Quatre Chambres de commerce font front commun devant la menace d'Alcoa de plier bagage au Québec. Bernard Filiatrault (Baie-Comeau), René-Jean Pagé (Portneuf), Gaétan Boivin (Trois-Rivières) et Jean-Guy Doucet (Bécancour) exigent une rencontre avec la première ministre.

Alcoa: les chambres de commerce veulent rencontrer Marois

Alors que la menace de fermeture plane sur les alumineries Alcoa de Bécancour, Deschambault et Baie-Comeau avec la hausse des tarifs d'électricité en 2015, les chambres de commerce de ces régions unissent leur voix pour réclamer une rencontre avec la première ministre Pauline Marois.
«C'est tragique et catastrophique pour nos régions. Ce n'est pas du bluff. Il faut prendre ça au sérieux. Il faut qu'il y ait une négociation sérieuse avec une équipe de négociation dynamique et compétente pour sauver les emplois de milliers de travailleurs», a lancé vendredi le président de la Chambre de commerce et d'industrie du Coeur-du-Québec, Jean-Guy Doucet.
Instigateur de ce front commun, son homologue de la Chambre de commerce de Manicouagan, Bernard Filiatrault, a fait le voyage jusqu'à Bécancour pour lancer un cri du coeur et dire à quel point la fermeture de l'aluminerie à Baie-Comeau signerait l'arrêt de mort de la ville qui a déjà perdu 750 emplois depuis un an et demi.
«Tout dépend de ce gros moteur économique», a-t-il déclaré, portant un carré d'aluminium, en référence au carré rouge des revendications étudiantes. Un geste qui prend l'allure d'une véritable campagne auprès des 350 entreprises de la région.
Si le président Doucet trouve l'idée bonne, histoire «de lui servir sa médecine», en parlant de Pauline Marois, son homologue trifluvien, Gaétan Boivin, n'a pas l'intention d'adopter ce moyen de pression. «Il ne faut pas que ça devienne un débat de rue», a-t-il fait savoir, misant plutôt sur l'ampleur des pertes d'emplois directs et indirects pour soulever la mobilisation.
Et selon le président de la Chambre de commerce et d'industries de Trois-Rivières, la balle n'est pas seulement dans le camp du gouvernement, mais aussi d'Alcoa «qui doivent prendre leur responsabilité pour bien évaluer l'impact de fermer ces usines-là».
Pour sa part, le représentant de la Chambre de commerce de Portneuf, René-Jean Pagé, rappelle que le tissu économique est basé à 80 % sur des emplois de services de proximité.
«Depuis 20 ans, Alcoa est un acquis et cela créerait un tsunami économique», a laissé entendre celui pour qui il serait impossible de remplacer des emplois aussi bien rémunérés.
Interrogé à savoir si cette intervention des chambres pourra s'avérer utile alors qu'elle n'aura pas réussi à faire broncher le gouvernement dans le dossier de Gentilly-2, le président Doucet a fait remarquer «qu'on s'y prend en amont cette fois-ci et qu'il y a place à négociation».
«Il y a une demande de rencontre avec elle et si on n'est pas écouté, on passera à l'étape de mobilisation», a prévenu celui qui, dès vendredi après-midi, sensibilisait le ministre régional Yves-François Blanchet à la requête des chambres.
Avec le prix de la tonne qui est passé de 3000 $ à 1800 $ au cours des dernières années, Jean-Guy Doucet suggère une entente qui pourrait prévoir un tarif d'électricité proportionnel au cours du marché de l'aluminium.
«On demande aux deux parties d'être responsables. Au port, on gère ça des contrats comme ça. On négocie et on se rattrape plus tard. C'est l'approche que doit avoir le gouvernement. Soit que l'on négocie avec un couteau sous la gorge, soit que l'on négocie de bonne foi», a commenté le président Boivin.
En tant que président-directeur général de l'Administration portuaire de Trois-Rivières, il a pu confirmer qu'Alcoa représente «un gros client» avec ses 700 000 à 800 000 tonnes qui passent annuellement par le port trifluvien.
Finalement, les représentants de gens d'affaires craignent aussi pour d'autres entreprises comme IFFCO qui envisagent de recourir à plus d'électricité et à moins de gaz naturel. D'où leur souhait de voir le gouvernement du Québec profiter de l'occasion pour établir une nouvelle politique sur les tarifs d'électricité.
La conférence de presse s'est déroulée sous le regard attentif d'un fournisseur de Nicolet, Steven Doucet, qui perdrait 15 % de son chiffre d'affaires dans l'éventualité d'une fermeture des trois alumineries au Québec.