Le président de la section locale 6586 des Métallos, Steve Galibois, serrant des mains lors de l’annonce de la remise d’un chèque.

ABI: un soutien moral... et financier

Une semaine seulement après le début du lock-out à l’Aluminerie de Bécancour, les appuis se multiplient déjà à l’endroit du millier de syndiqués touchés. Outre le soutien moral de la CSN en région, la section locale 6586 des Métallos à l’aciérie d’ArcelorMittal à Contrecœur Est a versé un premier chèque hebdomadaire de 1100 dollars au Syndicat de l’ABI.

«Vous pouvez marcher la tête haute. L’ancienneté et le fonds de pension sont les pierres d’assise du syndicat. C’est normal de se battre pour ça», a déclaré le président syndical invité, Steve Galibois, devant un groupe de travailleurs réunis sur la ligne de piquetage.

Selon lui, quand des collègues Métallos décident de se battre pour avoir des conditions de travail, «c’est dans notre ADN de les appuyer». «On a 550 membres et on croit à la solidarité. C’est une cotisation syndicale spéciale de deux dollars par semaine chaque semaine qui est déjà prélevée et ça s’en va dans un compte de fonds d’aide», explique celui qui promet un versement de 1100 dollars par semaine jusqu’à la fin du conflit.

Le président de la section locale 9700 des Métallos, Clément Masse, a bien accueilli ce premier chèque. «Naturellement, ça nous fait plaisir. Chaque montant est apprécié, ce n’est pas la grosseur du montant. Ça peut sembler peu, mais c’est la force du nombre qui fait toute la différence. Il y a beaucoup d’autres groupes syndicaux, même à l’extérieur des Métallos, qui ont communiqué avec nous, qui vont nous venir en aide et qui vont aller devant leur assemblée pour débloquer des montants», s’est-il plu à annoncer.

Alors que les travailleurs toucheront un dédommagement syndical deux fois moins élevé que leur salaire régulier, soit près de 500 dollars par semaine, celui-ci admet «qu’il y a un ajustement à faire». «C’est évident que leur budget n’était pas planifié en fonction de ça. Toute aide financière qui vient de l’extérieur pour soutenir nos membres dans le conflit va être très appréciée», a-t-il répété. 

Mais, du même souffle, le dirigeant syndical rappelle que l’objectif n’est pas de chercher de l’argent pour ses membres, mais de ramener l’employeur à la table pour négocier et «de ne pas avoir un conflit qui s’éternise».

«Les résultats financiers divulgués par Alcoa ont déçu les analystes. Ce n’est sûrement pas avec un lock-out que notre employeur va régler ses problèmes au niveau financier. Je les invite à revenir s’asseoir à la table, à régler ce conflit-là et à retourner à l’usine pour faire profiter les actionnaires et que tout le monde soit satisfait», a lancé M. Masse.

Même si les parties devraient se croiser en cour dès lundi prochain pour débattre de l’injonction limitant le nombre de syndiqués sur la ligne de piquetage, cela ne devrait pas se traduire pour autant par un rapprochement.

«C’est sûr quand on se présente en cour, on se parle, mais pour l’instant, il n’y a aucun signe de l’employeur de vouloir revenir à la table de négociation. On continue à leur demander de revenir. On est disponible à s’asseoir et à terminer cette négociation, mais il manque un partenaire à la table, c’est l’employeur», poursuit celui qui invite les acteurs politiques et socio-économiques à interpeller la direction d’ABI pour un règlement.

Quant à l’injonction, le président du Syndicat demande à ses membres de la respecter, mais aussi à l’employeur de respecter la loi anti-briseurs de grève «et de faire sortir tous les scabs de l’usine». 

Alors que le lock-out a déjà un impact sur des entreprises telles que MBI qui ont procédé à des mises à pied, M. Masse croit qu’il est d’autant plus important que les acteurs du milieu tentent de convaincre l’employeur de revenir s’asseoir à la table des négociations.

Par ailleurs, le Conseil central du Cœur-du-Québec – CSN joint sa voix pour dénoncer la direction d’ABI «qui a mis à la rue ses salariés».

«Lorsqu’on attaque le principe de l’ancienneté et le régime de retraite, on s’en prend à des piliers mis en place par les travailleurs qui ont pour but d’assurer justice et équité entre les gens», a dénoncé le président, Paul Lavergne.

Selon le président du Syndicat national de l’usine Saint-Maurice - CSN, Dominic Tourigny, les syndicats défendent depuis toujours le principe de «travail égal, salaire égal». «Et là, la direction semble vouloir intégrer des régimes de retraite différents, créant ainsi une disparité de traitement entre les travailleurs. Ce n’est pas dans notre ADN», a-t-il fait savoir.

Pour François Dubé, président du syndicat de Shawinigan Aluminium - CSN, François Dubé, «il y a anguille sous roche». «Si la rumeur selon laquelle ABI met ses salariés en lock-out pour négocier à la baisse des tarifs d’Hydro-Québec est vraie, ça n’aurait tout simplement aucun bon sens. Ceci équivaudrait à prendre en otage ses propres travailleurs pour forcer la main au gouvernement», fait-il remarquer.

En effet, dit la CSN, cette rumeur fait de plus en plus d’adeptes. «Et qui plus est, selon certaines sources, le lock-out a été prononcé avant d’obtenir le résultat des votes, ce qui viendrait appuyer la thèse», peut-on lire dans un communiqué de presse.