Lucien Bouchard a agi à titre de médiateur spécial dans le dossier du lock-out chez ABI du 31 mars 2018 au 16 janvier 2019.

ABI: 145 000$ versés à Lucien Bouchard

TROIS-RIVIÈRES — L’ancien premier ministre du Québec, Lucien Bouchard, a touché 145 640 $ pour ses fonctions de médiateur spécial et président du conseil de médiation mandaté par le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale pour rapprocher la direction de l’ABI et ses employés syndiqués en lock-out. Par ailleurs, le ministre du Travail, Jean Boulet, envisage de recourir à une hypothèse de règlement pour régler le conflit de travail qui perdure depuis plus d’un an.

TVA Trois-Rivières rapportait lundi que selon des données recueillies par la Loi d’accès à l’information, l’ancien premier ministre du Québec a reçu des honoraires de 145 640 $ pour son travail. Rappelons que son mandat a débuté le 31 mars 2018 pour se terminer le 16 janvier 2019.

En entrevue, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, affirme que Lucien Bouchard «a fait un travail de très grande qualité». «Il a une excellente réputation au Québec et à l’international. Il a mis énormément de temps dans le dossier de médiation», précise celui qui est également député de Trois-Rivières.

Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet.

«Ce sont des montants qui m’apparaissent raisonnables, lorsqu’on tient compte du temps, de l’énergie et de la qualité du travail de M. Bouchard. Ce n’est pas hors du commun.»

La médiation dirigée par Lucien Bouchard n’a toutefois pas permis de dénouer l’impasse dans ce conflit de travail qui dure depuis un peu plus d’un an. Jean Boulet indique que le rôle du médiateur est de faire cheminer les deux parties et que «ce n’est pas les médiateurs qui font l’entente».

Donald Martel aurait bien sûr aimé que l’apport de Lucien Bouchard ait permis de mettre un terme au lock-out. «La situation dans laquelle nous nous retrouvons est décevante. Il n’y a pas de résultat et oui, c’est vrai que les coûts de ces négociations sont très élevés. Je veux toutefois rappeler que tout le monde était d’accord pour confier ce mandat à M. Bouchard, l’an dernier et si la tentative avait été couronnée du succès, personne aujourd’hui n’aurait quoi que ce soit à redire. Le fait que ça n’ait pas marché démontre encore une fois que la solution doit venir des deux parties», estime pour sa part le député caquiste de Nicolet-Bécancour, Donald Martel.

Le maire de Bécancour Jean-Guy Dubois

De son côté, le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, soutient que même si la médiation a échoué, elle valait la peine d’être tentée. «On a tout fait pour arriver à une entente. Ce sont des centaines de millions de dollars qui sont en jeu. Alors un montant comme 145 000 $ sur des centaines de millions, c’est minime», soutient le maire. «Il n’y a rien de catastrophique dans ce montant.»

Spécialiste en relations de travail et professeur au département de gestion des ressources humaines de l’Université du Québec à Trois-Rivières, Jean-Claude Bernatchez indique pour sa part que les honoraires versés à Lucien Bouchard respectent les normes actuelles. «Un tarif professionnel est actuellement d’environ 300 $. La tarification des arbitres au Québec va de 200 à 300 $ de l’heure», précise-t-il en avouant qu’un avocat de la trempe de Lucien Bouchard peut aisément se retrouver au sommet de la fourchette des tarifs.

«M. Bouchard a été en poste près de 10 mois et on doit considérer aussi les dépenses. Dépendamment du temps et des déplacements, c’est un montant qui peut être très justifié.»

Le député de la CAQ Donald Martel

Vers une hypothèse de règlement?

Le ministre du Travail a mis en place depuis la fin du mandat du comité de médiation un groupe de travail composé d’expert pour accompagner les parties vers les objectifs de négociation. «Sur les positions, je réalisais que ça n’avançait pas beaucoup», avoue le ministre Jean Boulet, qui a identifié des objectifs de négociation pour la suite des choses.

Ces objectifs de négociation sont: la flexibilité opérationnelle, l’augmentation de la productivité, la stabilité des emplois, la pérennité de l’usine et le climat de communication. Pour l’instant, le ministre du Travail souhaite donner la chance aux parties d’avoir recours à ce groupe de travail, ce qu’ils n’ont pas encore fait. «Les deux parties me disent qu’elles veulent négocier et arriver à une entente par elles-mêmes», soutient Jean Boulet.

Si les négociations demeurent au point mort, le ministre du Travail envisage toujours l’hypothèse de règlement. «J’y vais étape par étape. J’essaie à chaque étape d’imposer une certaine diligence, donc un délai raisonnable. Après ça, je vais à l’étape suivante. Je vais continuer dans cette même orientation», confirme-t-il.

Le professeur de l'UQTR Jean-Claude Bernatchez

L’hypothèse de règlement serait une bonne solution pour tenter de dénouer l’impasse, estime pour sa part Jean-Claude Bernatchez. «L’employeur souhaite une plus grande flexibilité opérationnelle. Je pense que là-dessus, le syndicat peut faire un compromis. Concernant la stabilité des emplois, l’employeur ayant plus de flexibilité opérationnelle, étant donc en mesure de faire plus d’argent, pourrait garantir davantage la pérennité des emplois», analyse Jean-Claude Bernatchez.

Toutefois, les négociations sont directement liées, rappelle le professeur à l’UQTR, à la baisse du prix de l’aluminium. Depuis un an, la baisse du prix de ce métal favorise le rapport de force de l’employeur et ne facilite pas un règlement rapide du conflit. «La tonne d’aluminium est passée à près de 3000 $ à environ 2450 $ depuis un an. Si l’usine fonctionnait à pleine capacité, ça aurait fait 160 millions $ de moins pour l’employeur», note le spécialiste. «L’employeur n’est pas pressé de régler le conflit. On est parti de deux petits points de négociation et finalement on est passé à une médiation qui a traîné en longueur et les parties se sont éloignées, malgré la présence de Lucien Bouchard. Et finalement, avec la baisse du prix de l’aluminium, c’est probablement plus le syndicat qui devra faire un compromis, plutôt que l’employeur.»