Dan Marino, du Méga Gym de Québec, Arsène Lagrange, propriétaire du gym Élite Coach à Sainte-Marie, et Dany Laflamme, du centre d’arts martiaux Nova Gym, ont participé à la rencontre de presse, lundi matin.
Dan Marino, du Méga Gym de Québec, Arsène Lagrange, propriétaire du gym Élite Coach à Sainte-Marie, et Dany Laflamme, du centre d’arts martiaux Nova Gym, ont participé à la rencontre de presse, lundi matin.

«Accotés au pied du mur», des centres sportifs gonflent les muscles face au gouvernement du Québec [VIDÉOS]

Normand Provencher
Normand Provencher
Le Soleil
Une coalition de 265 propriétaires de centres d’activité physique du Québec entend rouvrir leurs portes jeudi, et ainsi braver une interdiction de la Santé publique promulguée au début du mois. Selon l’initiateur de la démarche, il en va non seulement de la survie de ces entreprises, mais également de la santé physique et mentale des citoyens.

Dan Marino, propriétaire du Méga Gym, avoue se perdre en conjectures sur les raisons qui ont conduit le gouvernement à ordonner, au début du mois, une seconde fermeture des gyms, centres d’entraînement et salles d’arts martiaux, de yoga et de crossfit. «On n’a jamais compris pourquoi, malgré une discipline accrue de nos membres. On a eu zéro cas, zéro éclosion (…) C’est moralement inacceptable.»

Lors d’un point de presse tenu lundi matin dans son immense gymnase désormais vide (une autre rencontre avait lieu simultanément à Montréal), M. Marino a répété que lui et ses collègues étaient «accotés au pied du mur» et que, dans les circonstances, la plupart sont prêts à défier le gouvernement. «On l’a fait, notre 28 jours, on l’a avalé notre pilule comme bon citoyen et bonne entreprise.»

«J’aime mieux prendre une contravention et la contester avec notre groupe», poursuit-il, plutôt que de rester les bras croisés devant le «burn out collectif» et la «détresse psychologique» qui frappent trop de gens devenus incapables de s’entraîner en salle.

«Il faut arrêter d’associer les gyms à juste des gros bras et des douchebags, c’est vraiment plus ça. On a beaucoup de médecins, d’infirmières, d’ambulanciers qui viennent pour décrocher et ventiler dans nos centres.»

Selon M. Marino, toutes les mesures sanitaires ont été prises, dans les centres d’entraînement pour empêcher la propagation du virus. Port du masque (sauf au moment de l’exercice), distanciation, désinfection régulière de toutes les machines, autant de règles qui ont permis d’empêcher toute éclosion du coronavirus. «Quand les gens de la CNESST vont venus ici, ils m’ont donné une note de 100%, une note parfaite.» Lors de la reprise des activités, ajoute-t-il, son gym n’accueillait que 25 clients à l’heure.

L’un d’eux, Michel Mecteau, a profité de l’occasion pour livrer un plaidoyer en faveur de la réouverture des gyms. L’homme de 78 ans dit s’entraîner au moins trois fois par semaine depuis une soixantaine d’années. «Le gym, c’est devenu mon CHSLD. C’est beaucoup plus important qu’une SQDC (Société québécoise du cannabis).»

La solution, pas le problème

Arsène Laflamme, propriétaire de l’entreprise Élite Coach, à Sainte-Marie de Beauce, estime qu’il serait «facile» de suivre des consignes «claires», où, par exemple, serait accepté une personne par 150 pieds carrés. «On n’en voit pas de récalcitrants dans les salles. Les gens qui s’entraînent sont disciplinés.»

L’activité physique est «essentielle pour la santé physique et mentale» explique pour sa part Dany Laflamme, propriétaire du centre d’arts martiaux Nova Gym, en énumérant les multiples «dommages collatéraux» et les cas de détresse provoqués par la fermeture des lieux d’entraînement. «S’il vous plaît, monsieur Legault, écoutez-nous.»

«Nous sommes des auxiliaires de la santé. On ne fait pas partie du problème, mais de la solution. Laissez-nous vous aider», termine M. Marino.

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En fin de journée, lors d'une conférence de presse, le premier ministre Legault a indiqué de façon laconique, à la question d'un journaliste, qu'il n'y aura pas de tolérance si les propriétaires décident de faire fi des obligations sanitaires et d'ouvrir les portes des salles d'entraînement. «La loi doit être respectée. Il y aura des amendes.»

Non à la désobéissance civile

Par ailleurs, à peu près au même moment, le Conseil canadien de l'industrie du conditionnement physique (CCICP) s'est dissocié par voie de communiqué de «ce mouvement de désobéissance civile».

L'organisme, qui représente «plus du tiers des 667 établissements disposant d'un permis de studio de santé au Québec», a indiqué que «la santé et la sécurité de la population sont une priorité», même s'il reconnaît que l'«absence d'activités physiques a des impacts directs et néfastes sur la santé physique et mentale de tous».

«Par respect pour les Québécois et les Québécoises qui suivent les consignes depuis mars dernier afin de se sortir le plus rapidement possible de cette crise, le CCICP ne participe pas à la désobéissance civile et prône le respect des consignes gouvernementales», conclut-on.