Richard St-Pierre a été déclaré coupable de gestes à caractère sexuel sur sa fille.
Richard St-Pierre a été déclaré coupable de gestes à caractère sexuel sur sa fille.

Agression sexuelle sur sa propre fille: Richard St-Pierre déclaré coupable

Audrey Tremblay
Audrey Tremblay
Le Nouvelliste
Le juge Jacques Trudel a rendu sa décision, jeudi, dans le dossier de Richard St-Pierre. L’homme de 71 ans a été reconnu coupable d’agression sexuelle, d’atteinte à la pudeur, et d’avoir, à des fins sexuelles, touché une partie du corps de sa victime, sa propre fille. Les événements sont survenus entre 1980 et 1989.

Le juge s’est longuement attardé sur la version des faits de l’accusé, qu’il n’a pas crue. Il a noté, entre autres, que l’accusé avait admis une partie des gestes reprochés en les justifiant.

«Par votre version, vous cherchez bien maladroitement, mais intentionnellement à nier l’ensemble des faits reprochés. […] Votre version révèle que vous cherchez délibérément à nier votre responsabilité et même à cacher la vérité», a lancé le juge en direction de l’accusé.

Dans son analyse, le Tribunal a constaté que l’accusé s’est exprimé avec un langage primaire et cru, voire vulgaire, qui «traduit une pensée qui se révèle jusqu’à un certain point de même nature».

«Une pensée forgée de toute évidence sur des préjugés et des mythes qui relève d’une autre époque que la nôtre», a affirmé le juge.

Ce dernier a également cité quelques passages du témoignage de l’accusé qui avait affirmé «avoir peur que sa fille se fasse remplir». Le juge est revenu sur les explications de Richard St-Pierre qui, lors de son témoignage, avait mentionné qu’il montrait à sa fille à se masturber pour calmer son énergie sexuelle débordante, et qu’il l’avait fait pour elle quand elle en avait besoin et non pour lui. 

Un passage qui, pour le tribunal, constituait à lui seul un aveu d’attouchement sexuel.

«Il est clair que les actes sexuels que vous admettez sont survenus […] Votre version des actes est de toute évidence très réductrice et justificative», a dit le juge.

Ce dernier a également noté que l’accusé faisait reposer la responsabilité de la proximité des corps sur la victime, affirmant même que c’est la victime qui provoquait les rapprochements, et qu’il avait mentionné qu’elle en avait ajouté «un peu» dans son témoignage. 

Richard St-Pierre avait aussi avancé une histoire de vengeance concernant une découverte de plants de cannabis dans les années 2000, une explication rejetée du revers de la main par le juge.

«Cela n’a aucun sens. C’est en 1988, alors qu’elle a 12 ans, que se fait le premier dévoilement», a-t-il souligné.

Le juge Jacques Trudel a noté plusieurs éléments et détails du témoignage de l’accusé qui confirmaient les dires de la victime, notamment les endroits, le geste lui-même, le dévoilement, les thérapies…

«Vous confirmez, et c’est important, que les événements surviennent avant que la victime ait atteint l’âge de 14 ans».

Quant au témoignage de la victime, le juge Jacques Trudel a indiqué qu’il avait été d’une clarté et d’une précision «presque étonnantes». Il a affirmé que la preuve révélait toutefois les raisons des détails et des précisions du témoignage.

«Depuis 1988 que la victime dénonce ces gestes. Elle a eu l’occasion depuis de revoir les gestes, de les rappeler et de les dénoncer plus de trois fois. Elle a pu y réfléchir et y penser. Ceci explique ce qui m’est apparu étonnant», a-t-il mentionné.

Quant aux contradictions soulevées par la défense, le tribunal a indiqué qu’il était normal qu’il y ait des différences, des imprécisions et même certaines contradictions sur des événements survenus il y a plus de 20 ans. Le juge Trudel a souligné que la version de la victime avait été confirmée par l’accusé lui-même et sa mère.

«Sa version s’est avérée simple, claire, sobre, sans apparence de recherche de vengeance, ni teintée de hargne à votre endroit», a-t-il mentionné à l’accusé.

Le procureur de la Couronne, Me Éric Thériault, était peu surpris à la sortie de l’audience, mais extrêmement satisfait du jugement rendu par le juge Trudel.

«On est très fiers de la plaignante et de sa résilience au travers des aléas du système de justice. Il ne faut pas oublier que la plainte initiale date de 2003. On est très content du dénouement», a-t-il lancé.

Me Thériault a demandé à ce que Richard St-Pierre soit détenu immédiatement, notamment en raison de ses nombreux antécédents de bris de conditions qui impliquent souvent sa fille et son ex-conjointe.

«Ces gens-là ont vécu l’enfer depuis les années 2000, elles n’ont jamais eu la paix. On va demander une longue peine de pénitencier […] Je ne crois pas qu’il y ait un élément qui peut vous faire penser que vous allez rendre une sentence suspendue ou dans la collectivité…», a-t-il lancé. 

Le juge n’a toutefois pas acquiescé à sa demande. Il a imposé des conditions strictes à l’accusé en attendant les représentations sur la peine qui devraient avoir lieu prochainement. La Couronne a l’intention de demander quatre ans d’emprisonnement ferme.

Il faut dire que ce sont les règles d’infraction de l’époque qui s’appliquent dans le dossier. La peine maximale pour deux des chefs est de 10 ans d’emprisonnement.