Le balisage de la rivière Saint-Maurice est compromis pour la saison 2018.

À la recherche d’une bouée de sauvetage

LA TUQUE — On peut dire que les intentions de la Ville de La Tuque d’abandonner le projet de balisage de la rivière Saint-Maurice ont fait des vagues dans la région. La ministre du Tourisme et députée de Laviolette, Julie Boulet, a réagi, mercredi. Elle s’est dite peu surprise par la décision du conseil municipal, mais ouverte à la recherche de solutions pour la suite des choses.

«C’est leur choix. […] J’ai été plus ou moins surprise. Ce candidat à la mairie avait déjà dit qu’il n’appuierait pas ce dossier-là. C’est un dossier avec un ensemble de partenaires de la région. Parfois, avant de prendre une décision dans un dossier comme celui-là on prend le temps de parler avec les partenaires. De toute évidence, ça n’a pas été le choix du conseil municipal. Je respecte ça. Ils ont décidé que pour eux l’investissement n’avait pas rapporté en termes de retombées et d’achalandage alors ils ont décidé de ne pas investir l’argent des contribuables de la Haute-Mauricie», a commenté la ministre Julie Boulet.

Selon elle, il faut désormais regarder pour la suite des choses. Il faudra certainement faire un bilan de la situation et trouver ce qu’il faut pour l’avenir. Une rencontre aura d’ailleurs lieu au début du mois de décembre avec la Ville de La Tuque. Le Fonds d’appui au rayonnement des régions (FARR) pourrait être une des solutions envisageables. 

«Est-ce qu’il y aura une volonté des préfets de soutenir financièrement un projet comme celui-là? Le défi dans le balisage, c’est la récurrence. Chaque année il faut payer un montant significatif. Ça peut être difficile pour ceux qui n’ont pas de retombées palpables», a noté Julie Boulet.

La ministre du Tourisme pense qu’il faudra faire une analyse complète des cinq premières années de ce projet-pilote.

«Ce qu’on avait mis en place, est-ce que c’était suffisant pour répondre aux besoins des touristes? Est-ce qu’il y avait des lacunes? Comment peut-on attirer davantage de bateaux et qu’ils se rendent en Haute-Mauricie? Est-ce que les infrastructures d’accueil, dans Mékinac comme à La Tuque, étaient suffisantes? Un examen complet du dossier doit être fait. Si on décide de poursuivre le projet pour voir s’il peut progresser dans le bon sens, il faudra voir avec le FARR s’ils veulent investir de l’argent», a lancé Mme Boulet.

La ministre Julie Boulet est à la recherche de solutions. Le Fonds d’appui au rayonnement des régions (FARR) pourrait-il être une bouée de sauvetage?

Le maire de Shawinigan, Michel Angers, et le maire de La Tuque, Pierre-David Tremblay, ont eu l’occasion d’échanger sur le sujet, mercredi. Une discussion cordiale et respectueuse, «sans filtre ni balise». 

«C’était très poli et courtois. Il m’a expliqué tout son dossier, incluant la marina. Moi, j’ai gardé la même ligne, on n’a pas d’argent. S’ils trouvent des solutions, des subventions, je ne suis pas fermé», a affirmé le maire de La Tuque.

«Je lui ai dit à la blague de prendre 7 millions sur son projet de 14 millions et de nous donner le reste pour nous faire une belle marina. Là, je vais défendre le dossier du balisage», a-t-il ajouté.

Pierre-David Tremblay a aussi indiqué à son homologue que l’idée n’était pas de le priver de son projet. 

«On a six mois pour travailler et trouver une solution, mais il n’est pas question de mettre de l’argent des contribuables. On ne veut pas lui nuire. On est ouvert, mais on ne doit pas toucher à la taxation», a-t-il lancé.

Le maire Pierre-David Tremblay a également mentionné qu’il pourrait aller cogner à la porte d’Hydro-Québec afin qu’elle s’implique financièrement dans le projet. La société d’État a toutefois mentionné au Nouvelliste qu’une telle demande «ne correspond malheureusement à aucun programme au sein d’Hydro-Québec». 

«Hydro-Québec est prête à s’asseoir avec la Municipalité et la Corporation. Comme proposé cet été aux partenaires, s’ils souhaitent reconduire l’entente de débit garanti, Hydro-Québec sera au rendez-vous comme cela fut le cas durant les dernières années», a rappelé Élisabeth Gladu, conseillère relations avec le milieu Mauricie et Centre-du-Québec chez Hydro-Québec.

Les statistiques compilées par la Ville de La Tuque révèlent que 538 personnes se sont présentées à la marina en 2017. Près du quart de ce nombre était en provenance de La Tuque, 119 personnes exactement. Le même document démontre également que peu de visiteurs ont passé une nuit à La Tuque; 25 nuitées en ville, 9 en camping.

Au total, 311 embarcations ont été enregistrées à La Tuque dont près de la moitié sont des motomarines (145). On dénombre aussi 53 canots, 21 kayaks, 15 chaloupes, 14 pontons et une soixantaine de bateaux ne dépassant pas 25 pieds.

En 2016, La Tuque avait reçu 430 personnes à la marina, dont 117 Latuquois. On avait noté 306 embarcations, cinq de moins qu’en 2017. Encore là, ce sont les motomarines qui arrivent au premier rang avec une fiche de 30 %.

«Ce n’est pas nécessairement concluant les statistiques que l’on a actuellement», a commenté Pierre-David Tremblay.

L’ancien maire de La Tuque, Normand Beaudoin, qui croyait beaucoup au potentiel du balisage de la rivière Saint-Maurice, s’est dit déçu de la décision du nouveau conseil municipal. M. Beaudoin refuse toutefois de critiquer la décision.

«C’est certain que je tenais à ce projet, mais ce n’est plus moi le maire. Le futur dira qui avait raison. Je ne peux rien faire et je ne veux pas critiquer. J’avais une vision avec ce projet-là et une vision ne se réalise pas du jour au lendemain. Le balisage aidait certainement au développement immobilier. Je suis déçu évidemment, mais ce sont eux qui prennent les décisions maintenant», a conclu Normand Beaudoin.