De gauche à droite: Loîse et Geneviève Rajotte-Sauriol, Alexis Hudon et Clémence Hudon, Marguerite Fouillet, Lysandre St-Cyr-Lamothe, Claude Dugas (UQTR), Robert Gauthier, maire et Josette Allard-Gignac, directrice générale du Pipan d’or.
De gauche à droite: Loîse et Geneviève Rajotte-Sauriol, Alexis Hudon et Clémence Hudon, Marguerite Fouillet, Lysandre St-Cyr-Lamothe, Claude Dugas (UQTR), Robert Gauthier, maire et Josette Allard-Gignac, directrice générale du Pipan d’or.

À quand les places subventionnées pour le CPE Enfant-Nature?

SAINT-ÉLIE-DE-CAXTON — La population de Saint-Élie-de-Caxton veut un CPE. Les parents le veulent et la municipalité aussi. Il y a même deux chercheurs de l’UQTR, Claude Dugas et Marie-Claude Rivard, qui souhaitent voir naître ce service car le CPE dont rêvent les Caxtoniens serait aussi unique, en Mauricie, que l’Arbre à paparmanes roses qui trône au cœur du village.

La nature est en effet au cœur du projet. Ce CPE serait le premier au Québec à laisser les enfants en contact avec la nature à plein temps, signale le professeur Dugas, une approche, dit-il, qui a fait ses preuves pour favoriser la socialisation, le développement cognitif et même l’activité physique chez les jeunes enfants.

Tous les ingrédients sont là pour démarrer ce nouveau service tant attendu par les jeunes familles et qui serait opéré par le CPE Le Pipandor, gestionnaire de quatre autres installations à Shawinigan et Saint-Boniface. Il ne manque que l’octroi de places subventionnées par le ministère de la Famille pour que le CPE Enfant-Nature de Saint-Élie-de-Caxton passe du rêve à la réalité.

Une pétition qui a circulé à l’automne 2019 dans la petite communauté a récolté des centaines de signatures en faveur du projet.

«Saint-Élie, c’est vivant. Plusieurs jeunes familles y emménagent. Sur ma rue, il y a 13 maisons et 14 enfants, en comptant ceux qui naîtront en septembre. Par contre, il y a très peu de places de garde au village ou même dans les villages voisins. Pour trouver une place pour notre enfant, il faut souvent se déplacer à Shawinigan, Saint-Boniface ou Saint-Étienne-des-Grès, même si on n’y travaille pas», indique Lisandre St-Cyr Lamothe, photographe, mère de Clémence et d’un enfant à naître en septembre et membre du comité de parents.

Plusieurs garderies ont fermé leurs portes depuis le début de la pandémie, rappelle le comité de parents. Ce nombre est estimé à 600 pour le Québec et à plus de 50 en Mauricie. Tant qu’à ouvrir une garderie à Saint-Élie-de-Caxton, les parents en veulent une qui corresponde à leurs valeurs.

Ils s’inspirent de la Coop Enfant-Nature de Sylvie Gervais et de son programme Enfant-Nature, à Shawinigan. Le professeur Dugas et sa collègue Marie-Claude Rivard, tous deux du département des sciences de l’activité physique de l’UQTR, étudient depuis 5 ans, l’impact de cette approche sur les enfants. «On a vu de beaux résultats sur l’activité physique, entre autres», indique le professeur Dugas, «mais aussi sur les comportements des enfants, sur leur capacité à s’autogérer et à fonctionner ensemble et sur la satisfaction des éducatrices et des parents.»

Le professeur Dugas ajoute qu’une étude récente réalisée en automne et en hiver dans cette coop par une étudiante à la maîtrise, Éliane Nadeau, auprès d’enfants de 3 à 5 ans a fait ressortir que le niveau d’activité physique était de modéré à vigoureux dans presque 45 % des observations», dit-il.

«On pouvait aussi observer des comportements de non-jeu, c’est-à-dire qu’il ne se passe rien, chez 17% des enfants», dit-il. Parmi ceux-ci, certains avaient ce comportement dans 5% du temps et d’autres, pendant la moitié de leur temps d’observation. Or, il appert que ceux qui étaient le plus longtemps en non-jeu préfèrent jouer seuls, «ce qui est un comportement normal pour un enfant de 3 à 5 ans», dit-il.

Tout cela, dit-il, confirme que «plus on leur laisse des occasions de s’autogérer et de prendre des décisions, plus ils vont le faire et plus ils sont capables de le faire.»

«Il y a vraiment des plus de pouvoir offrir aux enfants de les sortir», dit-il afin de combler le fameux déficit nature qui s’observe autant chez les plus petits que chez les plus vieux, signale le chercheur.

Sylvie Gervais, fondatrice de la Coopérative Enfant-Nature croit que cette approche est porteuse d’avenir: «Les bienfaits sont immenses, tant pour les enfants et leur développement que pour les éducatrices. Lorsqu’ils jouent à l’extérieur, dans la nature, les enfants explorent davantage, ils sont créatifs et se chicanent moins entre eux. La pandémie de COVID-19 nous a également révélé des bénéfices insoupçonnés de l’approche Enfant-Nature. Pour les éducatrices qui ont été formées et ont accès à un environnement naturel, la distanciation sociale, c’est un jeu d’enfant», dit-elle.

L’emplacement du futur CPE de Saint-Élie n’est pas encore choisi, mais tous les terrains envisagés sont près de la nature. «En rencontrant Josette Allard, la directrice générale du Pipandor, ce fut le coup de foudre, car elle partageait notre vision», se rappelle Alexandre Fouillet, maraîcher et père de Marguerite, qui attend lui aussi un deuxième enfant en septembre.

La Municipalité soutient le projet depuis la première heure et s’est engagée, par résolution, à construire et louer au futur CPE un bâtiment correspondant à ses besoins.

Le projet répond aussi à la préoccupation des parents face à la pénurie de places en Mauricie, une situation exacerbée par la pandémie de COVID-19.