Une ordonnance de réhabilitation a été émise par Québec dans le dossier Aleris, mercredi.

Aleris: Québec veut forcer la décontamination

Le ministère de l'Environnement a émis, mercredi matin, une ordonnance de réhabilitation dans le dossier de l'ancienne usine Aleris, sommant un ancien actionnaire ainsi que le propriétaire actuel de décontaminer et réhabiliter le terrain de l'usine de la rue Saint-Laurent, dans le secteur Cap-de-la-Madeleine.
Tim Martinez
Des documents judiciaires ont en effet été envoyés par huissier, mercredi matin, à Gestion Alcoa ainsi que Corporation de développement TR, propriété de Tim Martinez, afin de voir le site être décontaminé le plus rapidement possible.
«Ce n'est pas une mise en demeure, mais bien une ordonnance. C'est un niveau supérieur d'action légale et les parties ont dix jours pour nous répondre», explique le député de Champlain, Pierre-Michel Auger, qui estime qu'il s'agit d'une démonstration claire que le gouvernement prend le dossier au sérieux.
En plus de la démolition de la bâtisse, les compagnies visées doivent aussi fournir un calendrier de travail pour démontrer les échéanciers menant à la réhabilitation du site.
«Québec est intervenu à maintes reprises depuis 2009 pour caractériser le site, exploiter les systèmes de pompage de l'eau souterraine et de récupération des hydrocarbures, décontaminer des bâtiments et éliminer des quantités importantes de matières dangereuses et de débris de démolition.
Maintenant, j'exige que les entreprises impliquées assument leurs responsabilités et procèdent à la réhabilitation du terrain visé, avec tout ce que cela comporte. Si elles ne le font pas, le Ministère prendra de nouveau en charge les travaux et mettra tout en oeuvre pour récupérer ces sommes engagées», a confirmé David Heurtel, ministre du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.
Lundi soir, la Ville de Trois-Rivières votait en faveur d'une résolution pour mettre de la pression sur le gouvernement dans le dossier d'Aleris. Appelé à commenter cette ordonnance, le maire Yves Lévesque s'est dit encouragé de voir que le dossier était pris au sérieux, mais se demande si les sociétés visées n'iront tout simplement pas contester l'ordonnance, ce qui ne fera qu'étirer les procédures judiciaires en longueur.
«Ça démontre clairement que le gouvernement prend ça au sérieux. Ça fait quand même huit ans et demi que ça dure. Ça a du poids, mais j'ai parlé à nos aviseurs et ça peut toujours être contesté. Ce serait un peu gênant pour Alcoa de le contester, c'est une entreprise toujours en activité et qui a opéré cette usine jusqu'en 2006, alors ils ont sûrement retiré les fruits de ces opérations. Alcoa est une entreprise qui respecte les normes environnementales, alors j'espère que l'ordonnance du ministre mettra du poids pour qu'on puisse bouger rapidement», indique le maire Yves Lévesque.
Tim Martinez
De son côté, le propriétaire Tim Martinez a tenu à rappeler que les événements qui ont créé la contamination du site sont survenus et ont été documentés bien avant que la Corporation de développement TR ne devienne propriétaire du site. L'acquisition d'Aleris par sa compagnie était d'ailleurs motivée par le principe du pollueur-payeur, auquel Tim Martinez espérait que le gouvernement soumette les anciens propriétaires.
«Nous continuerons d'encourager les pollueurs à agir de façon responsable. Nous pouvons tous travailler ensemble pour en venir à un projet intéressant pour toute la communauté. Nous sommes disponibles pour discuter des solutions potentielles et nous encourageons les autres parties à proposer des projets qui mèneront à une restauration créative de l'environnement et d'un bon voisinage», a-t-il déclaré au Nouvelliste.
M. Martinez se demande encore aujourd'hui pourquoi il aura fallu si longtemps au ministère avant d'agir. «Ils connaissaient le niveau de contamination même lorsque l'usine était en opération, mais ils n'ont fait que mettre un pansement dessus. Pour ma part, je n'ai pas pu agir autrement après l'ordonnance du ministère en 2012, alors que la responsabilité aurait dû incomber aux anciens propriétaires», soutient Tim Martinez.
Ce dernier s'est dit heureux d'entendre que la Ville de Trois-Rivières reconnaissait qu'il n'avait jamais pu bénéficier des fruits des opérations de l'entreprise, et aussi heureux de savoir que, comme lui, la Ville en avait assez.
«Nous voulons redévelopper le site, bien sûr. De savoir que ça se fera comme la Ville le souhaite, je crois que c'est un peu prématuré, mais nous sommes ouverts à travailler pour trouver des solutions», ajoute M. Martinez.
«Rien de réglé»
Pour le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, l'ordonnance envoyée mercredi matin ne change pas grand-chose et est une mesure bien insuffisante.
«Il n'y a rien de réglé aujourd'hui. Ça fait huit ans que l'usine est fermée. Le gouvernement a englouti 10 M$ d'argent public là-dedans. Ce n'est qu'une procédure judiciaire de plus, mais demain matin, il n'y aura rien de changé. Le ministère doit dès maintenant prendre en charge la décontamination et la loi l'autorise ensuite à aller récupérer les sommes auprès des responsables. Il a tous les outils entre les mains pour le faire», indique-t-il.
M. Martel comprend aussi mal comment le député de Champlain peut se réjouir d'une telle mesure. «Les gens de Trois-Rivières ont été assez patients. Ça a pris une sortie de la Ville de Trois-Rivières pour que ça bouge. Quand les gens ne croient plus à la politique, c'est à cause de choses comme ça», ajoute Donald Martel.