Lors de la fin de semaine du 19 au 21 juillet, plus de 300 logements sont disponibles en Mauricie et au Centre-du-Québec.

Airbnb: une offre grandissante en région

Trois-Rivières — À l’approche de la saison estivale, nombreux sont ceux qui cherchent un endroit où loger dans différentes régions du Québec pendant leurs vacances. En Mauricie et au Centre-du-Québec, les visiteurs peuvent compter sur une offre grandissante en hébergement, qui comprend un nombre important de logements à louer sur la plateforme controversée Airbnb.

Selon les chiffres de la Corporation de l’industrie touristique du Québec (CITQ), la Mauricie compte 367 établissements d’hébergement touristique en exploitation. Au Centre-du-Québec, on en compte 131.

À titre de comparaison, lors de la fin de semaine du 19 au 21 juillet, plus de 300 logements sont disponibles sur la plateforme Airbnb dans la région. Bon nombre d’entre eux sont des logements entiers, qui peuvent habituellement loger plusieurs visiteurs, équipés d’une cuisine et munis d’une entrée indépendante.

«C’est un phénomène qui, depuis quelques années, a pris de l’ampleur, c’est devenu un joueur important au niveau de l’hébergement», affirme Émilie Lavergne, agente de communication à Tourisme Mauricie.

Par conséquent, même si les discussions et les débats entourant Airbnb semblent concentrés à Montréal et à Québec, la plateforme est bel et bien présente ailleurs dans la province. «En région, c’est un phénomène qui existe, il ne faut pas le nier», indique Xavier Gret, président-directeur général de l’Association Hôtellerie Québec (AHQ).

Charlotte Bérubé, une enseignante de Shawinigan, loue un appartement dans sa résidence principale de Shawinigan trois mois par année sur Airbnb. C’est à la suite d’un accident l’obligeant à réduire ses heures de travail, qu’elle a décidé de louer une partie de sa résidence sous cette plateforme, de façon temporaire.

«J’essayais de me trouver un revenu supplémentaire pour m’aider à pallier toutes les dépenses de la maison», explique-t-elle. «Moi ce que je veux, c’est que ça paye mes taxes et mon Hydro», raconte celle qui dit percevoir entre 4000 et 5000 dollars par année avec Airbnb.

Alors que les discussions concernant Airbnb tournent souvent autour des hôtes délinquants, Mme Bérubé considère qu’elle est totalement transparente dans sa démarche. Sa résidence est inscrite comme un immeuble à revenus et elle affirme déclarer tous ses revenus générés par Airbnb.

Des opinions divergentes

La montée en popularité d’Airbnb en région a-t-elle un réel impact négatif sur les établissements hôteliers? «C’est sûr qu’à quelque part, ça influence», commente Diane Caron, copropriétaire du gîte du Chemin du Roy, à Trois-Rivières.

«Les hôtels, ici, ils sont toujours bookés», souligne pour sa part Mme Bérubé. «Habituellement, les complexes hôteliers ici, ils ne sont pas à plaindre du tout, donc je pense que c’est plus un mythe qu’autre chose», dit celle qui accueille parfois des visiteurs qui n’ont pu se trouver de chambre dans des hôtels de la région et qui optent pour Airbnb par obligation.

Du côté de Tourisme Mauricie et de Tourisme Centre-du-Québec, l’augmentation du nombre de logements disponibles sur la plateforme ne semble pas être considérée comme inquiétante pour l’industrie touristique.

«C’est sûr que ça multiplie l’offre d’hébergement, mais ça reste que l’hébergement, c’est un secteur qui est habitué à se renouveler», indique Mme Lavergne. «Tout ce qui se fait en offre de forfait, ce n’est pas quelque chose qu’on peut retrouver dans un Airbnb, donc je pense qu’à la limite ce sont des offres qui sont complémentaires», dit-elle.

«Ça fait toujours partie des conversations, mais il n’y a pas de fortes inquiétudes», affirme pour sa part Isabelle Hallé, responsable des communications à Tourisme Centre-du-Québec.

M. Gret explique qu’il est difficile de savoir quels sont les effets quantifiables d’Airbnb sur les profits et l’achalandage dans les établissements hôteliers. «C’est très difficile d’avoir du data, parce qu’Airbnb est très hermétique», dit-il. «Ce qu’on dit, c’est que c’est certain que ça a un impact, mais nous on joue vraiment sur l’équité fiscale».

Un souci d’équité

Un aspect important des discussions concernant Airbnb est sans équivoque l’équité fiscale que demandent les propriétaires d’établissements hôteliers. La ministre du Tourisme Caroline Proulx a d’ailleurs annoncé dernièrement que le gouvernement allait modifier la Loi sur les établissements d’hébergement touristique afin de s’adapter à ces nouvelles plateformes.

Ce règlement obligera désormais les propriétaires qui souhaitent louer leur résidence principale à se munir d’un numéro d’enregistrement de la CITQ. Ce numéro devra également être affiché sur toute plateforme de location de logement utilisée par ces propriétaires.

Diane Caron est d’avis qu’un règlement comme celui-ci contribue à une meilleure équité entre les hôtes Airbnb et les propriétaires d’établissements hôteliers. «À partir du moment où ils sont enregistrés comme nous on l’est, qu’ils se soumettent aux mêmes lois et aux mêmes règlements, c’est la libre concurrence», dit-elle. «Nous, on a des normes, des règlements [...], la taxe d’hébergement qui va aux associations touristiques», explique Mme Caron.

De son côté, Charlotte Bérubé considère l’option de ne plus louer une partie de sa résidence sur Airbnb si cette réglementation s’avère trop complexe à respecter. «Ça dépend de ce que ça va engendrer», affirme-t-elle.

Cette dernière dit par contre avoir deux opinions différentes quant aux hôtes Airbnb qui dédient un logement en entier à la location sur cette plateforme, et ce, à temps plein. «Si c’est un propriétaire d’appartement, je n’ai rien contre, c’est son bloc appartement et il peut faire ce qu’il veut avec», dit-elle. «Si c’est quelqu’un qui habite dans le logement et qui a loué l’appartement, là ça me dérange, parce qu’il fait déjà une location et il va utiliser ça pour faire un revenu additionnel, mais s’il y a des bris à l’intérieur du logement, c’est le propriétaire qui va devoir défrayer les coûts».