L’enseignante Caroline Ricard donne un coup de pouce à la petite Roseline Couillard-Clément pour apprendre à marcher sur un tronc d’arbre.

À l'école de la nature: sortir de la classe pour apprendre différemment

TROIS-RIVIÈRES — C’est un petit matin de janvier particulièrement frisquet où le thermomètre affiche -12 °C. Dans la classe de maternelle de Mme Caroline, à l’École primaire d’éducation internationale, dans le secteur Cap-de-la-Madeleine, 21 petits bouts de chou se préparent à vivre une grande aventure.

Caroline Ricard est en train de remplir un gros havresac avec la complicité de ses élèves. Des cordes de couleurs variées, une nappe, un polatouche en peluche, une boîte de papiers-mouchoirs, un livre d’observation des oiseaux et quelques graines s’y entassent.

Les enfants, visiblement très impatients de mettre leur manteau, s’en vont à pied au parc Desssureault, à une quinzaine de minutes de marche. Ils ont baptisé cet endroit qu’ils adorent le Parc des maternelles. Pour eux, c’est une véritable forêt.

Avant de partir, Mme Caroline fait un petit sondage auprès de ses jeunes explorateurs. Qu’aiment-ils le plus faire lorsqu’ils se rendent dans cette forêt?

«Grimper aux arbres», répondent tour à tour presque tous les enfants.

Caroline Ricard est une amoureuse de la nature. Elle a également enseigné chez les Cris où la proximité avec la nature est importante. Après avoir fait des recherches, elle découvre que l’enseignement en pleine nature existe depuis déjà un bon moment en Europe. «Au Québec, il y a une belle effervescence de ce mouvement dans nos écoles», dit-elle.

Effervescence est d’ailleurs le mot qui décrit le mieux l’état d’esprit des petits dès qu’ils mettent les pieds dans le vaste parc Dessureault. Leurs petites voix timides, quasi inaudibles en classe lorsqu’ils répondent aux questions de leur professeure, deviennent subitement claires, enjouées et assurées. Les cris d’émerveillement fusent lorsqu’un écureuil sort de sa cachette, au loin.

Ici, c’est la liberté. La liberté de s’approprier les gros troncs morts qui jonchent le sol depuis la tempête de vent du 1er novembre dernier. La liberté de découvrir, sur la neige, des noisettes cassées et d’essayer de savoir qui ou quoi a bien pu les briser ainsi en deux. La liberté de se fabriquer une maison imaginaire avec de vieilles branches cassées. On marche spontanément à la queue leu leu en équilibre sur les troncs abattus. Chez les enseignants, on appelle ça le développement de la psychomotricité. Les enfants, eux, ont juste beaucoup de plaisir. L’éducatrice physique, Geneviève Roy, en profite pour soutenir le développement moteur de toute cette marmaille.

En 2011, Caroline Ricard a fait une thèse de maîtrise portant sur l’éducation à l’environnement et comment éveiller à la science dans ce contexte. C’est à ce moment qu’elle a commencé à découvrir ce modèle pédagogique.

Il y a en effet beaucoup, beaucoup à apprendre dans la nature, surtout en groupe. Lorsque plusieurs enfants ont une branche morte dans les mains, par exemple, il ne s’écoule pas très long avant que les enseignantes jugent nécessaire de tenir, avec les enfants, une réunion au sommet on ne peut plus sérieuse. Une branche, ça peut blesser quelqu’un aux yeux si on l’agite dans tous les sens, expliquent-elles aux enfants. Il faut donc en être conscients et penser à la sécurité de ses amis. Apprendre à penser aux autres, voilà une belle leçon de vie qui va bien au-delà de la manutention d’une simple branche d’arbre.

Dans les bois, il y a de quoi stimuler la curiosité, l’étonnement, l’apprentissage et l’émerveillement.

Après quelques petites sorties couronnées de succès, Mme Ricard sort maintenant une fois aux dix jours avec son groupe de jeunes explorateurs dans divers espaces verts de la ville.

Elle remarque qu’en nature, «les enfants se développent globalement tellement d’une manière plus naturelle. Les rapports entre eux sont favorisés beaucoup plus que dans la classe. Il y a de l’entraide, de la collaboration, des astuces, de l’audace, des stratégies qu’ils se donnent. Ce qu’ils ont le plus envie de faire, ce sont des jeux à risque», constate-t-elle.


« Les enfants se développent globalement tellement d’une manière plus naturelle. Les rapports entre eux sont favorisés beaucoup plus que dans la classe. Il y a de l’entraide, de la collaboration, des astuces, de l’audace, des stratégies qu’ils se donnent. »
Caroline Ricard

Or, risque ne signifie pas danger. Mme Ricard fait d’ailleurs valoir que passer des heures enfermé avec des appareils électroniques est bien plus dangereux que d’aller prendre l’air dans un parc.

Depuis les premières sorties en nature, Mme Ricard constate que ses élèves «ont de plus en plus besoin de bouger et de jouer. Cette liberté qu’ils sentent en occupant de grands espaces où ils font ce dont ils ont envie leur permet «d’apprendre à être, d’abord, à être en relation harmonieuse avec les autres et à découvrir leur monde», analyse leur enseignante.

«David Suzuki dit qu’on prend soin de ce que l’on connaît», rappelle-t-elle.

«Avec le programme d’éducation internationale, on mise sur l’élève en tant que personne humaine», explique la directrice de l’école, Marjolaine Aubry, «pas seulement sur l’acquisition de connaissances, mais aussi sur le développement de la personne», dit-elle. Les sorties en nature répondent admirablement bien à cet objectif, constate-t-elle.