Le drame caché de la première vague de la pandémie est certainement les milliers de personnes âgées qui ont souffert de l’isolement. Un constat dont on tire des leçons pour la seconde vague. ­
Le drame caché de la première vague de la pandémie est certainement les milliers de personnes âgées qui ont souffert de l’isolement. Un constat dont on tire des leçons pour la seconde vague. ­

Aînés et deuxième vague: «Il ne faut plus jamais les laisser seuls»

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Des personnes âgées laissées seules dans leur chambre, sans droit de visite et sans même pouvoir franchir la porte pour se promener dans le corridor. Des enfants, des proches contraints de se coller le nez à la fenêtre du CHSLD pour pouvoir, à distance, tenir compagnie à la personne qu’ils aiment, parfois même écoutant leurs dernières paroles au bout du téléphone. Voilà des images qui resteront gravées dans les mémoires et qui, malheureusement, résumeront le grand drame de la première vague de la pandémie de coronavirus au Québec.

Alors que la deuxième vague semble bel et bien arrivée, les voix s’élèvent aujourd’hui pour réclamer que l’isolement des personnes âgées soit à tout prix évité si un reconfinement devait survenir. Des voix qui font également écho à la volonté actuellement exprimée par le CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec d’éviter d’éloigner les proches aidants des milieux d’hébergement.

«Il ne faut sous aucun prétexte empêcher les proches aidants de pouvoir avoir accès aux lieux d’hébergement et aux aînés qui ont besoin. Il ne faut plus jamais les laisser seuls», martèle Sylvie Lapierre, professeure au département de psychologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières, et spécialisée en gérontologie.

«C’est important qu’ils soient là. Les proches aidants savent respecter les mesures de sécurité et ils vont le faire, car ils n’ont aucun avantage à mettre les gens qu’ils aiment en danger, ou encore à se mettre en danger eux-mêmes. Mais ce sont ces personnes qui demeurent attentives à ce qui doit être fait, spécialement quand la personne est plus vulnérable d’un point de vue physique et cognitif», croit Mme Lapierre, qui estime que les dommages liés à l’absence de ces personnes auprès des bénéficiaires ont probablement causé davantage de torts que de bienfaits.

Elle repense d’ailleurs au confinement massif des personnes âgées dans les résidences pour aînés, où même une sortie extérieure leur était interdite pendant un certain temps. «Il y a eu des mesures qui ont sans doute été exagérées, qui ont causé plus de dommages qu’elles ont véritablement aidé», mentionne-t-elle.

Au CIUSSS-MCQ, on indique vouloir maintenir le plus longtemps possible les proches aidants auprès des aînés en milieu d’hébergement. «C’est l’une des grandes leçons que l’on retient pour la deuxième vague, de les maintenir le plus longtemps possible. S’il fallait qu’on en vienne à devoir retirer l’ensemble des visiteurs, ce serait en raison d’une gradation des mesures et non pas aussi drastiquement qu’au printemps. Nous sommes conscients des impacts que cette mesure a eus sur les bénéficiaires et les familles, et on sait aussi les bienfaits qui résultent de laisser entrer les proches aidants dans nos milieux de vie», constate Sébastien Rouleau, directeur du programme de soutien à l’autonomie des personnes âgées au CIUSSS-MCQ.

Ce dernier souligne que c’est également grâce à la collaboration du public, au respect des mesures sanitaires dans la population que l’on pourra maintenir les visites en milieu d’hébergement, puisque c’est grâce à cette vigilance que le niveau d’alerte n’augmentera pas. Il indique en outre que l’utilisation adéquate du matériel de protection est beaucoup mieux comprise depuis la première vague, que de la formation est dispensée aux proches aidants sur l’utilisation de ce matériel qui, rappelons-le, est maintenant disponible en quantité beaucoup plus importante que lors des premiers jours de la pandémie.

L’utilisation d’outils technologiques, comme les tablettes électroniques pour maintenir le contact avec les familles lors de la première vague, a contribué au bien-être des résidents dans ces circonstances exceptionnelles, note Sébastien Rouleau. «Leur utilisation se poursuit encore et va certainement perdurer pour maintenir le contact avec les proches. Notre personnel en récréologie a été très imaginatif pour maintenir ce contact durant le printemps», souligne-t-il.

Président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et des métiers CSN Mauricie et Centre-du-Québec, Pascal Bastarache plaide lui aussi pour le maintien des proches aidants. «On ne peut plus laisser les gens mourir seuls dans leur chambre sans qu’un proche ne soit auprès d’eux. On est capable de former ces gens-là pour qu’ils respectent les consignes sanitaires et qu’ils sachent utiliser adéquatement les équipements de protection», croit-il

M. Bastarache rappelle d’ailleurs que l’un des pires scénarios survenus au Québec, soit celui du CHSLD Laflèche du secteur Grand-Mère et qui a fait l’objet d’un récent reportage à l’émission Enquête de Radio-Canada, a laissé des traces indélébiles chez les travailleurs de la santé, dont les préposés aux bénéficiaires qu’il représente. «Mettez-vous à la place du personnel. On a fait tout ce qu’on a pu pour continuer de donner des soins à ces gens à qui nous étions attachés, mais on les voyait mourir les uns après les autres, et seuls sans pouvoir être avec leurs proches. C’est trop pour un être humain», confie-t-il.

Récemment, le quotidien La Presse rapportait que le gouvernement pourrait permettre des assouplissements dans l’accompagnement des personnes en fin de vie dans le cadre des mesures sanitaires. Pascal Bastarache est aussi d’avis que tout devra être mis en place pour éviter à tout prix la mobilité du personnel, ce que le CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec dit déjà prévoir. Mais M. Bastarache croit aussi que les bons résultats d’une seconde vague passeront par la façon dont le gouvernement entend traiter les travailleurs de la santé.

«Le gouvernement a fait un incroyable appel à la solidarité auprès des travailleurs de la santé lors de la première vague. Dans les mois qui ont suivi par contre, le gouvernement nous a délaissés, brimant nos droits malgré l’absence de COVID en continuant d’obliger l’ensemble du personnel à travailler à temps plein. À chaque fois, on a l’impression que le gouvernement prend tout et ne donne rien, mais il devra agir autrement s’il souhaite qu’on réponde encore à cet appel de solidarité», considère Pascal Bastarache.