André Gabias

ABI: «Il faut toujours être inquiet»

Trois-Rivières — Après avoir vécu la grève de 2004 à l’ABI comme député de Trois-Rivières, André Gabias siège aujourd’hui au sein du conseil d’administration de Capital régional et coopératif Desjardins (CRCD) aux côtés de l’ancien directeur d’usine, Louis-Régis Tremblay, et ce, depuis 2015.

«On s’en est parlé à un moment donné», raconte l’ancien politicien. «C’est sûr qu’on y a glissé mot, mais on ne s’est pas étendu sur le sujet. On s’est surtout reparlé de nos expériences entre 2004 et 2015», a indiqué M. Tremblay par rapport aux retrouvailles des deux acteurs de l’époque il y a trois ans.

Lors du conflit de 2004, le député Gabias avait même voulu mobiliser la population pour «passer le message de négocier» en organisant une marche sur le pont Laviolette, qui n’aura finalement pas eu lieu.

«C’est le seul moyen que j’avais trouvé. L’idée, c’était de démontrer que Trois-Rivières était solidaire de la région de Bécancour. Ce sont deux économies très imbriquées. C’est un fait qu’il y a une bonne proportion de salariés qui sont à Trois-Rivières. Pour moi, ça allait bien au-delà du comté, c’est une industrie régionale tellement importante», explique-t-il.

Celui-ci se rappelle que, comme député, c’est une situation extrêmement difficile. «Il y a beaucoup de gens qui viennent te rencontrer et te signaler les difficultés qu’ils ont. En même temps, il y a tout un contexte juridique de négociation dans lequel un élu ne peut pas entrer. Tu as les deux mains attachées, tu ne peux pas dire ce que tu penses. C’est une négociation entre une entreprise qui est internationale et un groupe de travailleurs et un syndicat qui est très puissant», décrit cet avocat trifluvien et conseiller en éthique et gouvernance.

Par ailleurs, celui-ci admet que des citoyens lui évoquaient «les gros salaires» des grévistes de l’ABI. «Et tu as toute la pression de l’impact économique que cette masse salariale a dans la région. Évidemment, le syndicat est très conscient de ça, c’est-à-dire, qu’une région ne peut pas se permettre de perdre 300, 400, 500 salariés à 80 000, 100 000 dollars par année. Pour un politicien, député comme ministre, il n’y a pas de poignées si ce n’est que de souhaiter que les gens négocient», avoue Me Gabias. «À la limite, il n’y a pas d’autre chose à faire que ce que fait Jean-Guy Dubois», renchérit-il.

Selon lui, «il faut toujours être inquiet dans ce type d’industrie-là parce que c’est mondial». «C’est bien beau des négociations de convention collective, mais les multinationales n’en ont rien à cirer. Les décisions économiques se passent ailleurs. C’est toujours inquiétant pour des élus car cela a un impact considérable dans leur région et leur comté», conclut-il.