Plus de 70 pharmaciens affiliés à la bannière Jean Coutu sont visés par une plainte disciplinaire.
Plus de 70 pharmaciens affiliés à la bannière Jean Coutu sont visés par une plainte disciplinaire.

Accès à des dossiers confidentiels de clients: deux pharmaciens de Shawinigan accusés

TROIS-RIVIÈRES — Les copropriétaires de trois pharmacies de Shawinigan affiliées à la bannière Jean Coutu font partie des 73 pharmaciens qui sont accusés par le syndic de leur ordre professionnel d’avoir laissé une entreprise pharmaceutique accéder aux dossiers confidentiels de leurs clients l’an dernier, et ce, dans l’espoir de recevoir des ristournes.

Tout comme des dizaines de leurs confrères œuvrant ailleurs au Québec, Jean-François Ayotte et Mélanie Veillette, qui possèdent les succursales du boulevard Royal, de la 5e Rue de la Pointe et de la 105e Avenue sont en effet visés par cette plainte disciplinaire. On leur reproche de ne pas avoir respecté le secret professionnel et d’avoir fait usage de renseignements confidentiels pour leur propre bénéfice.

Selon le rapport de l’enquête menée par le syndic de l’Ordre des pharmaciens, des représentants de la société pharmaceutique Angita Pharma auraient pris contact avec les pharmaciens. Ils leur auraient alors fait miroiter des avantages financiers s’ils aidaient l’entreprise à «prioriser» certains médicaments génériques distribués par la société.

Des pharmaciens auraient laissé un représentant d’Angita Pharma accéder aux dossiers confidentiels de leurs patients afin de réaliser des projections financières quant aux sommes qu’ils pouvaient espérer toucher. Ils auraient aussi laissé un employé d’Angita Pharma inscrire lui-même dans le dossier de certains patients une «note de rappel» afin qu’on leur propose le générique fabriqué par la société lorsqu’ils renouvelleraient leur ordonnance.

Selon le résumé de l’enquête présenté au comité de discipline, les pharmaciens qui avaient une entente avec Angita Pharma recevaient des «ristournes importantes».

L’entente concernait des médicaments qui ne sont pas listés par la Régie de l’assurance maladie du Québec, mais qui sont couverts par certains assureurs privés, ce qui donne plus de latitude au fabricant pour verser des ristournes élevées.

Les pharmaciens visés par la plainte, dont M. Ayotte et Mme Veillette, sont presque tous représentés par l’avocat montréalais Paul Fernet. Celui-ci a d’ailleurs récemment demandé que les dossiers soient traités séparément, puisque si certains de ses clients ont bien donné à Angita Pharma un accès «sévèrement encadré» aux dossiers des patients, d’autres auraient plutôt entré les données nécessaires par eux-mêmes dans les dossiers.

«Il n’y a eu aucune information personnelle qui est sortie des pharmacies», a indiqué Me Fernet avant de refuser de commenter davantage le dossier.

Par ailleurs, il n’a pas été possible de s’entretenir avec M. Ayotte et Mme Veillette, les demandes d’entrevue du Nouvelliste étant demeurées sans réponse.

De plus, le Groupe Jean Coutu a publié un communiqué dans lequel il souligne que des pharmaciens affiliés à d’autres enseignes faisaient aussi l’objet d’une enquête pour les mêmes pratiques et que l’affaire concernait une toute petite minorité de pharmaciens de son groupe.