À l’occasion du premier anniversaire du lock-out à l’Aluminerie de Bécancour, les syndiqués vont se rassembler vendredi devant le bureau du député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel.

ABI: création d’un groupe de travail

BÉCANCOUR — Devant l’impasse confirmée lundi par le conseil de médiation qu’il avait mis sur pied le 7 novembre 2018, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, se met en mode accompagnement en annonçant la création d’un groupe de travail issu de son ministère.

«Il sera formé dans les prochains jours. J’ai fait l’inventaire des services qu’on est en mesure d’offrir. On sera davantage focusé sur l’atteinte des objectifs et non à essayer de rapprocher des positions diamétralement opposées. Il n’y a pas d’échéancier de fixé. La balle est vraiment dans le camp des parties. Le carré de sable est bien défini. C’est à eux de livrer la marchandise, de contribuer. Je l’ai dit le 21 décembre, je ne pourrai pas faire la job tout seul», a-t-il expliqué au Nouvelliste.  

Selon lui, l’hypothèse de règlement est prématurée pour l’instant. «Le conseil de médiation m’a confirmé encore une fois que les deux parties étaient beaucoup trop ancrées dans leur position, beaucoup trop éloignées pour utiliser à ce stade-ci une hypothèse de règlement. Je n’ai pas l’intention d’imposer un règlement dans un dossier comme celui-là. C’est un conflit de nature privée», a précisé le député de Trois-Rivières.

Sa solution? Identifier les intérêts derrière les positions et «ça s’exprime généralement par des objectifs de négociation». «J’en ai identifié cinq: flexibilité opérationnelle, productivité, stabilité des emplois, climat de relations de travail et pérennité de l’usine. Il faut mettre notre énergie à essayer d’atteindre les objectifs de négociation des parties», a fait savoir M. Boulet.

Dans les deux segments de son ministère, il dit avoir «plein de personnes hyper compétentes qui sont en mesure de procurer les services aux parties pour leur permettre d’atteindre leurs objectifs».

«Je vais créer un groupe de travail de trois personnes de mon ministère, des personnes spécialisées en économie, relations de travail, droit, qui vont offrir leur service pendant le conflit, au règlement du conflit», a-t-il spécifié. Entre autres, son personnel peut accompagner les parties pour négocier un protocole de retour au travail, faire des diagnostics organisationnels, analyser les postes de travail en usine pour améliorer la productivité et redéfinir l’organisation du travail pour que les salariés soient plus flexibles.

«On a même des spécialistes qui peuvent organiser des séminaires en négociation, qui font des ateliers pratiques pour permettre aux parties d’apprendre à mieux communiquer, comment négocier, comment communiquer quand tu es confronté à des intérêts opposés. Ce groupe de travail sera dédié spécifiquement à la rencontre des objectifs de négociation définis par le conseil et exprimés par les parties», ajoute le ministre responsable de la Mauricie.

Son but? «Créer encore une fois une nouvelle condition qui est particulièrement favorable à l’atteinte d’un règlement négocié». «J’ai rappelé aux parties leur devoir de négocier avec diligence. Tel que prévu au Code du travail, on a un service de conciliation. Il y a un article qui prévoit qu’une seule des parties peut demander l’intervention d’un conciliateur-médiateur. Si une partie me le demande, bien sûr, je vais accepter et nommer soit l’un des médiateurs qui étaient présents ou quelqu’un d’autre. Le mandat du conseil de médiation est terminé, mais il demeure à ma disposition si jamais j’en avais besoin. Si d’un commun accord, les parties me demandaient une nouvelle intervention du conseil de médiation, je serais extrêmement favorable à ça», tient-il à indiquer.

Pour ce dernier, l’objectif a toujours été le même, soit qu’il y ait une entente négociée entre les parties. «Je n’arrêterai pas d’être dans l’action dans ce dossier-là. Je suis extrêmement préoccupé par les répercussions de ce conflit. Je vis à Trois-Rivières, je m’en fais parler, peu importe où je vais, que ce soit dans les restaurants, à la pharmacie, dans un commerce. C’est un salarié, un membre de la famille, un commerçant, le restaurateur. C’est toute notre économie. C’est bouleversant pour notre région. C’est ça qui m’impose de continuer à agir et à intervenir, je ne lâcherai pas. C’est une priorité aussi de mon gouvernement», assure le ministre Boulet. 

Premier anniversaire

Un an après le déclenchement du lock-out à l’Aluminerie de Bécancour, les syndiqués vont se rassembler vendredi, sous le coup de 14 h, devant le bureau du député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel. La section locale 9700 du Syndicat des Métallos invite d’ailleurs tous les maires de la région ainsi que les députés, dont Donald Martel, à venir s’adresser aux lockoutés qui seront présents.

«L’ensemble de la région et même du Québec est affecté par le lock-out qui s’éternise. Nous invitons donc les élus à venir se prononcer au sujet du conflit. La compagnie prend en otage les 1030 familles, affecte l’économie de la région et fait payer la note à Hydro-Québec et l’ensemble des Québécois», a indiqué le président syndical, Clément Masse.

Selon lui, à ce jour, le lock-out a fait perdre plus de 215 millions de dollars à Hydro-Québec parce que, dit-il, le lock-out est considéré comme un cas de force majeure, «ce qui permet à ABI de se soustraire à ses obligations et de ne pas payer pour l’ensemble du bloc d’électricité qui lui est réservée».

Contrairement à son collègue Jean Boulet, le député Martel entend répondre présent lors de ce rassemblement syndical prévu le 11 janvier prochain devant son bureau situé au 625, avenue Godefroy, à Bécancour. «Je vais être là par signe de solidarité, par rapport aux travailleurs. Ils ont toute ma sympathie pour ce qu’ils vivent. Je comprends très bien leur impatience et leur anxiété. J’ai aussi hâte qu’eux que ça se règle. Je sais bien que ce n’est pas un conflit politique, c’est un conflit privé, mais si je peux aider, c’est sûr que je vais tout faire pour essayer de rapprocher les parties, mais ce n’est pas facile», a-t-il fait savoir.