Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, déposera son hypothèse de règlement le 17 avril prochain.

ABI: hypothèse de règlement le 17 avril

Bécancour — C’est finalement le 17 avril prochain que le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, déposera son hypothèse de règlement aux deux parties impliquées dans le lock-out à l’Aluminerie de Bécancour, qui est entrée dans son 16e mois.

«Je suis en train de la finaliser. Je vais parler de la convention et du protocole de retour au travail. J’anticipe que le syndicat la présente en assemblée générale à ses membres pour les informer, pour qu’ils puissent en prendre connaissance et qu’ils puissent s’exprimer sur cette hypothèse, et pour l’entériner le cas échéant, et j’anticipe que la direction locale fasse la même chose avec la maison-mère. Dans un scénario idéal, si l’hypothèse était entérinée par les deux parties, ça mettrait fin au conflit», a-t-il indiqué au Nouvelliste.

«Nous l’analyserons avec attention lorsque nous la recevrons», a fait savoir Anne-Catherine Couture, gestionnaire des communications et affaires gouvernementales pour Alcoa Canada, tout en déplorant les deux manifestations qui ont eu lieu jeudi devant des résidences de cadres.

«Nous dénonçons vivement cette forme d’intimidation envers nos employés et leurs familles. La direction d’ABI a été très claire à l’effet qu’elle ne redémarrera pas l’usine sans une entente sur nos éléments fondamentaux qui sont nécessaires à l’amélioration de l’aluminerie à long terme», a soutenu la porte-parole de l’employeur.

Disant représenter l’ensemble des Québécois, Jean Boulet se dit préoccupé, comme ministre du Travail, par les intérêts tant syndicaux que patronaux «et les intérêts des salariés aussi». «C’est ce qui me guide dans la rédaction de l’hypothèse de règlement», précise le député de Trois-Rivières.

Alors que le syndicat s’attend à une hypothèse de règlement favorable à l’employeur, en raison des propos du premier ministre François Legault, M. Boulet dit s’appuyer sur des critères objectifs, «des critères qui sont contenus dans le Code du travail du Québec, qui réfère à l’équité externe, la compétitivité, le marché, les conditions qui sont en vigueur dans des entreprises semblables, ou qui opèrent dans des circonstances similaires».

«Dans ma rédaction de l’hypothèse de règlement, j’ai constamment en tête les cinq objectifs et j’en tiens compte, soit augmenter la productivité, accroître la flexibilité des opérations, avoir des emplois stables, assurer que l’usine soit pérenne, et améliorer le climat de communication entre les parties. C’est ce qui nous guide. Et au-delà de ça, il faut avoir une entreprise qui est efficace et il faut respecter les intérêts des deux parties», a-t-il expliqué.

Celui-ci précise qu’il ne donnera pas «tout à un ou tout à l’autre». «Je vais essayer de trouver un bon équilibre. Évidemment, ça pourrait être contesté par une des deux parties ou par les deux parties. On est dans une situation assez complexe, mais je vois vraiment cette hypothèse-là comme une contribution, une aide additionnelle que je donne aux parties pour les aider à cheminer ensemble», ajoute le ministre régional.

Par rapport au sort qui plane sur l’ABI, «il y a toujours un risque quand on regarde la conjoncture économique internationale». «Le prix de l’aluminium est bas, le prix de l’alumine est élevé, il y a une surcapacité en Chine. Ça aussi, ce sont des éléments pour nous. C’est important», affirme M. Boulet.

«Ce qui a toujours guidé le premier ministre, c’est le règlement de ce dossier-là dans les meilleurs délais possible. Il est préoccupé par les incidences humaines, sociales, économiques, par la préservation des emplois. C’est quand même une entreprise qui est extrêmement importante non seulement pour l’économie de la Mauricie et du Centre-du-Québec, mais pour l’ensemble du Québec. Les activités qui entourent cette entreprise-là, c’est à peu près 500 millions de dollars. Dans le PIB québécois, c’est important», plaide-t-il.

Selon lui, quand François Legault réfère au salaire, «il ne fait que constater des faits». «Ce salaire-là ou les conditions de travail apparaissent à la convention collective de travail. En même temps, je reconnais que ça a été négocié par les parties et inclus dans la convention collective. Il faut cependant reconnaître que c’est un régime de conditions de travail qui est très avantageux, et c’est ça que le premier ministre voulait mettre en relief, que ce sont des emplois bien rémunérés. Et c’est essentiel de préserver ces emplois-là dans le contexte où on veut réduire les écarts entre les salaires moyens québécois et notamment les salaires moyens ontariens. Ce sont des jobs importantes», soulève M. Boulet.

Et celui-ci témoigne que lors des rencontres, son patron avait «exactement la même attitude, tant avec le syndicat qu’avec la partie patronale». «Le premier ministre était vraiment en mode recherche de solutions, il était créatif, on a exploré des options. Il était tout à fait ouvert, transparent, et donnait son opinion de façon très franche, il explorait différents scénarios. Il l’a fait autant avec une partie qu’avec l’autre. Il a toujours été d’accord avec mes interventions et mes démarches», se plaît-il à signaler.

Par ailleurs, ce dernier déplore la dernière sortie du président syndical qui traitait François Legault de menteur. «Peu importe le contexte de négociation, ce n’est certainement pas facilitant que d’utiliser des termes comme ça. Quand on fait de la négociation, il y a des enjeux, il y a un fossé qui sépare les deux parties, je ne suis pas d’accord avec le fait d’utiliser des épithètes comme ça sur la place publique. Ça ne contribue pas à l’avancement des discussions», fait remarquer Jean Boulet.

Le président Clément Masse a dit trouver décevant «d’avoir eu une rencontre avec mon premier ministre et de l’entendre dire des menteries». Et sans dire qu’il ne présentera pas l’hypothèse de règlement à ses membres, «ce serait surprenant qu’on la présente», a-t-il toutefois prévenu.

De l’avis du professeur titulaire en relations de travail à l’UQTR, Jean-Claude Bernatchez, «il sera difficile au ministre Boulet de rédiger une hypothèse de règlement qui va au-delà des déclarations du premier ministre Legault».

«Oui, il y a un risque que l’ABI reste fermée pour longtemps. Et le scénario le plus probable est le suivant: l’employeur se donnera encore du temps peut-être jusqu’à l’automne. Et là, il réitérera sa proposition, probablement avec de légères modifications, en se servant de l’article 58 du Code du travail afin de faire tenir un vote des lockoutés sous la supervision du Tribunal administratif du travail. Et là, ça passerait ou ça casserait», a-t-il conclu.