Alain Turcotte, président et éditeur du <em>Nouvelliste</em>, prendra sa retraite cette semaine après 40 années de service.
Alain Turcotte, président et éditeur du <em>Nouvelliste</em>, prendra sa retraite cette semaine après 40 années de service.

Alain Turcotte: une vie au service du Nouvelliste

TROIS-RIVIÈRES — «Avoir un quotidien dans une région, c’est non seulement une fierté, mais ça devient un acteur important de l’économie. Un quotidien pour une région comme la nôtre, c’est une très grande richesse.»

Lorsque Alain Turcotte fermera la porte de son bureau, mardi prochain, ce sera pour ne plus la rouvrir. Le président-éditeur des douze dernières années au Nouvelliste tirera sa révérence, après une carrière de 40 ans au quotidien régional... 40 ans jour pour jour.

«Je suis entré le 30 juin 1980 comme stagiaire. Quand est venu le temps de choisir la date de mon départ, je ne voyais pas une autre date que celle-là. Même si c’est en plein milieu de la semaine, il y avait quelque chose de symbolique que je ne voulais pas laisser passer», résume-t-il.

De l’histoire du Nouvelliste, Alain Turcotte pourra se vanter d’avoir été le seul président-éditeur issu de l’interne, qui aura tracé sa route du début jusqu’à la fin dans ce journal. Le Nouvelliste, ça a été toute sa vie professionnelle.

Alain Turcotte n’avait que 21 ans lorsqu’il a mis les pieds au Nouvelliste pour la première fois. D’abord journaliste aux sports durant ses premières années de carrière, il a lentement fait sa place au pupitre, puis comme chef de pupitre, une tâche qu’il a accomplie durant de nombreuses années, et affectionnée tout particulièrement.

«J’ai adoré être chef de pupitre. J’adorais cette pression du "dead line", d’être sur la ligne de feu, d’avoir la capacité de tout retravailler en quelques minutes quand un gros événement survenait. J’essayais toujours d’aller chercher le meilleur de chaque journaliste de la salle en traitant chacun des textes comme si c’était les miens», se souvient-il.

En 2005, le président-éditeur de l’époque, Raymond Tardif, insiste pour qu’il accepte le poste de rédacteur en chef, un poste où il deviendra un acteur clé d’un autre tournant historique: le passage au format tabloïd. «Ça a été un énorme changement qui nous a amené plusieurs milliers d’abonnés supplémentaires. On a dû tout de même travailler fort pour convaincre certains annonceurs, qui aimaient aussi le grand format avec plusieurs sections dédiées, par exemple, à l’économie ou aux sports. Ce n’est jamais évident de plaire à tous dans de tels changements, mais c’était le bon choix», résume M. Turcotte.

En 2008, la haute direction de Gesca, anciennement propriétaire du journal, lui confie les rênes du quotidien en le nommant président-éditeur. À l’intérieur des murs des locaux de la rue Bellefeuille, les applaudissements et les cris de joie s’étaient fait entendre pour faire savoir la fierté de voir quelqu’un qui avait consacré sa carrière au journal pouvoir désormais en diriger la destinée.

Une destinée qui a connu son lot de chamboulements, avec la vente à un nouveau propriétaire, Groupe Capitales Médias, en 2015, et la déchirante faillite du groupe à l’été 2019.

Bien que récent dans l’histoire du journal centenaire, ce passage, on le voit bien dans son regard, aura été l’un des plus pénibles pour Alain Turcotte.

«Politiquement, le gouvernement ne voulait pas aller vers un autre sauvetage. À partir de ce moment-là, la compagnie ne pouvait que faire faillite. Au Nouvelliste, on avait la chance de pouvoir encore jouir d’une certaine rentabilité, mais on a forcément été victime des problèmes d’autres journaux», constate-t-il.

Mais le vent de sympathie qui a soufflé à la suite de cette annonce surprend encore Alain Turcotte, qui se remémore notamment l’immense rassemblement en appui à la presse régionale qui avait réuni plus de 300 personnes de tous les milieux au Musée POP en septembre 2019, quelques jours après l’annonce de la faillite.

«On savait que les gens étaient derrière nous, mais à ce point-là... Il y a toujours eu un fort attachement dans la population pour Le Nouvelliste. Pourquoi? La réponse, ce sont les lecteurs qui l’ont. Nous avons toujours été présents dans la communauté et nous sommes le journal de toute une région, pas seulement d’une ville. Peut-être que ça explique cet attachement», indique-t-il.

C’est donc sur cet élan que le modèle coopératif actuel est né, en même temps que l’on se préparait à fêter les 100 ans du journal. Mais un virus en aura décidé autrement.

«On était sur un bel élan, puis la pandémie a littéralement tiré notre modèle d’affaires par terre. Il a fallu tout revoir. Ça s’annonçait pour être une année exceptionnelle pour nous, où on allait célébrer notre 100e, où on allait prendre part à de nombreux événements pour souligner le tout. J’aurais aimé pouvoir mesurer cet appui que la population nous avait manifesté, et j’espère qu’on aura l’occasion de le faire et que cet appui ne s’éteindra pas», indique celui qui prône la poursuite des activités du centenaire en 2021, au même titre que tous les grands événements qui auront été reportés d’un an. «Le centenaire d’un journal dans une région, à mon humble avis, c’est un grand événement», confie-t-il.

À l’aube d’un autre virage historique, avec l’arrivée imminente d’une version entièrement numérique et payante, tout en conservant l’édition papier du samedi, la destinée du Nouvelliste devra se dessiner sur sa principale force: la qualité de l’information, note Alain Turcotte.

«La qualité de l’information, elle est au cœur de notre modèle d’affaires. Je crois que de plus en plus, les gens reconnaissent l’importance d’une salle de nouvelles forte. Si ça devait disparaître, les gens verraient la différence et regretteraient sa disparition», dit celui qui souhaite même voir grandir une salle plus nombreuse et diversifiée dans ses contenus pour l’avenir du Nouvelliste.