René Fugère, vice-président de Recyclage Arctic Beluga.

Aleris: la bâtisse décontaminée pour dix fois le prix

Non seulement le bâtiment d'Aleris est-il prêt à la démolition demain matin si le ministère levait l'ordonnance émise en février 2012, mais la bâtisse a été décontaminée aux frais des contribuables en 2014 pour un montant dix fois supérieur à la facture estimée deux ans avant pour les mêmes travaux.
C'est du moins la prétention de René Fugère, vice-président de Recyclage Arctic Beluga, qui attend depuis cinq ans que l'ordonnance du ministère de l'Environnement soit levée afin de finir la démolition de la bâtisse.
Qui plus est, la décontamination de la bâtisse a été réalisée par la même firme qui avait été mandatée, puis remerciée par le propriétaire Tim Martinez, Sanexen, qui s'est retrouvée seule soumissionnaire à l'appel d'offres du gouvernement en 2014, et dont le contrat a été octroyé à 5,6 M$, alors que le même travail aurait été estimé à environ 500 000 $ deux ans auparavant. 
«Aleris, c'est le plus grand scandale que j'ai vu dans la région.» C'est en ces termes que René Fugère, a résumé le dossier dans lequel il est impliqué depuis plusieurs années maintenant et pour lequel il estime que sa société a englouti plus d'un million de dollars en paiement de taxes et en frais judiciaires.
Recyclage Arctic Beluga avait été mandatée par Tim Martinez afin de procéder à la démolition de la bâtisse, alors que Sanexen devait s'occuper de la partie environnementale, en se chargeant de sortir les matériaux dangereux résiduels.
En février 2012, Tim Martinez a demandé à Sanexen de quitter. La prétention du propriétaire était qu'Arctic Beluga ne travaillait pas selon les normes environnementales et refusait de quitter le site à sa demande. Ainsi, en mettant un terme au contrat de Sanexen, il se trouvait à obliger Arctic Beluga de cesser le travail puisque l'entente avec le ministère de l'Environnement n'était plus respectée.
Une prétention que rejette René Fugère, qui analyse que Tim Martinez souhaitait tout simplement casser le contrat pour ne pas engloutir plus d'argent dans ce site. La Cour supérieure, en 2015, avait elle aussi rejeté les prétentions de Tim Martinez.
Dès lors, le ministère a émis une ordonnance forçant l'arrêt de tous les travaux de démolition de l'usine. René Fugère estime qu'à cette époque, la moitié du travail de décontamination de l'usine par Sanexen avait été réalisé. Sur un budget d'environ 1 M$, il restait donc du travail pour environ 500 000 $, selon son estimation. 
Or, selon les chiffres obtenus par Le Nouvelliste sur le site d'appel d'offres publics SEAO, le 22 août 2014, un contrat a été octroyé sur appel d'offres à la compagnie Sanexen pour la décontamination du bâtiment et les travaux de caractérisation pour un montant de 5 696 132 $. De ce montant, René Fugère estime que la caractérisation ne peut absolument pas justifier ce gonflement de la facture, mais seulement quelques centaines de milliers de dollars.
«Il y a eu 22 visiteurs sur le site lors de l'appel d'offres, et 17 ont demandé à avoir le cahier de charges, mais il n'y a finalement eu qu'un seul soumissionnaire, Sanexen. Au départ, cette même firme aurait dû être visée par l'ordonnance émise par le ministère au même titre que nous et M. Martinez, mais elle ne l'a pas été. Pourquoi?», se questionne M. Fugère.
Le ministère poursuit désormais Arctic Beluga ainsi que Tim Martinez pour récupérer les 5,6 M$ du contrat octroyé en 2014 à Sanexen, ce que conteste Arctic Beluga. La cause reviendra devant le Tribunal administratif du Québec en août pour fixer une date d'audience.
Maintenant que la bâtisse a été décontaminée, René Fugère estime que le ministère aurait tout le loisir de lever l'ordonnance et de laisser sa compagnie aller terminer la démolition.
«Notre contrat stipulait que nous devions démolir jusqu'au sol. La prétention du ministère est que les murs du sous-sol suintent l'huile et que puisque c'est contaminé, on ne peut pas y aller. Mais notre contrat ne touche pas le sous-sol. Et peu importe ce qu'ils feront, il faudra démolir le bâtiment avant d'aller dans le sous-sol. Ce n'est qu'à la décontamination totale du terrain qu'on pourra enlever toute cette huile. Alors nous on dit: levez l'ordonnance pour nous permettre d'aller finir la démolition et ensuite, allez décontaminer», suggère René Fugère.
«Si au départ, M. Martinez n'avait pas demandé à Sanexen de sortir du site, nous n'en serions pas là. Nous aurions terminé la démolition et le ministère n'aurait pas englouti près de 10 M$ d'argent public dans ce dossier», croit M. Fugère.
Nos appels au ministère de l'Environnement pour obtenir leur version des faits sont demeurés sans réponse.