Guillaume Lévesque du Centre d’amitié autochtone de Trois-Rivières et Laurianne Petiquay, nouvellement directrice générale du Centre d’amitié autochtone de La Tuque.

Agir en prévention avec les autochtones

DRUMMONDVILLE — «Lorsque les gens quittent les communautés et choisissent de venir s’établir en ville, ils veulent améliorer leurs conditions de vie. Mais ce n’est pas parce que c’est en ville que ce sera nécessairement plus facile».

Laurianne Petiquay en connaît un rayon quand il est question de travailler en prévention de l’itinérance auprès des personnes autochtones. La nouvelle directrice du Centre d’amitié autochtone de La Tuque côtoie régulièrement des gens seuls, mais surtout des familles, qui quittent les communautés de la Haute-Mauricie, mais aussi d’un peu partout au Québec, pour venir s’installer dans les centres urbains. Une décision importante pour ces personnes, souvent en quête de meilleures conditions de vie, mais qui peuvent aussi basculer dans l’itinérance ou dans une situation de rupture sociale pour de multiples raisons.

C’est l’une des nombreuses missions du Centre d’amitié autochtone de La Tuque de veiller à les accompagner pour que cela ne se produise pas, explique Mme Petiquay, qui participait mardi au tout premier Forum régional en itinérance, à Drummondville.

«Ces gens décident de venir vivre en ville pour avoir accès à des ressources, pour avoir un loyer. Mais ça attire aussi plusieurs défis pour eux», constate-t-elle, précisant d’emblée que la question culturelle et parfois même la barrière de la langue sont parmi les premiers défis rencontrés pour la plupart d’entre eux.

«Nos intervenants sont très sensibles avec les autochtones. C’est une autre façon de comprendre, de penser. Les valeurs et la façon de faire ne sont pas les mêmes. On ne vient pas de la même place. Il y a encore des erreurs d’interprétations et nos intervenants sont sensibles à ça. On travaille avec le concept de la sécurisation culturelle», explique-t-elle.

Ainsi, ces autochtones choisissent la ville dans l’espoir d’une vie plus facile, mais se retrouveront confrontés à des difficultés qu’ils n’avaient pas envisagées et à travers lesquelles les organismes tenteront de les guider. «Il y a plusieurs facteurs qui peuvent mener à la rupture sociale. En itinérance à La Tuque, on est beaucoup dans la prévention pour ne pas que ça arrive. On veut aider ces gens pour qu’ils soient dans un logement adéquat. Mais il y a aussi une perte de repères. Par exemple, pour faire une demande d’assistance sociale, quand on se trouve à Wemotaci, il y a un seul papier à remplir. À La Tuque, la personne aura une vingtaine de documents à fournir. Il faut prendre la réalité autochtone en considération, et nous, on les accompagne pour qu’ils atteignent une certaine stabilité», indique-t-elle.

Mais outre les services rendus pour les accompagner, les intervenants travailleront aussi pour que la personne puisse acquérir de l’autonomie. «L’objectif est qu’ils soient capables plus tard, ils n’auront pas besoin de nous pour toute la vie. Chaque jour, c’est beaucoup de travail qu’on fait pour aider ces gens-là. On sait qu’on fait la différence. On le sent et on le voit. Ces gens-là, ils s’en sortent», conclut Laurianne Petiquay.

À Trois-Rivières, où il existe également un Centre d’amitié autochtone, la réalité n’est pas forcément la même, car les besoins diffèrent auprès des quelque 2500 personnes qui transigent par ce point de service chaque année pour bénéficier de tous les services offerts. Toutefois, explique l’organisateur communautaire Guillaume Lévesque, des efforts seront déployés pour intervenir auprès des autochtones sur le point de quitter le milieu carcéral.

«Il y a une surreprésentation des autochtones dans les milieux carcéraux. Ici, du côté de la prison de Trois-Rivières, nous aimerions travailler à mieux les encadrer lors de leur libération, afin de devenir un peu le filet de sécurité lors de leur sortie et de leur retour en société», mentionne M. Lévesque.