Les 700 membres du Syndicat des Métallos, section locale 9700 réunis en assemblée samedi ont voté à l'unanimité en faveur d'un arbitrage.

ABI: les syndiqués disent oui à l’arbitrage

Trois-Rivières — C’est à l’unanimité que les employés de l’Aluminerie de Bécancour (ABI) ont demandé à leur syndicat de faire une demande d’arbitrage pour tenter de régler le conflit de travail qui perdure après plus d’un an de lockout. Réunis en assemblée pendant de longues heures, samedi, au Centre d’événements et de congrès interactifs de Trois-Rivières, les quelque 700 syndiqués présents ont donné leur appui à cette démarche proposée par l’exécutif du Syndicat des Métallos, section locale 9700.

Cette décision ne risque toutefois pas de dénouer l’issue du long conflit de travail dans l’immédiat, puisque la direction de l’usine de Bécancour a déjà fait savoir qu’elle refuserait d’aller en arbitrage. Le président de la section locale des Métallos espère néanmoins que cette demande aura pour effet de mettre davantage de pression sur le gouvernement pour qu’il intervienne.

«On va faire la demande quand même et elle va se rendre au ministère (du Travail), indique Clément Masse. Le ministre Jean Boulet va l’avoir entre les mains et avec ça, il peut essayer de convaincre l’employeur d’accepter ou de s’asseoir pour négocier de bonne foi. Ce qu’on veut, c’est mettre de la pression sur le gouvernement pour qu’il bouge. On s’adresse directement au premier ministre à travers ça. Il avait promis d’avoir du leadership, et il est temps qu’il le démontre.»

Vendredi, Alcoa Canada avait fait savoir que «les processus alternatifs (comme l’arbitrage) ne sont pas les solutions appropriées pour résoudre le conflit».

François Legault interpellé

Le Syndicat des Métallos demande par ailleurs au premier ministre Legault de revoir l’entente conclue entre Hydro-Québec et Alcoa, propriétaire de l’ABI. Cette entente dispense Alcoa de payer pour le bloc d’électricité réservé à l’usine de Bécancour s’il n’est pas utilisé advenant un cas de force majeure, comme un lockout. Elle permet ainsi aux propriétaires de l’ABI d’économiser 700 000 $ sur les coûts de fonctionnement de l’usine depuis le début du lockout, selon le syndicat. Or, Clément Masse et Dominic Lemieux, adjoint au directeur québécois du Syndicat des Métallos, estiment que cette entente avantage nettement Alcoa dans ce conflit de travail.

«On a 1000 membres et si demain matin, ils se divisaient ce montant entre eux, pensez-vous qu’ils voudraient faire de la négociation, pensez-vous que’on serait prêt à aller en arbitrage. Nous on interpelle le premier ministre Legault. On était présents dans son autobus de tournée quand il est passé à Trois-Rivières, en début septembre l’an dernier. Il nous a dit: des contrats ça se brise, ça se renégocie», tient à rappeler M. Lemieux.

Étant donné que les tentatives du ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, pour ramener l’employeur à la table de négociation ont échoué, selon le syndicat, M. Lemieux demande au premier ministre d’intervenir, quitte à aller rencontrer les dirigeants d’Alcoa à Pittsburgh, une possibilité qu’il avait également évoquée en campagne électorale.
«Est-ce qu’il va favoriser une compagnie américaine ou protéger 1000 familles québécoises? On veut qu’il mette ses culottes et protège les 1000 familles de la Mauricie», martèle M. Lemieux.

Le moral tient le coup

Malgré le conflit de travail qui s’éternise, les employés de l’usine de Bécancour se disent toujours aussi soudés et unis à la sortie de cette assemblée. «C’est très surprenant de voir que le moral est encore très fort, mais c’est le fun de voir que le monde se tient encore, souligne Philippe Caron, membre de la section locale 9700. C’est très encourageant pour la suite des choses.»

Un sentiment partagé par plusieurs de ses collègues, qui se disent plus solidaires que jamais à la sortie de cette assemblée. La suite des choses, toutefois, est entre les mains du gouvernement Legault, croient-ils également.

«Il faut que le gouvernement se positionne face à ça, parce que ce n’est pas normal, après autant de mois, qu’on soit toujours sur le bord de la rue, soutient Mathieu Dubuc. Le premier ministre Legault a dit en campagne qu’il voulait créer des emplois de qualité, mais des emplois de qualité, il y en a ici. Il faut qu’il règle ce conflit-là.»

Pour sa part, Mario Therrien, employé à l’ABI depuis 33 ans, déplore les difficultés dans les relations de travail depuis qu’Alcoa est propriétaire de l’usine de Bécancour. «Depuis qu’Alcoa est là, les relations de travail, ça n’a plus rien à voir avec ce que c’était avant. On a tellement vu de choses dans l’usine qui ne se tenaient pas debout, des dépenses inutiles.»

L’ABI compte 1030 employés. Ceux-ci sont en lockout depuis le 11 janvier 2018. Les négociations achoppaient principalement sur le financement du régime de retraite et le respect de l’ancienneté dans les mouvements de main-d’œuvre, d’après le syndicat.