Andréa Richard, ancienne religieuse, auteure et militante pour la laïcité.
Andréa Richard, ancienne religieuse, auteure et militante pour la laïcité.

Abolition du cours ÉCR: une victoire pour Andréa Richard

Matthieu Max-Gessler,  Initiative de journalisme local
Matthieu Max-Gessler, Initiative de journalisme local
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — L’annonce de l’abolition du cours d’éthique et culture religieuse par le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a résonné comme une victoire aux oreilles d’Andréa Richard, cette ancienne religieuse qui se bat depuis des années pour la laïcité au Québec.

«Jusqu’à date, le ministre avait montré une volonté de faire quelque chose, mais il n’avait pas dit qu’il allait enlever le cours. Mais là, il dit qu’il va être refait de A à Z. C’est une victoire en soi», triomphe celle qui a écrit plusieurs ouvrages sur la laïcité et sur sa propre démarche pour se libérer de ce qu’elle qualifie d’«endoctrinement religieux».

Celle-ci rappelle qu’elle s’est questionnée, puis opposée à l’enseignement du cours dans les écoles du Québec dès sa mise en place, en 2008, y voyant des risques de dérives. Elle s’est mobilisée aux côtés, notamment, du Mouvement laïque québécois, pour que ce cours soit revu.

«Les élèves n’avaient pas le droit de critiquer ou de poser des questions sur les religions. C’est problématique», soutient-elle.

Rappelons que vendredi, le ministre Roberge a annoncé que le cours d’ÉCR serait complètement refait, se concentrant sur d’autres thèmes, dont la participation citoyenne, la démocratie, l’éducation juridique, l’écocitoyenneté, l’éducation à la sexualité, le développement de soi et des relations interpersonnelles, l’éthique, la citoyenneté numérique et la culture des sociétés. La religion ne sera pas complètement évincée du cours, mais un espace beaucoup moins important lui sera accordé, selon le ministre, dans le but de comprendre la géopolitique du monde.

Mme Richard se dit satisfaite que l’éducation à la citoyenneté soit mise de l’avant dans les thèmes qui serviront à bâtir le cours, ce qu’elle demandait depuis des années. Le fait de laisser une petite place à la religion lui convient également, à condition que ce soit «dans un cadre historique, pas de façon dogmatique».

Prudence

Ghyslain Parent, professeur au département des sciences de l’éducation à l’UQTR, fait aussi partie de ceux qui demandaient une révision du cours d’ÉCR, jugeant que la place accordée à la religion était trop importante. S’il se réjouit de l’annonce du ministre Roberge, il croit qu’il y a lieu de rester vigilant tant que la version finale du cours ne sera pas connue.

Ghyslain Parent, professeur au département des sciences de l’éducation à l’UQTR.

«Je ne pense pas que les dés sont déjà joués. Je pense qu’il va y avoir beaucoup de lobbyisme par les groupes religieux. Ces gens-là vont faire de la concertation eux aussi et demander que le cours d’ÉCR demeure», estime-t-il.

Le professeur, impliqué depuis 13 ans dans la promotion de la laïcité, depuis qu’il avait pris position pour l’abolition de la prière récitée lors des séances publiques du conseil municipal de Trois-Rivières, espère d’ailleurs que le gouvernement de François Legault tiendra bon face à la contestation qui, selon lui, viendra inévitablement.  

«Il va y avoir encore des pressions qui vont se faire, assure-t-il. Mais je regarde, et la CAQ a tenu bon avec sa loi sur la laïcité. Est-ce qu'ils vont y aller aussi solidement que ça (avec le cours d’ÉCR?»

Par ailleurs, M. Parent croit que les seules allusions à la religion dans le futur cours devraient être faites pour «informer les élèves des méfaits des religions et de les mettre en garde contre toute forme d’endoctrinement».

Trois forums rassembleront des experts et des partenaires du milieu de l’éducation afin d’élaborer le nouveau cours. Ils auront lieu les 7, 14 et 21 février, à Montréal, à Québec et à Trois-Rivières. M. Parent espère y contribuer et que l’expertise de Mme Richard, dont il souligne le travail accompli en faveur de la laïcité, sera sollicitée par le ministère de l’Éducation.