ans. Si je n’avais pas été ministre des Transports, je ne suis pas certaine que j’aurais été capable de convaincre quelqu’un d’autre de le faire», confie la députée de Laviolette.

Elle retiendra aussi avoir contribué à améliorer de beaucoup le bilan routier, en faisant adopter l’implantation des radars photo, l’interdiction du cellulaire au volant, la limite 0 alcool à 21 ans et les pénalités beaucoup plus importantes pour les récidivistes de l’alcool au volant. «En politique on ne change pas le monde. Très peu changent le monde. Mais ce qu’on peut faire, c’est d’y apporter un plus, d’améliorer la qualité de vie des citoyens», remarque celle qui continue de croire que le système démocratique de notre province mériterait d’être repensé et surtout allégé.

«Notre démocratie, il faudrait qu’elle soit modernisée. Souvent, on parle pour parler, on fait du temps. Je pense que c’est un peu désuet. Mais ce sont des grosses machines, des gros bateaux. Quand vient le temps de changer des façons de faire ancrées depuis des décennies, il y a beaucoup de résistance, des gens qui sont confortables là-dedans et qui pensent qu’on doit continuer comme ça», remarque-t-elle.

Julie Boulet espère également qu’on fera de plus en plus de place aux femmes en politique, mais une véritable place cette fois. «C’est un monde d’hommes, encore, beaucoup! Quand on parle de réformer le mode de scrutin, d’avoir plus de femmes, de changer ça, c’est toujours d’une grande complexité. J’en entends parler depuis 15 ans et je ne peux pas dire que ça a bougé beaucoup. On veut plus de femmes en politique, mais encore faut-il leur donner des comtés gagnants. Parce que c’est beau de présenter des femmes, mais quand elles ne sont pas dans des comtés gagnants, ça ne donne rien. C’est bien juste pour se donner une bonne image, une bonne presse. Donnons-leur des comtés où elles ont des chances de gagner», clame la députée.

Mais ce combat, il se mènera sans elle. Après 17 ans, elle estime avoir donné ce qu’elle avait à donner au meilleur de sa connaissance. Certes, certaines personnes lui manqueront plus que d’autres, dont Pierre Arcand avec qui elle dit partager une belle amitié. Mais l’envie de troquer le veston pour des vêtements plus sport et un document de projet de loi pour un bon roman est clairement trop forte pour la faire changer d’idée.

«J’ai eu le courage, ça prend du courage de mettre sa face sur un poteau, surtout dans des comtés qui ne sont pas gagnés d’avance. Laviolette avait été péquiste pendant 25 ans avant moi. Ça prend du courage ou une certaine dose d’insouciance, de naïveté. Mais je serai toujours très fière de l’avoir fait.

Il y a eu des hauts et des bas. Ça a été dur par moments, mais globalement je me suis enrichie comme personne. Au niveau professionnel ça n’a pas de prix. Quand je prendrai ma retraite ou quand je mourrai, je pourrai dire que j’ai accompli quelque chose d’exceptionnel», confie-t-elle.