Le sénateur et fondateur de l'Association des familles de personnes assassinées ou disparues, Pierre-Hugues Boisvenu.

À quand un registre public des prédateurs sexuels?

Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu est catégorique: un cas comme celui de Cédrika Provencher devrait inspirer le gouvernement à enfin créer un registre public des délinquants sexuels. Le fondateur de l'Association des familles des personnes assassinées ou disparues (AFPAD) comprend d'ailleurs que le public au Québec peut être en colère lorsqu'il est question des mesures préventives en ce qui concerne les agressions sexuelles commises sur des enfants.
Depuis que les restes de la petite ont été retrouvés, il y a un an, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts, mais Pierre-Hugues Boisvenu constate que le débat entourant la création d'un registre public des délinquants sexuels n'a pas beaucoup bougé. «La CAQ a publiquement pris position il y a quelques semaines en faveur de la création de ce registre, mais ça a été une fin de non-recevoir. Ce sont de petits pas qui sont réalisés, mais pour l'instant, je constate une fermeture totale du gouvernement. Avec ce qui se passe dans le système de justice, les délais qui mènent à des annulations de procès et l'arrêt Jordan, des agresseurs qui sont remis en liberté, je comprends le public d'être en colère. C'est une catastrophe pour les victimes et les victimes potentielles», clame-t-il.
Pierre-Hugues Boisvenu soutient que de toutes les agressions sexuelles commises sur des enfants au Canada, 54 % le sont uniquement au Québec. Par ailleurs, lorsque les prédateurs sexuels sont remis en liberté après avoir purgé leur peine, on perd la trace de 26 % d'entre eux, ajoute le sénateur dont la fille, Julie, avait été froidement assassinée en juin 2002 par Hugo Bernier, qui avait des antécédents judiciaires en matière de séquestration et d'agression sexuelle.
«En Ontario, on ne perd la trace que de 4 % d'entre eux. C'est d'ailleurs en Ontario qu'on voit le plus d'arrestations préventives être faites. À Cornwall, quand un prédateur sexuel est remis en liberté, on publie sa photo. Au Québec, on ne semble pas du tout faire de prévention, mais uniquement de la répression. C'est révoltant, car ça semble être une fin de non-recevoir du gouvernement à chaque fois», déplore-t-il.
Est-ce que l'existence d'un tel registre aurait pu sauver la petite Cédrika Provencher? Difficile à dire pour le sénateur, qui croit néanmoins que si le public est informé de la présence de prédateurs sexuels dans son quartier, il fera preuve d'une plus grande vigilance. 
En terme de prévention, le sénateur Boisvenu rend pour sa part hommage à la famille de Cédrika Provencher, qu'il considère comme un modèle qui aura fait une grande différence en ce qui concerne la prévention des enlèvements. «Ils ont donné beaucoup. S'il y a bien une famille qui a sensibilisé d'autres familles, même tout le Québec, ce sont les Provencher. À mes yeux, cette famille aura marqué l'histoire récente du Québec», confie Pierre-Hugues Boisvenu.