Alain Gélinas, président de la CAVP, revient avec ses collègues d’une rencontre internationale sur la pyrrhotite tenue au Connecticut le week-end dernier.

Aide aux victimes de la pyrrhotite: «Je suis tanné de me faire niaiser», fulmine Alain Gélinas

TROIS-RIVIÈRES — S’il est une chose qu’Alain Gélinas retient du séjour qu’il vient de faire au Connecticut avec des membres de la Coalition d’aide aux victimes de la pyrrhotite, c’est que l’aide apportée par les gouvernements du Québec et du Canada n’est pas suffisante et surtout, elle est très compliquée à obtenir par rapport à la façon dont les victimes de la pyrrhotite sont traitées aux États-Unis.

«Je suis tanné de me faire niaiser», dit le président de la CAVP, en entrevue avec Le Nouvelliste. «Ça fait 10 ans que ça traîne. Aucune crise au Québec n’a duré 10 ans», dit-il.

Alain Gélinas n’a pu faire autrement que de mettre en parallèle, le week-end dernier, l’aide apportée aux victimes de la pyrrhotite du Connecticut et du Massachusetts par le gouvernement américain par rapport à ce que Québec et Ottawa ont offert aux propriétaires de la région qui sont aux prises avec le même problème. La comparaison est déprimante pour son organisme qui se bat depuis une décennie pour aider les victimes.

Il n’aura fallu que quatre ans, en effet, pour que les victimes du Connecticut, qui sont beaucoup plus nombreuses que celles du Québec, aient droit à une aide de 175 000 $ non remboursable par maison alors qu’ici, depuis 10 ans, le montant ne dépasse pas 75 000 $ et revêt la forme d’un prêt sans intérêt, ce qui est nettement insuffisant pour couvrir les dommages et les réparations.

En moyenne, au Québec, il en coûte en effet 187 000 $ pour réparer une maison qui contient de la pyrrhotite, indique M. Gélinas.

Beaucoup de victimes, rappelle-t-il, n’ont pas la capacité d’emprunter pour compléter les sommes manquantes nécessaires aux travaux.

En Irlande, où des cas de pyrrhotite ont également éclaté, le gouvernement offre une aide qui couvre 90 % des frais de réparation, dit-il. Dans ce cas, précise M. Gélinas c’est pire parce que la pyrrhotite est dans les murs. Il faut donc démolir la maison et tout reconstruire.

Depuis des années, la CAVP demande au gouvernement de financer le test de dépistage de la pyrrhotite, ce qui permettrait à plus de personnes de faire leurs travaux et à la Coalition, de dresser un meilleur portrait de la situation. D’une élection à l’autre, cette demande et bien d’autres n’aboutissent pas. «On dirait qu’aucun politicien ne réalise que ça fait 10 ans que ça dure», constate le président, visiblement découragé.

Pendant ce temps, la CAVP reçoit régulièrement des lettres de désespoir de la part de victimes.

Lors de la visite de la CAVP au Connecticut, au cours du week-end dernier, Alain Gélinas a pu constater que de nombreux politiciens américains sont venus expliquer aux victimes comment ils leur apportent de l’aide et ce qui se fait pour les soutenir. M. Gélinas rappelle que lors du congrès transfrontalier sur la pyrrhotite organisé l’an dernier à Trois-Rivières par la Coalition, aucun politicien ne s’est pointé, sauf Marc H. Plante, alors député de Maskinongé et interlocuteur désigné par le gouvernement dans cette crise, qui était venu faire acte de présence.

«Il a fallu qu’on se batte», rappelle le président de la CAVP, «juste pour faire passer le taux de pyrrhotite acceptable de 0,3 à 0,23%» (le taux désigné par le tribunal à partir duquel il peut y avoir détérioration du béton) et permettre à plus de propriétaires de recevoir de l’aide, rappelle le président.

La Coalition a rencontré, depuis le début de la campagne, tous les candidats aux élections fédérales de la région. Tout le monde, dit-il, s’est montré sympathique à la cause, «mais on n’a jamais d’engagement clair», déplore M. Gélinas.

Le président de la CAVP ne comprend pas l’inaction du gouvernement du Québec. Même si le prêt sans intérêt d’un maximum de 75 000 $ par maison semble généreux, «ça ne coûte pas ça, en réalité, au gouvernement», plaide-t-il. «La réparation de la maison génère beaucoup de revenus de taxes», souligne-t-il. «Il y a un retour sur l’investissement», plaide le président.

«J’ai l’impression que lorsque c’est sorti, en 2011 et que le gouvernement a annoncé de l’aide, il ne pensait pas que la crise serait aussi grosse», analyse-t-il. «Malgré nos interventions, l’aide ne couvre pas tous les cas.»

Alain Gélinas rappelle que la CAVP demande au gouvernement de rendre déductible d’impôt la différence des frais de réparation qui ne sont pas couverts par l’aide financière. «On se fait tout le temps répondre que c’est bien compliqué et que c’est trop difficile de changer les lois», déplore-t-il.