Depuis une semaine, on souffle le chaud et le froid sur la ligne de piquetage à l’Aluminerie de Bécancour par rapport à la reprise des négociations qui tarde toujours.

ABI: le syndicat «trouve ça long»

Bécancour — Une semaine après la réunion au sommet à Québec, aucune date de rencontre devant le conciliateur n’a encore été fixée dans le dossier de l’Aluminerie de Bécancour alors qu’une reprise des pourparlers avait été annoncée par la ministre responsable du Travail, Dominique Vien.

«On m’a parlé de quelques semaines avant la première rencontre en raison de certains défis d’agenda», a confié au Nouvelliste le député de Trois-Rivières, Jean-Denis Girard, qui avait assisté aux échanges du 9 février dernier dans le bureau de la ministre.

Selon lui, certains dirigeants d’Alcoa seraient à l’extérieur du pays, rendant difficile un premier face-à-face à court terme. «C’est dans les mains du conciliateur qui a le mandat d’asseoir les parties autour de la table. Il y avait des conflits d’agenda pour les deux premières semaines, mais je n’ai pas d’inquiétude parce que l’entreprise m’a vraiment confirmé qu’ils revenaient à la table. Ils ont même émis un communiqué selon lequel ils attendent les propositions du syndicat et ils vont revenir s’asseoir à la table», a-t-il souligné.

Selon lui, il faut s’assurer que les agendas concordent. «Les parties vont se préparer à discuter ensemble. Le conciliateur n’a donné aucun signe négatif. Il s’agit simplement d’avoir une date qui va convenir aux deux parties. Je laisse le conciliateur faire son travail pour l’instant. J’ai entièrement confiance au conciliateur qui est au dossier. Il faut se donner le temps», croit M. Girard.

Or, le président de la section locale 9700 des Métallos, Clément Masse, admet «qu’il trouve ça long». «Le médiateur m’a dit qu’il discute avec l’employeur présentement pour fixer une date de rencontre pour la négociation, mais qu’il n’est pas en mesure de me dire ça va être quand. Il m’a dit que ça ne serait sûrement pas cette semaine, et je n’ai pas d’indication que ce serait la semaine prochaine non plus», a-t-il indiqué.

Celui-ci dit souhaiter que ce délai permette aux représentants patronaux de revenir à la table avec un mandat de négocier. «On espère que c’est pour ça que ça prend du temps. S’ils s’en viennent s’asseoir et qu’ils n’ont pas de mandat, ce n’est pas mieux non plus. Peut-être que c’est mieux qu’ils prennent leur temps et qu’ils arrivent avec des mandats», soutient le président syndical.

Ce dernier ne cache pas que cette attente suscite un certain questionnement parmi ses membres, sur la ligne de piquetage, et que ceux-ci se fabriquent des hypothèses sur les intentions de l’employeur. «Les gens se posent des questions. Je leur ai renvoyé un message pour dire que j’ai parlé au médiateur, que je n’ai pas de date, et qu’il vise à fixer une rencontre de négociation le plus rapidement possible», rapporte M. Masse.

Mais à son avis, s’il y a une volonté de négocier, «ce n’est pas long». «On s’assied à la table et on sait ce qui accroche, à moins qu’il y ait d’autres choses qui accrochent qu’on ne sait pas. Nous, si on regarde par rapport à la négociation, on sait où ce que ça accrochait. On n’a pas 100 points qui accrochaient. Il reste une petite partie à régler. C’est sûr qu’on n’a pas besoin de trois semaines pour se préparer. L’employeur, il le sait aussi. Si on repart d’où on était, ce n’est pas si long», explique-t-il.

Car Clément Masse reste perplexe par rapport à la déclaration de l’entreprise, au terme de la rencontre avec la ministre Vien. «Ils ont dit qu’ils iraient, mais quand ils ont lancé leur communiqué après, ça ne semblait pas d’une compagnie qui voulait négocier. Ils ont parlé de discuter avec le syndicat des façons de travailler ensemble. On peut bien en parler de ça, mais ça ne réglera pas le mandat. C’est peut-être pour ça que c’est long. Peut-être que le médiateur sent quelque chose, qu’il aime mieux ne pas ramener les parties à la table tout de suite et qu’il veut vraiment les ramener quand il va y avoir une réelle volonté de négocier. Quand la ministre est sortie, ça avait l’air très clair comme message. Par contre, quand on a vu le communiqué, c’était beaucoup moins clair», avance-t-il.

Après cinq semaines de lock-out et une semaine d’attente par rapport à une reprise des pourparlers, le moral des troupes reste généralement bon «dans la mesure du possible», précise toutefois M. Masse. Car il avoue que certains travailleurs trouvent la situation difficile au niveau financier.

«On a des équipes pour s’occuper de ça, des personnes ressources. Et j’ai des soldats qui sont solides et debout pour longtemps», fait savoir celui qui poursuit sa sensibilisation auprès des autres syndicats. D’ailleurs, de son propre aveu, d’autres soutiens sont à venir, mais aucune manifestation n’est envisagée. «On ne veut pas nuire à nos chances de retourner à la table», conclut-il.

Vendredi dernier, on apprenait que les parties avaient accepté de revenir devant le conciliateur, au terme de rencontres tenues au bureau de la ministre Vien et en présence du député Girard.

Or, dans son communiqué, la direction d’ABI se disait ouverte à recevoir les idées du syndicat sur la façon d’améliorer fondamentalement la manière de travailler ensemble, mais sans jamais parler de négociations.