L’enseignante Isabelle Bergeron a eu l’idée de créer le projet Correspondances scolaires.
L’enseignante Isabelle Bergeron a eu l’idée de créer le projet Correspondances scolaires.

Aimer le français... par correspondance

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
Sainte-Monique — Il y a deux ans, Isabelle Bergeron a eu l’idée de créer bénévolement le projet Correspondances scolaires, un programme de jumelage entre les élèves des diverses régions du Québec et même des communautés francophones canadiennes.

Cette enseignante de 4e et 5e années de l’école Arc-en-Ciel de Sainte-Monique, sur le territoire du Centre de services scolaire de la Riveraine, raconte avoir été inspirée par un reportage soulignant les 40 ans de la loi 101, en 2017. Mme Bergeron, forte de ses 23 ans d’expérience en enseignement, s’est tout de suite sentie interpellée. «L’immigration, j’ai ça à cœur», confie-t-elle en rêvant «que des ponts s’établissent, qu’on vive bien ensemble» sans oublier, bien entendu de protéger «notre langue française», souligne-t-elle.

Dès la première année, pas moins de 444 classes des quatre coins du Québec et de diverses provinces canadiennes s’étaient inscrites. Cela représentait rien de moins que 9000 élèves participants.

Le programme, qui se veut d’abord un prétexte pour aider les élèves à améliorer leur maîtrise du français écrit, repose aussi sur l’idée qu’en multipliant les moments de rencontres entre les nouveaux arrivants, les peuples autochtones, les communautés francophones hors Québec et la société d’accueil québécoise, les enfants développeront très tôt dans leur vie un sentiment d’appartenance à tout le territoire québécois, explique Mme Bergeron.

Malgré la pandémie, le programme compte cette année 455 classes participantes.

«Le but n’est pas de jumeler Chicoutimi et Roberval. C’est de faire découvrir aux enfants du Québec d’autres régions du Québec», explique-t-elle. «Par exemple, on a Mme Danielle, à l’école de la Providence de Saint-Tite, qui est jumelée avec la classe de Salluit dans le Grand Nord», illustre la créatrice du programme.

«Faire écrire les enfants entre eux donne beaucoup de sens à l’écrit. Le fait d’écrire pour être lu par quelqu’un d’autre et non uniquement dans un cadre d’exercice répond à un besoin», dit-elle. «C’est motivant», fait-elle valoir.

Autre particularité de ce programme, ce ne sont ni des courriels, ni des textos que les enfants s’envoient, mais de vraies lettres en papier qui arrivent par la poste dans un gros paquet que les enseignantes ouvrent en classe et distribuent aux destinataires. «C’est plus efficace», constate Mme Bergeron. C’est que parfois, on peut y trouver des photos ou de petits présents. C’est selon le souhait des enfants et de l’enseignante qui peut aussi décider qu’on envoie des vidéos pour montrer de quoi a l’air l’école.

Les sujets abordés dans les lettres sont simples et variés. L’élève peut parler de son mets préféré ou bien de sa fratrie, par exemple. Les tempêtes d’idées, en classe, se multiplient pour choisir les thèmes du moment. Après la rédaction d’un premier jet, c’est l’heure de corriger les fautes de français et bien évidemment, le prétexte est parfait pour enseigner quelques règles de grammaire au passage. Tout y passe, même l’importance d’avoir une belle calligraphie.

Mme Bergeron se réjouit que des classes de langage et d’adaptation scolaire se greffent également au programme pour faire progresser les élèves.

Depuis deux ans, Isabelle Bergeron gère la plateforme sur laquelle les enseignants s’inscrivent avec leur classe pour prendre part au projet. Depuis cette année, les classes francophones des autres provinces sont également admises. «On a 18 classes de l’extérieur», précise-t-elle.

C’est aussi Mme Bergeron qui fait les jumelages. Il existe des arrondissements, surtout dans la région de Montréal, où les résidents «ont peu de contacts avec les Québécois dits de souche». Elle cite l’exemple de Côte-des-Neiges.

La correspondance entre ses élèves et une classe entièrement composée de Philippins de Côte-des-Neiges avait même généré une rencontre en personne des deux groupes, l’an dernier. Au grand étonnement de ses élèves, les Philippins d’origine parlaient avec eux en anglais uniquement, signe qu’il y a encore beaucoup à faire pour protéger la langue française au Québec.

Mme Bergeron a reçu de nombreuses demandes en provenance de l’Afrique, invitations qu’elle doit décliner, pour l’instant, car elle gère seule le programme de correspondance scolaire et ce, bénévolement les soirs et les week-ends. C’est en plus de son travail d’enseignante à plein temps.

Le ministre responsable de la langue française, Simon Jolin-Barrette, «devrait nous annoncer quelque chose éventuellement au sujet de la langue française sur l’Île de Montréal. On a un programme scolaire, ici, qui vaudrait la peine d’être étudié», fait valoir Mme Bergeron.

«Je souhaiterais qu’il puisse dégager une ressource à demi-temps pour l’élaboration de ce programme-là de sorte que la promotion se fasse plus facilement par l’intermédiaire des centres de services scolaires. La mise en œuvre est déjà là. Le succès y est déjà», plaide-t-elle.

Les enseignants «cherchent des moyens novateurs de faire aimer la langue française. Ce n’est pas toujours simple», dit-elle. Mme Bergeron rêve que ce projet «devienne un programme pédagogique et social connu de tous. Ce serait mon souhait pour tout le Québec.»