Stéphanie Lacoste, présidente du Comité de parents de la Commission scolaire des Chênes et Denis Boudreault, président du comité de parents de la Commission scolaire du Chemin-du-Roy.

Abolition des commissions scolaires: des parents demandent une pause

Trois-Rivières — Deux comités de parents, celui de la Commission scolaire des Chênes, au Centre-du-Québec et celui de la Commission scolaire du Chemin-du-Roy, en Mauricie, demandent au ministre de l’Éducation de «prendre une pause» avant que soit adopté le controversé projet de loi 40 qui mettrait fin à l’exercice démocratique des élections scolaires.

Le projet de loi aura eu le mérite de tourner les projecteurs plus que jamais vers l’épineuse question. «Et si l’on profitait de cet intérêt pour convoquer de vrais états généraux dans le but de développer une vision inspirée et innovante de l’éducation?», propose Stéphanie Lacoste, présidente du Comité de parents de la Commission scolaire des Chênes.

«Nous sommes fortement en accord avec le maintien des élections scolaires par secteur, avec le maintien de la démocratie», renchérit Denis Boudreault, président du comité de parents de la Commission scolaire du Chemin-du-Roy.

Cette position est forte de trois résolutions, dont une de la Commission scolaire de la Riveraine. «On trouve que ça va trop vite. On a eu le projet de loi le 1er octobre. Il a fallu en très peu de temps faire des consultations et il n’y a pas eu d’analyse», dit-il en déplorant que la réussite de l’élève n’a pas fait souvent partie des discussions.

«Nous ne demandons pas au ministre de faire un pas en arrière. Nous demandons au ministre de faire une pause qui permettrait de mieux avancer dans le futur après avoir fait des états généraux sur l’éducation. Nous invitons le ministre à faire preuve de leadership et à consulter tous ses partenaires», dit-il et «d’avoir le courage d’échanger de façon constructive».

«Nous aspirons à une vision qui sera portée par tous les Québécois», ajoute-t-il en précisant que pour maintenir cette démocratie, tous les citoyens et non pas juste les parents, doivent être impliqués.

Les arguments invoqués par les partisans de l’abolition des élections scolaires «ne passent pas l’épreuve des faits», dit-il.

C’est le cas, par exemple, des coûts de gestion, illustre M. Boudreault. Dans son secteur, illustre-t-il, ils sont en moyenne de 4 % pour gérer des édifices situés dans plusieurs municipalités. «Si l’on se comparaît à des municipalités, si l’on se comparaît à des ordres professionnels, probablement qu’on trouverait des coûts de gestion plus élevés», croit-il.

S’il y a eu des abus dans le passé, «ce n’est pas la majorité», fait-il aussi valoir. «Bien sûr, tout n’est pas parfait. Il y a moyen d’apporter des améliorations au système. L’abolition des commissions scolaires est une perte de démocratie», insiste-t-il, puisque seuls les parents seront impliqués et non la population au grand complet.

Mme Lacoste craint que le lien entre les parents et les instances décisionnelles se perde avec le nouveau système que le gouvernement veut mettre en place pour gérer les commissions scolaires. Dans ce futur modèle, dit-elle, «leur mandat est diminué par rapport au conseil des commissaires. Ils auront donc moins de poids», prévient-elle.

«Le rôle qu’il (le ministre) veut faire jouer aux administrateurs est, selon moi, un rôle — excusez l’anglicisme — de rubber stamping. En ce moment, je fais partie des travaux qui vont mener à la décision. Le rôle du futur administrateur va être simplement de dire à mon directeur général: ‘Bravo. Tu as bien fait ton travail.’ Et ça, c’est beaucoup moins motivant» estime Mme Lacoste.

«Je pense que si l’on veut garder la motivation des parents, il faut absolument que les actions soient concrètes. Il ne faut pas que ce soit juste d’approuver ce qu’on nous apporte comme information. Il faut qu’on puisse changer les choses», plaide Mme Lacoste pour qui l’autonomie des instances locales est nécessaire.

Cette dernière estime que «ce qui est mis sur la table présentement ne va pas régler les défis en éducation. C’est important d’avoir des instances décisionnelles locales. À Québec, ils n’ont pas les mêmes réalités qu’ici, dans la grande région Mauricie et Centre-du-Québec», plaide-t-elle.