On aperçoit ici Ginette Leblanc, décédée en 2013, en compagnie de son procureur, Me René Duval.

Aide médicale à mourir: «La loi québécoise ne va pas assez loin»

TROIS-RIVIÈRES — Claude Deschesnes suit avec intérêt l’histoire de Nicole Gladu et de Jean Truchon, ces deux Québécois atteints d’une maladie dégénérative grave qui demandent l’aide médicale à mourir. Comme ils ne sont pas mourants, la loi québécoise leur refuse ce privilège. Claude Deschesnes a souvent des souvenirs de sa conjointe, la Trifluvienne Ginette Leblanc, qui s’était battue bec et ongles dans l’espoir d’obtenir des tribunaux cette aide médicale à mourir qui lui aurait épargné tant de souffrances inutiles causées par la sclérose latérale amyotrophique.

«Sa hantise, c’était de mourir étouffée», se souvient l’homme qui en parle encore avec émotion, six ans plus tard. «En dernier, on la voyait dépérir chaque jour», dit-il.

Elle aussi avait encore de l’énergie et toute sa tête lorsqu’elle a demandé aux plus hautes instances juridiques du Québec et du Canada de lui accorder de l’aide médicale à mourir. C’était en 2011. Soutenue par l’avocat René Duval, Ginette Leblanc a connu un regain d’espoir, en 2013, lorsqu’elle a appris qu’une autre victime de la SLA, Gloria Taylor, avait obtenu le droit de recourir légalement au suicide assisté. Les lois du Québec n’étant pas les mêmes qu’en Colombie-Britannique, Ginette Leblanc n’obtiendra toutefois pas la même exemption.

La Trifluvienne est encore plus accablée lorsqu’un groupe de Washington, aux États-Unis, l’organisme Choice Is an Illusion, vient faire pression sur les instances juridiques canadiennes pour empêcher l’adoption d’une loi permettant le suicide assisté médicalement. «Elle était toute à l’envers de ça», se souvient Claude Deschesnes.

En février 2013, Ginette Leblanc rend l’âme sans avoir pu terminer son combat. C’est finalement en 2015 que l’arrêt Carter de la Cour suprême du Canada détermina finalement qu’il était inconstitutionnel de prohiber totalement l’aide médicale à mourir.

Aujourd’hui retraité, mais consultant pour un cabinet d’avocats de Lévis, Me René Duval s’intéresse lui aussi à cette cause entendue depuis lundi par les tribunaux du Québec. Me Duval n’est pas surpris. «Dès que le Québec a voté sa loi, j’étais déçu», dit-il. Ces procédures de deux personnes gravement malades pour obtenir le droit à l’aide médicale à mourir «montrent que la loi, au Québec, ne va pas assez loin», conclut-il.

La fille de Ginette Leblanc, Dominique Lavergne, et le conjoint de Mme Leblanc, Claude Deschesnes.

L’avocat estime que dans l’état actuel des choses, si l’affaire de Ginette Leblanc survenait aujourd’hui, la dame n’aurait pas plus accès à l’aide médicale à mourir qu’il y a six ans.

«L’évolution d’une maladie, c’est difficile à prévoir», fait-il valoir, donc l’heure de la mort l’est tout autant, ajoute-t-il. On a souvent vu des malades déjouer les pronostics des médecins, rappelle-t-il.

Les deux personnes malades qui interpellent en ce moment la Cour supérieure du Québec contestent entre autres ce critère de la législation québécoise qui les empêche de recourir à l’aide médicale à mourir.

Ce critère apparaît incompatible avec la conclusion de la Cour suprême, estime Me Duval. L’arrêt Carter s’adresse en effet aux personnes qui ont des problèmes de santé graves et irrémédiables, c’est-à-dire incurables et non au moment où ils pourraient décéder. «On ne parle pas de personnes qui sont à quelque temps de leur fin de vie», souligne l’avocat.

La fille de Ginette Leblanc, Dominique Lavergne, s’intéresse elle aussi de près à la cause Gladu-Truchon. Pour elle, leur démarche indique «qu’on se rend compte qu’on a besoin de s’ajuster», dans ce dossier d’aide médicale à mourir.

«C’est un droit humain de décider quand vont finir nos jours», croit-elle. «Pour qui se prend-on de brimer ce droit-là qui, pour moi, est un droit de l’Homme? Malheureusement, sur la planète, il y a des humains qui n’ont pas la capacité de le faire et ce sont souvent ces gens-là qui souffrent le plus. Pour qui se prend-on d’aller à l’encontre de cette démarche-là?», fulmine-t-elle.

Mme Lavergne espère qu’on «continuera de discuter et qu’on continuera de faire évoluer la pensée collective vers quelque chose qui est plus sain, plus respectueux, plus digne pour l’être humain. Continuons de faire évoluer la réglementation, la structure», propose-t-elle tout en indiquant qu’il est normal que des ajustements soient nécessaires. «Ça nous donne l’occasion de continuer à en discuter et de nous rappeler de l’essence, de la nature même du geste.»