Mathieu Lafontaine, coordonnateur de la Maison de jeunes de Shawinigan-Sud.
Mathieu Lafontaine, coordonnateur de la Maison de jeunes de Shawinigan-Sud.

Ados et isolement: quels impacts?

TROIS-RIVIÈRES — À la Maison de jeunes de Shawinigan-Sud, les intervenants déploient des trésors d’imagination, depuis le début du confinement, pour demeurer en contact avec les ados. Même si la maison demeure physiquement fermée, «on est ouvert virtuellement» grâce à des plateformes comme Zoom, indique le coordonnateur, Mathieu Lafontaine qui, pour les besoins de cette entrevue, parle au nom du Regroupement des Maisons de jeunes de la Mauricie, l’organisme qui chapeaute 11 des 15 maisons de jeunes de la région.

Les intervenants organisent des jeux de société et font même livrer chez les jeunes de la bouffe ou des sacs de bonbons que tous dégusteront «en gang», devant leur écran d’ordinateur. «Ils s’ennuient de leurs amis», constate M. Lafontaine. Et les amis, pour les ados, «c’est au sommet de la pyramide», rappelle-t-il.

En temps normal, la pratique d’activités physiques comme le soccer, par exemple, permettait d’évacuer une bonne partie du stress, «mais là, tu ne peux plus faire ça» à cause de la distanciation sociale, rappelle-t-il.

«Ils ne peuvent rien faire à part de s’enfermer dans une carapace de jeux virtuels et de jeux vidéo. J’en ai quelques-uns qui sont dans leur bulle de jeux vidéo, mais lorsqu’ils vont revenir dans la réalité, j’espère qu’ils n’auront pas de problème de cyberdépendance», dit-il.

Selon le professeur Carl Lacharité du département de psychologie de l’UQTR, dans le contexte actuel où les réseaux sociaux et Internet fonctionnent à plein régime, la cyberdépendance peut en effet guetter certains ados. «Les conditions sont là», dit-il.

Le professeur Carl Lacharité du département de psychologie de l’UQTR.

Pour les parents, il est donc important de maintenir le dialogue avec leur jeune, surtout si ça semble être le cas, «d’explorer avec lui ce qui se passe» avant de le référer à un professionnel.

Le professeur Lacharité indique que la dépression peut aussi survenir chez les ados dans le contexte actuel. On peut la repérer lorsque l’adolescent est porté à toujours dormir, à avoir une perte d’appétit ou un appétit anormalement aiguisé, lorsqu’il éprouve des difficultés de sommeil, se retire, éprouve de la tristesse et pleure sans raison apparente ou se sent mal sans pouvoir mettre le doigt sur ce qui ne va pas.

En situation de confinement, ajoute-t-il, il peut aussi survenir des conflits intrafamiliaux. Il est donc important que chacun ait un endroit où se retirer pendant un moment. Si tel n’est pas le cas, aller prendre l’air demeure une bonne solution. On peut alors conseiller à l’adolescent d’appeler son ami ou encore une personne proche (grand-père, grand-mère ou autre). Il ne faut surtout pas balayer le conflit sous le tapis, dit-il. Encore une fois, lorsque la crise est passée, il faut vider l’abcès et dialoguer, propose le professeur Lacharité.

Les maisons de jeunes profitent du confinement pour faire également de la prévention, sur les réseaux sociaux, contre la cyberintimidation, indique Mathieu Lafontaine. Des jeux-questionnaires ont aussi été organisés concernant le stress et l’anxiété. Au début du confinement, dit-il, les jeunes éprouvaient «beaucoup de stress», raconte-t-il. «Il y avait de l’inconnu et là, il y a beaucoup de fatigue et on ne sait pas si c’est à cause du stress. Les jeunes étaient déjà anxieux. À l’école, il y a beaucoup de pression. Là, il n’y a pas d’école, mais il y a de l’inconnu», perçoit-il.

La COVID-19, au début, «c’était de l’inconnu. Ils avaient peur.» D’autres informations sont survenues, par la suite, selon lesquelles les jeunes sont beaucoup moins à risque de complications, face à ce virus. L’inquiétude de tomber malade est devenue «l’inquiétude de quand tout ça va finir», dit-il. Les jeunes ont hâte de pouvoir revoir leurs amis et sortir comme avant. Ils s’inquiètent aussi de leur avancement scolaire, surtout pour ceux qui affichaient de mauvaises notes avant le confinement, dit-il.

«L’après-COVID-19, ça va être comment?», se demande Mathieu Lafontaine. «Le défi sera de tirer des leçons de tout ça», prévoit pour sa part Carl Lacharité.

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DES SIGNES À SURVEILLER

  • La cyberdépendance peut se traduire par le fait que l’ado n’entre plus en relation avec son entourage.
  • La dépression peut s’installer chez l’ado. Parmi les signes: perte/gain d’appétit, difficultés de sommeil, sommeil exagéré, retrait, tristesse et pleurs sans raison apparente, se sentir mal sans pouvoir dire pourquoi.

    POUR AMÉLIORER LA RELATION
  • Le dialogue.
  • Faire des activités familiales stimulantes.
  • Ne jamais faire comme si un conflit n’avait pas eu lieu. Après la crise, dialoguer.
  • Lui proposer d’appeler les personnes significatives pour lui.
  • Lui laisser un espace où il peut se retirer.