Jean-Claude Bernatchez

Aluminerie de Bécancour: «Nous vivons un moment critique»

Bécancour — «Nous vivons actuellement un moment critique.» Voilà comment le spécialiste en relations de travail, Jean-Claude Bernatchez, perçoit cette nouvelle réduction de production annoncée à l’Aluminerie de Bécancour.

Selon lui, deux motifs se cachent derrière cette décision de l’employeur, à deux jours de la date butoir fixée par Québec pour tenter de mettre fin à ce conflit qui dure depuis près d’un an: un facteur contextuel et stratégique.

Par rapport au contexte, le professeur de l’UQTR considère que l’employeur ne pouvait pérenniser un fonctionnement d’usine au tiers de sa capacité avec un peu plus d’une centaine de personnes.

«D’abord, des 125 cadres du début, plus d’une douzaine sont partis et d’autres exprimaient l’intention de se retirer. En outre, ces cadres travaillaient avec un horaire excédant la normale dans des fonctions exigeant des efforts et une attention continue. Donc, il y avait une fatigue des cadres à la fois qualitative et quantitative. Le fait que l’employeur ne souhaitait apparemment pas que cette fatigue soit connue ne l’empêchait pas d’exister. Et le fait que le syndicat exerçait une pression sur les cadres notamment par du piquetage domiciliaire occasionnel contribuait à augmenter leur fatigue qualitative. Leur fatigue quantitative concernait spécialement leur horaire de travail chargé», explique-t-il.

Au plan stratégique, il est dans l’ordre des choses, dit-il, que l’employeur actualise une stratégie de pouvoir coercitive.

«Les parties sont conscientes que si la médiation ne fonctionne pas, il y aura arbitrage. Or, le fait de fermer la moitié des 240 cuves en opération, outre adapter la production actuelle à la fatigue des cadres, constitue un argument marteau dans le contexte. Le message de l’employeur à l’endroit du futur arbitre qui sera logiquement Lucien Bouchard est clair: rendez une sentence arbitrale qui reprend essentiellement notre position sinon, l’usine pourrait fermer ses portes», avance M. Bernatchez.

Selon lui, le gouvernement du Québec est conscient que la meilleure certitude de conserver ABI est d’imposer par la voie d’un arbitre des conditions de travail qui conviennent au plan d’affaires de l’employeur.

«Le défi est donc de se rapprocher le plus possible du plan d’affaires de l’employeur tout en accordant aux travailleurs des conditions de travail compétitives, c’est-à-dire, qui se comparent correctement avec les autres conditions de travail en vigueur dans les alumineries québécoises», a-t-il conclu.