L’analyse des cheveux de l’ex-conjoint de Laurence Vincent Lapointe aura permis à son avocat, Me Adam Klevinas (sur la photo), de construire une preuve solide pour sa cliente.

Adam Klevinas: «Ma plus grande victoire en carrière»

TROIS-RIVIÈRES — Adam Klevinas a longtemps travaillé pour l’Agence mondiale antidopage (AMA). En quelque sorte, il était «de l’autre côté des athlètes». Appelé à défendre Laurence Vincent Lapointe au mois d’août, l’avocat n’a jamais douté de l’innocence de sa cliente.

Me Klevinas reconnaît que les études commandées pour analyser les suppléments alimentaires de Laurence ainsi que de son ex-conjoint, de même que toutes les autres démarches ont coûté très cher. Il a néanmoins préféré garder ces informations confidentielles.

«On n’aurait jamais fait tout cela si, dès le début, on avait eu des soupçons face à son ancien copain. L’analyse des cheveux est arrivée un peu plus tard. Avant ça, nous avions tout remué pour tenter de trouver la source. On a même pensé à une contamination environnementale, par de l’eau ou de la viande», a-t-il expliqué lundi matin.

En ce sens, avoir pu dépister d’où provenait le ligandrol relève de l’exploit. On sait que c’est une infime quantité de cette substance illicite qui a été retrouvée dans l’organisme de Vincent Lapointe (0,004 ng/ml), c’est-à-dire 4 picogrammes par millilitre.

«C’est comme si on divisait un grain de sel par un billion. C’est minime! Durant nos démarches, en échangeant avec de nombreux scientifiques de partout dans le monde, on a réalisé qu’il était possible que l’origine ne soit jamais trouvée. De l’avoir décelée, c’est énorme.»

À titre de comparaison, un picogramme équivaut à un billionième de gramme.

De l’aide de Strasbourg

Le clan de Vincent Lapointe doit une fière chandelle au professeur Pascal Kintz, un pharmacien toxicologue de l’Université de Strasbourg en France. C’est lui qui a contacté Me Klevinas pour lui suggérer l’analyse des cheveux.

Le professeur Kintz est une figure de proue en médecine légale. «Quand je travaillais pour l’AMA, il avait défendu l’Américain Gil Roberts. L’AMA avait perdu le cas. Kintz était très bon!»

Roberts, un médaille d’or du relais 4 x 400 mètres aux Jeux de Rio, avait été contrôlé positif au probénécide. La substance avait été ingérée involontairement: sa fiancée s’était procuré un médicament, le Moxylong, pour traiter une infection des sinus. Ce médicament lui avait été prescrit par un pharmacien, en Inde.

«Ce fut un exercice très rigoureux», mentionne Adam Klevinas, en revenant au dossier de Laurence Vincent Lapointe. «Quand nous avons pu prouver que son ex-conjoint avait consommé un produit avec du ligandrol, je suis devenu très confiant de gagner. C’est ma plus grande victoire en carrière.»

À Montréal lundi, plus tard dans la journée, Me Klevinas a affirmé que son dossier était plus complet que ceux de Roberts ou du tennisman Richard Gasquet (cocaïne), qui ont aussi été blanchis. Tous ont été contaminés par une drogue par transfert de fluides corporels.

Un appel?

Laurence Vincent Lapointe peut enfin reprendre l’entraînement avec l’équipe nationale. Par contre, des partis comme l’AMA ou le Centre canadien pour l’éthique dans le sport détiennent toujours des droits pour aller en appel de la décision devant le Tribunal arbitral du sport.

Lundi matin, la Fédération internationale de canoë a rendu une «décision courte», peu détaillée. Les dirigeants de l’ICF ont deux semaines pour diffuser un rapport plus étoffé qui expliquera le verdict. «Avec les délais, ça pourrait prendre encore quelques semaines avant que la menace d’une poursuite potentielle s’efface complètement», confirme Me Klevinas, qui demeure confiant.

«Notre preuve est solide. Ils verront tous nos rapports d’analyse, les avis juridiques que nous avons avancés, les preuves factuelles.»

Questionnée à ce sujet, Vincent Lapointe répond avoir appris à ne pas se réjouir trop vite depuis qu’elle est plongée dans cette saga. «Chaque fois que je recevais une bonne nouvelle, d’autres obstacles arrivaient. Je vais foncer et me croiser les doigts. S’il y a un appel, on se battra.»