Blandine Prévost et la directrice générale de la Maison Carpe Diem, Nicole Poirier.
Blandine Prévost et la directrice générale de la Maison Carpe Diem, Nicole Poirier.

Aide médicale à mourir: «n’allons pas trop vite»

TROIS-RIVIÈRES — Loin d’être contre l’idée de tenir une consultation publique sur la modification de la Loi concernant les soins de fin de vie, la directrice générale de la Maison Carpe Diem, Nicole Poirier, ne veut cependant pas que l’élargissement de la portée de cette législation se fasse trop rapidement, sans que toutes les questions relatives à ce dossier ne soient adressées et évaluées.

«Ce que je vois d’un bon œil, c’est que le gouvernement tienne une consultation. Mais n’allons pas trop vite. Il faut réfléchir, car il y a beaucoup d’enjeux. [...] On a senti beaucoup d’ouverture à réfléchir comme il le faut de la part de la ministre [de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann] et des députés présents lors du Forum national sur l’évolution de la Loi concernant les soins de fin de vie [lundi]. Ça nous a rassurés un peu. Mais il y avait des échanges au cours desquels il y avait moins de nuance», raconte Mme Poirier.

Parmi les points qui tracassent la dirigeante de l’établissement trifluvien accueillant des personnes souffrant d’Alzheimer – et qu’elle espère qui seront abordés de façon significative –, notons la possibilité qu’une personne recevant un diagnostic d’une maladie neurodégénérative comme l’Alzheimer puisse un jour avoir recours à l’aide médicale à mourir en signant des directives anticipées. Pour elle, il est important de penser à la réalité de ceux qui décident de continuer à vivre malgré la maladie, et ce, malgré le fardeau que cela représente pour leurs proches alors qu’il serait possible de les soulager de cette lourde responsabilité.

«Ce que l’on réalise, c’est que ça semble simple d’écrire ses directives et que quelqu’un de confiance décidera d’enclencher le processus d’évaluation pour voir si la personne atteinte répond [aux directives établies préalablement]. En ouvrant cette porte, comment vont se sentir les personnes qui vont choisir de vivre?», se questionne Mme Poirier.

Ayant appris qu’elle souffrait d’Alzheimer il y a maintenant dix ans, Blandine Prévost, une mère de famille française âgée de 46 ans, a quant à elle décidé de vivre. Ayant trouvé la meilleure façon de poursuivre sa vie malgré sa maladie à la Maison Carpe Diem, elle a ouvert en France des milieux de vie directement inspirés de l’approche prônée par l’organisme de Trois-Rivières. Afin de partager sa vision des choses, elle a rapidement décidé de venir au Québec lorsqu’elle a appris que le gouvernement du Québec allait tenir une consultation publique. Se défendant de vouloir s’immiscer dans le débat québécois ou de dicter aux décideurs d’ici la décision à prendre, elle tenait tout de même à faire le voyage afin de partager son vécu. Sa prise de parole lors de l’exercice de lundi semble d’ailleurs avoir été très bien reçue et avoir touché les intervenants présents.

«Chacun prend la décision qui lui convient. Je ne jugerai jamais une personne qui prendra une autre décision que la mienne. Mon propos était surtout de rappeler que vous avez une autre solution de l’aide à mourir, c’est l’aide à vivre et que la France vous envie. Elle s’appelle Carpe Diem», mentionne Mme Prévost.

Fait à noter, Québec a fait marche arrière, lundi, en indiquant ne vouloir pas pour le moment permettre l’accès à l’aide médicale à mourir pour les personnes atteintes de graves problèmes de santé mentale. Le tout est suspendu, le temps d’une consultation, qui sera par ailleurs plus poussée.

La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, en a fait l’annonce avant l’ouverture du Forum national sur l’évolution de la Loi concernant les soins de fin de vie, qui se tenait à Montréal toute la journée.

Rappelons que le 12 mars est la date à laquelle le critère d’être «en fin de vie» ne sera plus nécessaire pour avoir accès à l’aide médicale à mourir – ce qui ouvre la porte aux personnes ayant des problèmes de santé mentale. Québec a décidé de ne pas porter en appel le jugement rendu dans la cause Truchon et Gladu, qui avait rendu inopérant le critère de fin de vie, prévu à la Loi concernant les soins de fin de vie, comme condition d’admissibilité à l’aide médicale à mourir.

Avec La Presse Canadienne