Alain Fournier en présence de son avocate, Me Christine Normandin.

Alain Fournier persiste et signe

TROIS-RIVIÈRES — Poursuivi en diffamation par l’ancien vice-recteur intérimaire de l’UQTR Gilles Charland, l’ex-directeur des équipements de cette institution, Alain Fournier, persiste et signe. En interrogatoire principal, jeudi, M. Fournier n’a en effet pas hésité une seconde à reprendre point par point les affirmations qu’il avait faites contre M. Charland lors de son témoignage au Tribunal administratif du travail, affirmations qui lui valent aujourd’hui d’être traîné devant les tribunaux.

M. Fournier a répété qu’au moment de son congédiement, il était seul avec Gilles Charland et la vice-rectrice à l’Administration et aux Finances, Johanne Giguère, lorsque M. Charland lui aurait «garroché» un papier de transaction-quittance en lui disant: «Mon hostie, si tu ne signes pas ça, on va salir ta réputation et tu ne travailleras plus jamais comme ingénieur.»

Normalement, explique-t-il, les cadres qui sont confrontés à de telles situations ont droit à une procédure de mésentente, ce qui ne fut pas son cas.

M. Fournier indique qu’il a refusé de signer la transaction-quittance et qu’il s’est plutôt tourné vers la CNESST où il a déposé quatre plaintes pour harcèlement psychologique, congédiement abusif, pratique interdite et plainte pécuniaire.

Ceci, rappelons-le, a donné lieu, en 2015, à un long procès devant le Tribunal administratif du travail (TAT) puis à une entente hors cour.

C’est au cours de ce procès devant le TAT que l’ancien directeur des équipements a fait une série de déclarations qui furent médiatisées au sujet du vice-recteur intérimaire aux ressources humaines, Gilles Charland. M. Fournier a expliqué au juge Jocelyn Geoffroy de la Cour supérieure, jeudi, que tous les propos qu’il a tenus concernant M. Charland et l’UQTR avaient reçu le «feu vert» de l’avocate de la CNESST, Me Caroline Gagnon, qui le représentait alors.

C’est donc sans hésitation qu’il a expliqué à nouveau au juge Geoffroy, jeudi, que le vice-recteur Charland lui avait demandé de se faire faire une bibliothèque pour son condo de Montréal par les employés du service des équipements de l’UQTR. M. Fournier a qualifié cela de «tentative de corruption» à son endroit alors que Gilles Charland a nié totalement les faits, mercredi, tout en accusant M. Fournier de l’avoir ainsi traité de voleur.

M. Fournier a expliqué que tous ses problèmes ont commencé pour lui, à l’UQTR, lors de l’arrivée en poste de Johanne Giguère à titre de vice-rectrice à l’Administration et aux Finances. Avant son arrivée, dit-il, «l’atmosphère de travail était formidable».

Selon lui, Mme Giguère ne connaissait pas le fonctionnement du milieu universitaire comme ses prédécesseurs.

«Elle avait de la difficulté à faire la différence entre un budget de fonctionnement et un budget d’investissement», dit-il.

«J’ai senti un grand froid entre elle et moi dès le départ.»

Mme Giguère a témoigné, jeudi. Elle a déploré le fait que dans son témoignage au TAT, Alain Fournier ait dit d’elle et de M. Charland qu’ils étaient des amants et agissaient avec lui comme Bonnie et Clyde avec leurs mitraillettes.

Il n’est pas acceptable, a-t-elle dit au juge, «de comparer deux cadres à des bandits notoires. Il y a d’autres façons de se défendre», a-t-elle fait valoir au tribunal.

Mme Giguère en a remis sur la question du harcèlement sexuel qu’aurait exercé M. Fournier sur une deuxième employée en décrivant les gestes qui lui ont été rapportés par cette femme.

Jeudi, Gilles Charland a d’ailleurs fait témoigner une autre employée de l’UQTR, Marie-Claude Trépanier, qui a été victime de ce qu’elle a qualifié de «comportements déplacés» à son endroit, notamment une série de courriels suggestifs que M. Fournier l’incitait à aller lire sur son Hotmail, où il écrivait, dit-elle, des propos comme «XXX. Allô beauté. Gros bec sur le rouge à lèvres. I love you sweety. C’est mignon ce que tu portes.»

Mme Trépanier a dit qu’elle ne s’est jamais sentie menacée, mais que ces avances étaient agaçantes et qu’elle avait demandé à changer de département pour y mettre fin.

Alain Fournier n’est pas revenu sur ces affaires dans son témoignage principal. Il a plutôt misé sur la question de corruption qui, selon lui, émanait alors de l’UQTR.

Il a réitéré sans hésiter que la fille du propriétaire du Groupe Soucy, Chantal Soucy, avait assisté à une réunion portant sur les orientations d’aménagement et de construction à donner au futur campus de Drummondville.

Selon lui, Mme Soucy aurait déclaré qu’elle voulait assister à cette réunion pour s’assurer que son père, qui avait donné 1 million $ à la Fondation de l’UQTR, obtienne des contrats.

Tant Gilles Charland que Johanne Giguère, qui étaient présents lors de cette rencontre, ont nié avoir entendu Mme Soucy faire une telle déclaration.

Il est à noter qu’Alain Fournier est toujours chargé de cours depuis 1984 à l’UQTR et il a été nommé, en juin, membre du comité de programme en génie industriel de cette institution.