Le casque de pompier de Mathieu Girouard, des photos et des chandelles ont été réunis à la caserne pour lui rendre hommage.
Le casque de pompier de Mathieu Girouard, des photos et des chandelles ont été réunis à la caserne pour lui rendre hommage.

Accident mortel à Saint-Célestin: une vie volée

Marie-Eve Lafontaine
Marie-Eve Lafontaine
Le Nouvelliste
Saint-Célestin — Sauver des vies faisait partie du travail de Mathieu Girouard, pompier à Drummondville. La sienne a été volée, vendredi, vers 23 h 30, lorsque sa route a croisé celle d’un présumé chauffard en état d’ébriété, sur le rang Saint-Joseph, à Saint-Célestin.

Cet accident a causé une onde de choc non seulement à Drummondville mais aussi au sein de toute la confrérie des pompiers. Le lieutenant Girouard était pompier à Drummondville, mais aussi instructeur à l’École nationale des pompiers du Québec. La situation a d’ailleurs été particulièrement difficile pour l’unité de désincarcération des pompiers de Saint-Léonard-d’Aston qui a été appelée sur les lieux de l’accident, vendredi soir. «Il était formateur pour plusieurs de mes pompiers. La plupart de mes pompiers qui ont cinq ans ou moins d’expérience ont été formés par M. Girouard», explique Frédérick Marcotte, directeur du service de sécurité incendie de Saint-Léonard-d’Aston.

S’ils ne l’ont pas reconnu sur le coup, ils ont vite réalisé que c’était un des leurs. «C’est très difficile. Il y a un suivi qui va être fait auprès des pompiers, c’est certain», mentionne M. Marcotte.

Le lieutenant Mathieu Girouard

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En apprenant son décès, samedi, ce fut un deuxième choc pour ces pompiers de Saint-Léonard-d’Aston. «J’ai eu des possibilités de démission tout simplement. Personne ne veut vivre ça, et surtout revivre ça», confie le chef pompier.

Que l’alcool soit possiblement impliqué s’ajoute au sentiment d’injustice. «C’est enrageant. C’est extrêmement déplorable. Il [le suspect] a enlevé la vie de quelqu’un et il a brisé une famille à cause de son inconscience», déplore M. Marcotte.

Ce dernier connaissait personnellement le lieutenant Girouard. «C’était un passionné du domaine des incendies. Un passionné de transmettre le métier de pompier. Il était toujours prêt à aider et à former nos gars du mieux qu’il le pouvait. C’est extrêmement triste.»

Une douzaine de pompiers de Saint-Célestin étaient sur place également. Dans leur cas, ils ne connaissaient pas M. Girouard, mais ils ont rapidement su qu’il s’agissait d’un pompier. «C’est sûr que c’est plus difficile, mais on a un travail à faire», souligne Martin Houle, directeur du service incendie de Saint-Célestin.


« «C’est une lourde perte surtout pour sa famille, ses collègues de travail et toute la ville» »
Andrew Barr, chef de division au Service de sécurité des incendies de Drummondville.

À Drummondville évidemment, la peine est immense. Le matricule 630 travaillait pour le Service de sécurité des incendies depuis 2002 après avoir été pompier à Port-Cartier et à Saint-Hyacinthe. Il était père de cinq enfants dont le plus jeune est âgé de deux ans. «Il était très apprécié comme collègue et comme ami. Mathieu était une personne très spéciale dans le sens que tout le monde le respectait. Il n’avait aucun ennemi dans le monde. Partout où il passait, il laissait une bonne impression, de bons souvenirs. Il était très impliqué, très engagé. Tu ne peux pas avoir une meilleure personne que Mathieu Girouard. C’est une lourde perte surtout pour sa famille, ses collègues de travail et toute la ville», témoigne Andrew Barr, chef de division au Service de sécurité des incendies de Drummondville.

Son casque de pompier, des photos ainsi que des chandelles ont été réunis à la caserne pour lui rendre hommage.

Le fait que l’alcool ferait partie de l’équation dans cette tragédie suscite beaucoup d’incompréhension. C’est un drame qui aurait pu être évité, déplore M. Barr. «Avec tout ce qu’on connaît aujourd’hui et toutes les ressources qui sont disponibles pour éviter de prendre le volant quand on a bu, c’est très choquant. C’est inexcusable. Si le conducteur de l’autre véhicule ne prend pas le volant, cet accident n’arrive pas.»

Ce conducteur devrait être accusé de conduite avec les facultés affaiblies ayant causé la mort. Le résident de Bécancour, âgé de 28 ans, devra se présenter devant la cour le 21 avril au palais de justice de Trois-Rivières. Il n’est pas connu des policiers. Il aurait dévié de sa voie avant de percuter le véhicule de M. Girouard. Ce dernier était accompagné de sa conjointe. Elle a subi de graves blessures, mais on ne craindrait pas pour sa vie.

Tout au long de la fin de semaine, les commentaires élogieux ont afflué sur Facebook concernant le père de famille de 44 ans. «De par sa longue carrière en incendie dont 18 ans au sein de notre service, Mathieu nous laisse le souvenir d’un ami, d’un collègue, d’un formateur, d’un coéquipier, d’un père, d’un fiancé, d’un homme intègre, droit avec un cœur grand comme personne», a souligné Yves Beaurivage, directeur du Service de sécurité incendie de Drummondville. «Comme pompier, Mathieu risquait sa vie pour sauver celle des autres... chaque fois que j’ai échangé avec lui, j’ai ressenti sa fierté, sa passion. Lors de ma tournée pour saluer les employés municipaux le 31 janvier, ma dernière journée à titre de maire, Mathieu était l’officier en devoir au moment de visiter la caserne. Il semblait tellement heureux dans ses fonctions. C’est le souvenir que je garderai de lui», a écrit Alexandre Cusson, l’ancien maire de Drummondville.