L’Aluminerie de Bécancour n’est plus parmi les plus performantes, selon l’ancien directeur Louis-Régis Tremblay.

ABI: «L’usine vieillit»

Bécancour — «L’usine vieillit et il faut que les acteurs en place en tiennent compte et soient flexibles dans leur réflexion pour permettre à cette usine-là de fournir encore pendant le plus d’années possibles et pour qu’elle puisse contribuer le plus longtemps possible à l’essor de la région. C’est mon souhait».

Cette opinion, c’est l’ancien directeur de l’Aluminerie de Bécancour de 2001 à 2005 qui la partage dans le contexte du présent lock-out qui frappe ses anciennes installations. Depuis 2015, il a quitté le géant de l’aluminium, Alcoa, pour être consultant en gestion exécutive auprès des dirigeants d’entreprise en plus d’être administrateur de sociétés.

Ayant été aux premières loges de la grève de quatre mois et demi en 2004, Louis-Régis Tremblay peut non seulement confirmer qu’il s’agit de deux conflits aux enjeux différents, mais son expertise l’amène également à poser un regard préoccupant sur l’avenir de l’usine.

Car après son départ de l’ABI en 2005, le vice-président aux projets majeurs chez Alcoa aura dirigé la construction de deux alumineries modernes en Islande et au Moyen-Orient. «Celle en Islande incluait une mise à jour d’une usine en Norvège», précise-t-il.

Ce qui lui permet de dire que l’ABI a beau être une grande usine avec une grande capacité de production, elle n’est plus parmi les plus performantes au monde. «C’est certain que la technologie a plus de 30 ans. Donc, ce qui se construit aujourd’hui, la technologie est plus moderne. Les données publiées sur les performances d’usine par des organisations spécialisées dans le domaine indiquent qu'ABI n’est plus dans le peloton de tête des usines de production d'aluminium les plus performantes», affirme-t-il.

L’ancien directeur de l’ABI, Louis-Régis Tremblay, siège aujourd’hui aux côtés de l’ancien député de Trois-Rivières, André Gabias, au sein du conseil d’administration du CRCD.

À titre de comparaison, M. Tremblay estime l’âge moyen des alumineries chinoises à près de dix ans alors que l’ABI est trois fois plus âgée. «C’est sûr que c’est un facteur qui est non négligeable. Alors, jusqu’à quel point ça doit peser dans la balance? Je vais laisser ça aux acteurs d’aujourd’hui de décider», confie-t-il en entrevue au Nouvelliste.

Celui-ci martèle néanmoins que les deux parties doivent tenir compte que la technologie de l’usine de Bécancour est vieillissante, même si sa grande capacité de production demeure un atout. «Il faut que tout le monde en tienne compte. En terme de durée de vie de l’usine, il en reste probablement moins en avant de nous autres qu’il y en a eu en arrière de nous autres», a-t-il fait savoir.

Interrogé sur les difficultés de redémarrer des séries de cuves, M. Tremblay avoue que «ça demande beaucoup de travail et beaucoup d’argent à repartir».

«Je ne sais pas dans quelles conditions ces cuves-là ont été arrêtées, c’est toujours conditionnel à ça aussi. Parfois c’est plus difficile, parfois c’est moins difficile en fonction du type d’arrêt qui est vécu. Je ne sais pas du tout, je n’ai pas cette information comment les cuves ont été arrêtées, ce serait difficile pour moi de me prononcer sur les difficultés de redémarrage. Mais c’est règle générale pas facile», admet-il.

Quant à l’ampleur de la tâche qui attend les employés-cadres pendant un conflit, M. Tremblay se contente de dire que «ce n’est pas facile pour personne, ce n’est pas souhaitable pour personne» avant d’ajouter que «le mieux, c’est l’entente».

En novembre 2004, les syndiqués avaient accepté dans une proportion de 80 % la proposition de règlement du conciliateur du ministère du Travail. Les deux parties avaient alors signé une convention collective de cinq ans, du 1er juillet 2004 au 30 juin 2009.

«J’ai beaucoup d’empathie pour les gens qui vivent les effets du conflit sans y être participants. Les gens de la région, c’est dur pour eux. Ils ont tout mon respect et toute mon empathie. C’est vraiment toujours des moments difficiles, surtout quand tu n’es pas acteur, quand tu vis les effets de ça, il y a beaucoup de personnes dans la région qui vivent les effets de ce conflit-là. Je souhaite que ça ne dure pas trop longtemps», a-t-il conclu.