Des accusations d’outrage au tribunal ont été portées contre le Syndicat des Métallos et des travailleurs en lien avec des gestes qui auraient notamment été posés à l’entrée de l’Aluminerie de Bécancour.

ABI: des accusations d’outrage au tribunal

TROIS-RIVIÈRES — Le conflit qui oppose l’Aluminerie de Bécancour et le Syndicat des Métallos s’est encore une fois retrouvé devant les tribunaux, mardi, alors que des accusations d’outrage au tribunal viennent d’être officiellement portées contre le Syndicat et des travailleurs.

À la demande de l’Aluminerie de Bécancour, la Cour supérieure a en effet émis le 2 août dernier une ordonnance de citation à comparaître qui vise le Syndicat des Métallos, section locale 9700, son président, Clément Masse et 13 autres travailleurs et/ou personnes liés aux syndicats. On leur reproche d’avoir omis de respecter l’ordonnance d’injonction interlocutoire provisoire prononcée le 22 janvier qui visait à encadrer les activités sur la ligne de piquetage.

Le Syndicat est notamment accusé d’avoir toléré ou consenti à ce que plus de 15 syndiqués s’adonnent à du piquetage à l’entrée de l’usine les 11 et 18 mai. À lui seul, Clément Masse est soupçonné avoir encouragé des activités de piquetage de plus de 15 syndiqués à huit reprises entre le 25 janvier et le 18 mai. D’autres travailleurs auraient par ailleurs contrevenu à l’ordonnance en bloquant ou entravant par exemple l’entrée, en nuisant aux activités de l’agence de sécurité Gardium, en participant à des activités de piquetage de plus de 15 personnes, et en intimidant des cadres et d’autres personnes ayant affaire avec la direction. Ces présumées infractions seraient survenues entre le 23 janvier et le 11 mai 2018.

Dans l’éventualité d’une condamnation pour outrage au tribunal, le tribunal stipule que des sanctions pourraient être imposées. Dans le cas du Syndicat, on pourrait parler d’une amende n’excédant pas 100 000$. En ce qui concerne les individus, les amendes pourraient atteindre 10 000$ pour chacun.

Une comparution a donc eu lieu mardi matin au palais de justice de Trois-Rivières. À cette occasion, les défendeurs étaient majoritairement absents, étant plutôt représentés par un avocat. Ils ont contesté les accusations en plaidant non coupable. La cause a été reportée au 30 octobre pour une conférence téléphonique de gestion. Des dates d’audiences devraient alors être fixées en vue d’entendre la cause sur le fond.

Le porte-parole pour Alcoa Canada, Dominic Martin, a fait savoir que la direction de l’Aluminerie de Bécancour continuera de travailler avec le syndicat pour négocier une convention collective équitable et concurrentielle. «Mais le piquetage aux diverses entrées et sorties de l’usine doit être effectué conformément aux ordonnances d’injonction émises par la Cour supérieure. Nous avons pris des mesures afin d’en assurer le respect. Bien que non abordées par la présente action judiciaire, les manifestations de la partie syndicale à l’extérieur des maisons de certains cadres imposent un stress non nécessaire au processus de négociation. Les présentes procédures n’ont pas été déposées en réaction à ces manifestations mais visent à obtenir le libre accès à l’usine, tel qu’ordonné par la Cour», a-t-il indiqué.

Le Syndicat des Métallos a lui aussi réagi. «On a été accusé d’outrage au tribunal pour non-respect de l’injonction par la compagnie. On s’est présenté mardi pour annoncer un plaidoyer de non-culpabilité. Le juge a déterminé qu’il y avait une audience le 30 octobre pour discuter de la gestion du dossier et fixer les dates pour la suite des choses. On étudie les prétentions de la compagnie», a fait savoir Clairandrée Cauchy, du Syndicat des Métallos.

Rappelons que l’injonction limite notamment à 15 le nombre de syndiqués sur la ligne de piquetage et ce, à une distance minimale de cinq mètres des quatre endroits autorisés. Les syndiqués en lock-out ne peuvent pas non plus empêcher, par quelque moyen que ce soit, les employés, représentants et cadres ou toute personne ayant affaire à l’entreprise incluant ses clients, sous-traitants, et leurs représentants, d’avoir libre accès aux installations de l’usine. Il leur est interdit également de molester, intimider ou menacer les employés, représentants ou cadres de l’ABI ou toute personne ayant affaire à elle ou de commettre du vandalisme. Par ailleurs, les syndiqués ne peuvent s’approcher à moins de trois pieds, à l’aide d’un véhicule ou physiquement, des officiers, préposés, employés ou agents de l’entreprise et leurs véhicules, à moins d’obtenir leur consentement.

Du côté de la Sûreté du Québec, la sergente Éloïse Cossette reconnaît que les policiers ont été appelés à intervenir à quelques reprises à Bécancour dans le cadre de leur mandant visant à assurer la sécurité publique, notamment pour la circulation. Toutefois, dans un souci de neutralité, elle ne peut préciser la nature et le nombre de plaintes.

Avec la collaboration de Marc Rochette

Rencontre à Pittsburgh: toujours sans nouvelle

Marc Rochette

Près de deux semaines après la proposition de Lucien Bouchard de tenir une rencontre au sommet à Pittsburgh pour tenter de dénouer le conflit à l’Aluminerie de Bécancour, le tout est resté lettre morte.

«La demande de rencontre est toujours en cours d’évaluation», a fait savoir au Nouvelliste le porte-parole d’Alcoa Canada, Dominic Martin. Et du côté syndical, on dit «n’avoir aucune information à donner pour le moment». 

On se rappellera que le 3 août dernier, le médiateur spécial Lucien Bouchard avait suggéré au Syndicat des Métallos de demander une rencontre à Pittsburgh avec les plus hautes instances de la compagnie dans le but de bien comprendre la position des parties et d’explorer des avenues de règlement.

L’ancien premier ministre du Québec allait non seulement appuyer la demande syndicale auprès de la compagnie, mais s’il devait être invité par les deux parties, il serait présent à la rencontre.

«C’est vraiment le calme plat. Je continue à penser que l’usine est ouverte et qu’elle va rester ouverte. C’est ça qui est ma préoccupation», a commenté le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois.

Rappelons que le lock-out a été déclenché le 11 janvier dernier.