Michel Favreault souhaite pouvoir choisir le moment de sa mort, lorsqu’il voudra mettre un terme aux souffrances causées par sa maladie dégénérative.

Aide médicale à mourir: «Ce n’est pas aux autres de décider pour moi»

TROIS-RIVIÈRES — Michel Favreault suit de près le procès concernant la loi sur l’aide médicale à mourir qui s’est ouvert lundi, à Montréal. L’homme de Sainte-Ursule atteint d’une maladie dégénérative souhaite comme les deux Québécois à l’origine du procès que les critères pour avoir droit à l’aide médicale à mourir soient élargis.

Michel Favreault est atteint de myosite à corps d’inclusion, une maladie rare et dégénérative. Comme il le dit lui-même, sa santé se détériore chaque jour. Ces dernières années, il a souvent pris la parole publiquement en publiant dans plusieurs journaux du Québec des lettres d’opinions dans lesquelles il dénonce que des personnes souffrant de maladies dégénératives ne puissent avoir accès à l’aide médicale à mourir.

«Il faut [pour avoir l’aide médicale à mourir] que la mort soit en vue, imminente. Dans le cas de la SLA (sclérose latérale amyotrophique) ou de la maladie de Parkinson rigide, la mort n’est jamais à deux pas. On y arrive toujours, mais des fois ça prend du temps», affirme Michel Favreault.

«C’est de l’acharnement thérapeutique. Tu es couché dans un lit, tu es rigide, tu ne peux plus manger parce que tu étouffes. Ce n’est pas une vie. Et pour les proches, ça devient une source d’épuisement. Pas facile de s’occuper d’un corps de 150 ou 200 livres qui ne peut plus bouger par lui-même.»

Michel Favreault souhaite, comme les deux Québécois qui contestent la loi, que les critères d’accessibilité soient élargis. «J’ai encore la qualité de vie, jusqu’à un certain point. Je ne suis pas pressé, mais je ne suis pas nono non plus. J’y arrive lentement, mais sûrement. J’aimerais ça quand le moment va être choisi, d’en bénéficier», avoue M. Favreault.

L’élargissement des critères d’accès à l’aide médicale à mourir ne signifie pas pour autant qu’on ouvre la porte à l’euthanasie. «Je comprends très bien qu’il puisse avoir une crainte de l’euthanasie, sauf que ceux qui en parlent le plus ne sont pas aux prises avec une maladie dégénérative», mentionne-t-il.

«Ils ne peuvent pas imaginer c’est quoi quand ton corps se rigidifie et que tout devient, chaque seconde, un défi. Des gestes comme marcher, se lever du lit, manger et aller aux toilettes deviennent très difficiles. Même si on est résilient, ça devient très frustrant.»

L’homme de Sainte-Ursule comprend également que des personnes peuvent être opposées à l’aide médicale à mourir pour des raisons philosophiques ou religieuses. Leurs convictions ne devraient toutefois pas influencer son propre choix.

«Ce n’est pas aux autres de décider pour moi», mentionne-t-il. «Je souhaite qu’il y ait du respect pour les deux personnes, celle qui le veut et celle qui ne le veut pas.»

Devant des critères d’accès que plusieurs jugent trop stricts, certains peuvent choisir d’autres façons de mourir, précise Michel Favreault.

«Des personnes âgées qui se donnent eux-mêmes l’aide médicale à mourir, c’est une façon de parler, ça existe depuis longtemps», affirme-t-il.

L’aide médicale à mourir dans la région

En Mauricie et au Centre-du-Québec, l’aide médicale à mourir a été appliquée à 59 reprises en 2016 et 2017, selon les statistiques du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ). Notons que les données de 2018 seront disponibles plus tard cette année.

On apprend également avec ces statistiques que 31 des 90 demandes déposées en 2016 et 2017 ont été refusées ou sont tombées caduques pour différentes raisons, comme le décès du patient (six cas) ou le retrait d’une demande (huit cas).

Par ailleurs, 14 demandes ont été refusées, car l’état de santé du patient ne répondait pas aux critères, alors que trois patients sont devenus subitement inaptes ou confus, ce qui fait tomber la demande d’aide médicale à mourir.