Les vers blancs se régalent des graminés.
Les vers blancs se régalent des graminés.

Agrile et vers blancs: où en sont nos pestes?

TROIS-RIVIÈRES — Le retour de l’été coïncide avec la réapparition de problèmes de santé pour nos arbres et nos gazons, principalement les manifestations de l’agrile qui tue les frênes à petit feu et les vers blancs qui font la vie dure aux pelouses.

L’infestation de vers blancs dans les gazons de la région qui est survenue en 2013 est toutefois moins importante cette année, indique Christian Brunet, président de Québec vert, (anciennement la Fédération interdisciplinaire de l’horticulture ornementale du Québec.) «La situation est devenue relativement stable», assure-t-il.

Le propriétaire de l’entreprise Hydralis précise toutefois que «c’est un insecte, donc il y en aura toujours, mais on n’est pas en période aussi extrême qu’en 2013», constate-t-il. Il invite malgré tout à être vigilant. Si des plaques de gazon meurent ou si les moufettes viennent se régaler, «elles ne viennent pas pour un seul ver», fait-il valoir.

Certes les moufettes et les oiseaux nous rendent service en venant consommer nos vers blancs, «mais c’est un signe qu’il y a une bonne colonie», fait-il valoir.

Faut-il alors creuser et enlever tout son gazon pour le remplacer? «Ça dépend de l’infestation», indique M. Brunet. «Quand la quantité de vers blancs est trop importante, il faut penser à des moyens un peu plus drastiques», concède-t-il.

«Il est toujours possible de traiter pour les vers blancs. Les produits ont changé», dit-il. En 2013, rappelle-t-il, on se servait de néonicotinoïdes. Le pesticide affectait toutefois grandement les abeilles et autres invertébrés. «Maintenant, on a des produits plus acceptables sur le plan phytosanitaire», signale-t-il.

Ceux et celles qui préfèrent une solution plus naturelle peuvent avoir recours aux nématodes, signale M. Brunet. Il s’agit de parasites qui font mourir les vers blancs. On peut se les procurer dans les centres jardins et «il y a une période précise pour l’application», dit-il.

Ce dernier invite à maintenir de bonnes pratiques pour l’entretien du gazon. Ne pas tondre trop court et fertiliser le gazon. «Ça va aider.»

«Avoir une biodiversité, notamment la présence de trèfle dans notre pelouse, va aider aussi», dit-il. «Le terrain va paraître plus vert. Les larves de vers blancs ne se nourrissent pas de trèfle», dit-il. Les vers blancs se nourrissent «de graminées en général», précise-t-il.

«On est moins à l’ère du green de golf, comme c’était le cas avant le début des années 2000», constate M. Brunet. «Le fait d’avoir plus de pissenlits et de violettes permet aussi à certains insectes, dont les pollinisateurs, d’avoir de quoi se nourrir, principalement avec le pissenlit en début de saison, car ce sont les premières fleurs à apparaître. Donc, on donne un coup de main à Dame Nature de ce côté-là en ayant une certaine biodiversité», explique le président de Québec vert.


« Dès qu’on voit apparaître des symptômes comme des plaques de gazon qui s’arrachent facilement. Il vaut mieux consulter si l’on ne veut pas perdre la façade ou la cour arrière complètement »
Christian Brunet, président de Québec vert

Comment déterminer, comme consommateur, que notre gazon a besoin d’un traitement ou pas? «Dès qu’on voit apparaître des symptômes comme des plaques de gazon qui s’arrachent facilement», résume M. Brunet. «Il ne faut pas attendre parce que la population de vers blancs va aller en augmentation», dit-il. «Il vaut mieux consulter si l’on ne veut pas perdre la façade ou la cour arrière complètement», conseille M. Brunet.

L'agrile en progression

Du côté des frênes on n’en a pas fini d’en découdre avec l’agrile, car l’insecte poursuit sa progression.

L’agrile du frêne.

À Trois-Rivières, on reboise maintenant avec des espèces variées en vue de remplacer peu à peu les frênes qui tomberont au combat. La Ville traitera 400 frênes, cet été. Elle soignera ceux qui l’ont déjà été en 2018 puisque le traitement doit être répété aux deux ans, signale le porte-parole, Guillaume Cholette-Janson.

La bête n’est toujours pas à Shawinigan, indique de son côté Véronique Gagnon-Piquès du service des communications. En prévision de son arrivée, de nouveaux arbres d’autres espèces sont plantés par la Ville pour ne pas laisser de trous béants dans le paysage lorsque les frênes mourront.

Selon Nancy Thériault, spécialiste en environnement à la Ville de Trois-Rivières, tout laisse croire que l’insecte ravageur est plus répandu qu’on ne le croit. Les pièges installés par la Ville un peu partout sur son territoire permettent de constater que l’agrile a élu domicile pour de bon. Même si certains frênes ne présentent pas encore de signes de dépérissement, les dégâts peuvent être en train de se faire, explique-t-elle. En 2018, raconte Mme Thériault, les frênes situés près du poste de police semblaient en santé, mais une vague de temps sec et très chaud a stressé les arbres au point où en trois semaines à peine, les signes de dépérissement se sont mis à apparaître.

GDG Environnement est toujours dans ses protocoles expérimentaux dans une quinzaine de villes du Québec, dont Trois-Rivières, avec son produit FraxiProtec.

Il s’agit, rappelons-le, d’un champignon (beauveria bassiana) qui, placé dans des pièges, fait mourir l’agrile avant qu’elle ne s’attaque aux frênes. Le système, réputé écologique, devrait être homologué par Santé Canada en 2021 et devrait l’être dès cette année aux États-Unis, indique Richard Vadeboncoeur, vice-président, développement des affaires.

Nancy Thériault, qui consulte les rapports de résultats chaque année depuis l’installation des pièges, estime que cette approche s’inscrira dans une série de mesures, incluant les injections de TreeAzin, qu’il faut faire pour protéger les frênes et ralentir la progression de l’infestation. La Ville rappelle-t-elle, offre du financement aux citoyens qui ont des frênes pour le traitement au TreeAzin.

Une initiative gouvernementale utilisant des espèces particulières de guêpes semble aussi prometteuse, dit-elle. Mme Thériault prévoit qu’à la longue, la combinaison de toutes ces initiatives permettra à la nature d’en arriver à un équilibre, au niveau des frênes, «mais ça prendra plusieurs années encore», prévoit-elle.