Vendredi, des policiers de la SQ étaient à proximité des lieux de l’accident survenu jeudi soir.
Vendredi, des policiers de la SQ étaient à proximité des lieux de l’accident survenu jeudi soir.

Accident mortel à Shawinigan: plus de contrôleurs demandés

Martin Lafrenière
Martin Lafrenière
Le Nouvelliste
Shawinigan — L’accident mortel impliquant un véhicule lourd à Shawinigan relance le débat mené depuis des années par la Fraternité des constables du contrôle routier du Québec qui réclame davantage de contrôleurs sur les routes de la province.

Jeudi soir, un camion circulait sur la route 155, en direction sud, lorsqu’il a embouti quatre véhicules. Ces véhicules étaient immobilisés à un feu de circulation temporaire installé à l’approche d’une zone de travaux routiers sur la 155 entre le carrefour giratoire et le pont des Piles. Le camion semi-remorque et un des véhicules emboutis ont pris feu. Le conducteur du véhicule en flammes est demeuré coincé dans l’habitacle et a perdu la vie.

Le camionneur, dans la quarantaine, a été arrêté par la Sûreté du Québec pour conduite dangereuse. Après avoir été interrogé par les enquêteurs de la SQ, il a été libéré et aucune accusation n’est portée contre lui pour l’instant.

Cette tragédie fait réagir Éric Labonté, le président de la Fraternité des constables du contrôle routier du Québec. Représentant quelque 300 membres, dont 240 patrouillent sur les routes du Québec, M. Labonté affirme que le Québec doit miser sur davantage de contrôleurs routiers pour surveiller les camions lourds, un mode de transport qui serait en hausse de plus de 9 % depuis cinq ans.

«On est en nombre insuffisant. Il faut plus de présence pour vérifier le maximum de véhicules. Le bilan routier de la SAAQ (Société d’assurance automobile du Québec) montre qu’il y a une hausse des accidents mortels impliquant des véhicules lourds. Ça prend plus de contrôleurs routiers et il faut nous affecter à notre principal mandat qui est de patrouiller sur les routes du Québec au lieu de faire toutes sortes de choses comme de la sensibilisation. Qu’on nous lâche de faire des tâches administratives et qu’on nous remette sur l’asphalte au lieu d’être dans des bureaux. S’il y a moins de présence sur les routes, je ne suis pas sûr que c’est le bon message», estime M. Labonté en soulignant le fort lobby de l’industrie du camionnage concernant entre autres le poids des véhicules.

Le bilan de la SAAQ de 2018 indique que le nombre de décès dans un accident impliquant un véhicule lourd a bondi de 5 % comparativement aux données de 2017. Et 2019 a notamment été marquée par l’accident survenu en août à Laval. Quatre personnes ont perdu la vie à la suite d’une collision impliquant deux poids lourds et au moins sept véhicules sur l’autoroute 440.

La circulation sur la route 155 a repris vendredi matin.

Éric Labonté trouve que l’accident de Laval et celui de Shawinigan présentent des similitudes.

«Ça y ressemble étrangement. Selon mon expérience, les deux principales causes sont la fatigue au volant et la distraction. C’est souvent ces affaires-là. La fatigue au volant, c’est aussi pire que d’avoir consommé de la drogue ou de l’alcool. Au volant d’un véhicule lourd, tu as 80 000 livres de charge. Ça n’arrête pas comme tu veux», ajoute M. Labonté, qui a déjà surpris un conducteur de camion lourd en train de visionner un film sur un ordinateur portable déposé sur son tableau de bord sur l’autoroute 930 près de Sainte-Catherine, au sud-ouest de Montréal.

Cinq personnes ont été impliquées dans l’accident mortel de Shawinigan, soit une par véhicule. En plus de la personne qui est décédée, une personne a subi des blessures mineures. Le camionneur n’a pas été blessé.

Des procédures d’identification sont menées sur la dépouille. La SQ n’était pas en mesure de dire, vendredi après-midi, s’il s’agit d’une femme ou d’un homme.

La Sûreté du Québec a dépêché un reconstitutionniste qui a analysé la scène de l’accident durant la nuit, ce qui a forcé la fermeture complète de la route 155 à cette hauteur jusqu’à vendredi matin. Le camion fera l’objet d’une expertise mécanique.

Signalisation conforme

La nouvelle de l’accident sur la 155 a suscité certains commentaires sur les réseaux sociaux remettant en question la signalisation du chantier. Selon Mila Roy, la signalisation respecte les normes du ministère des Transports.

Éric Labonté, président de la Fraternité des constables du contrôle routier du Québec

«Lors de l’accident, il y avait des signaleurs sur place. On a des panneaux à message à un kilomètre (du chantier), des panneaux de couleur orange, la vitesse réduite à 70 km/h», énumère Mme Roy, porte-parole du MTQ, en précisant que le ministre va analyser le rapport policier concernant les causes de l’accident.

Le MTQ effectue des travaux de pavage et d’entretien sur le pont des Piles qui enjambe la rivière Saint-Maurice. Ces travaux ont commencé le 20 octobre et prendront fin le 1er novembre. Le chantier prend une pause, comme prévu, en fin de semaine. Les travaux reprendront dimanche à 19 h.