La professeure de l’Université de Sherbrooke Gina Bravo prononçait une conférence au sujet de l’aide médicale à mourir pour les personnes inaptes, vendredi, devant la Table régionale de concertation des personnes aînées du Centre-du-Québec.

Aide médicale à mourir et Alzheimer: «Jusqu’où on a l’intention d’aller?»

Nicolet — La question de l’aide médicale à mourir pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer a non seulement occupé l’espace public au Québec depuis les derniers jours, mais a également alimenté les discussions de la Table régionale de concertation des personnes aînées du Centre-du-Québec, vendredi.

À peine quelques jours après le prononcé de la sentence d’emprisonnement de Michel Cadotte, reconnu coupable de l’homicide involontaire de sa femme atteinte de la maladie d’Alzheimer, les discussions et les échanges étaient vifs autour de la question de l’aide médicale à mourir aux personnes inaptes, qui est encore loin de faire l’objet d’un consensus.

La conférence prévue à l’occasion de l’assemblée générale annuelle de la Table portait justement sur l’aide médicale à mourir aux personnes inaptes. Pour l’occasion, les participants à cette journée de réflexion, divers représentants d’organismes œuvrant auprès des personnes aînées, avaient à se questionner sur ce débat hautement émotif.

La chercheuse et professeure de l’Université de Sherbrooke Gina Bravo, directrice du Centre de recherche sur le vieillissement, est d’ailleurs venue présenter les résultats d’une étude menée auprès de plus de 300 proches aidants et de médecins, permettant d’alimenter les discussions.

De cette étude, il ressort que plus de 90 % des proches aidants seraient en faveur de l’aide médicale à mourir pour les personnes atteintes de troubles cognitifs comme la maladie d’Alzheimer. Auprès du corps médical, cette proportion est de 70 %, révèle aussi l’étude, présentée un peu partout au Québec dans une tournée que s’emploie à faire Mme Bravo afin d’alimenter la réflexion.

«Comme société, il va falloir répondre à cette question un moment donné. Mais le but de ma tournée, c’est vraiment d’échanger, d’alimenter et d’informer parce que les gens ne connaissent pas toujours les tenants et aboutissants, les conséquences», considère Gina Bravo, qui refuse qu’on tranche le débat sur le dos d’un seul cas médiatisé comme celui de Michel Cadotte. «C’est la réflexion qui doit être à la base de la décision, et non pas un cas comme celui de monsieur Cadotte. Un seul cas ne doit pas faire en sorte qu’on décide s’il faut le faire ou non», mentionne-t-elle.

Mais la réflexion est complexe, et lourde de sens. Comment déterminer à l’avance la décision de la personne? Peut-on considérer des directives anticipées écrites ou alors prioriser les intérêts actuels de la personne lorsqu’elle a perdu ses fonctions cognitives? Quelles circonstances doivent être prises en considération, et surtout comment et qui doit juger à savoir si la personne inapte souffre réellement?

Certains éléments éthiques doivent également être pris en considération, note Mme Bravo. Par exemple, l’aide médicale à mourir ne doit jamais devenir une solution au manque d’accessibilité aux soins palliatifs dans une région donnée. Et y a-t-il un risque qu’on en vienne à dévaloriser la vie des personnes inaptes ayant un trouble cognitif? Autant de questions auxquelles les participants devront tenter d’apporter des réponses à travers une réflexion mûrie.

Ces mêmes participants, vendredi après-midi, ne pouvaient d’ailleurs s’empêcher de se questionner sur les limites d’une telle ouverture à la loi.

«Jusqu’où on a l’intention d’aller? Si on ouvre à ça, on va ouvrir à quoi après», se demandait une participante, se disant toutefois bien consciente de la souffrance qui est également vécue par les proches aidants. D’autres se questionnaient sur la différence réelle entre le refus de l’acharnement thérapeutique et la demande d’aide médicale à mourir à un certain stade de la maladie.

«Il faut que les gens s’expriment, parce que ça concerne tout le monde», est d’avis Mme Bravo, rappelant que des statistiques actuelles démontrent que les cas de maladie d’Alzheimer n’iront qu’en augmentant au pays dans les prochaines années.

Pour Jacqueline Pettigrew, présidente de la Table régionale de concertation des personnes aînées du Centre-du-Québec, cet exercice était d’autant plus nécessaire que chacun des organismes siégeant au regroupement se retrouve souvent confronté à ces réalités.

«C’est une des grandes préoccupations. Le regroupement, que ce soit des organismes comme l’Appui, la FADOQ ou les centres d’actions bénévoles, ce sont tous des organismes qui ont parfois à faire face à ce genre de sujet-là. Au niveau de la Table, c’est sûr qu’on aura notre point de vue à émettre, et c’est pourquoi c’est important d’en discuter ensemble», souligne Mme Pettigrew.