Toutes les personnes désirant entrer à la SQDC sont tenues de présenter une preuve d’identité depuis le 1er janvier 2020.

À 65 ans, il doit prouver qu’il a l’âge légal pour entrer à la SQDC

TROIS-RIVIÈRES — Depuis l’entrée en vigueur, en début d’année, de l’amendement à la Loi encadrant le cannabis, qui a notamment fait passer l’âge légal pour avoir accès aux locaux de la Société québécoise du cannabis (SQDC) de 18 ans à 21 ans, la consigne a été donnée à tous les directeurs des succursales d’exiger une preuve d’identité de tous les clients. Une directive qui a visiblement été prise au pied de la lettre dans la région, s’il faut en croire les propos de Guy Rivard, un homme de Trois-Rivières, qui soutient s’être vu interdire l’accès aux succursales de Shawinigan et de Trois-Rivières à plusieurs reprises, après avoir refusé de se plier à la nouvelle politique, et ce, malgré ses 65 ans.

Aux bureaux de la SQDC, à Montréal, on explique s’en tenir à la loi. «La loi nous donne le privilège de carter tout le monde, nous, c’est une politique universelle qu’on applique à l’ensemble des gens», déclare Fabrice Giguère, du service de relations avec les médias de la SQDC. Il nuance toutefois, et assure que la directive émise à l’ensemble des succursales de la province demandait également aux directeurs de succursale de faire preuve de jugement dans son application. S’il refuse de commenter le cas précis de Guy Rivard, M. Giguère soutient que «si la personne a 65 ans, qu’elle a les cheveux blancs et qu’elle porte des lunettes, on fait preuve de bon jugement, on lui dit la prochaine fois d’apporter ses cartes et on le laisse rentrer».

À la porte de la succursale de Trois-Rivières, on a affiché un écriteau où l’on peut lire: «Pièce d’identité OBLIGATOIRE, à partir du 1er janvier 2020. C’est la LOI». Questionné sur le choix d’une application stricte de la loi, si l’on compare par exemple aux pratiques de la SAQ et de la vente d’alcool, M. Giguère réitère qu’on ne fait que s’en tenir au texte de la loi. Confronté au cas hypothétique d’un client de 95 ans, se déplaçant en marchette, il maintient que lui aussi aurait à présenter une pièce d’identité, convenant toutefois que le gardien pourrait exercer son bon jugement.

Quant à l’argument de la violation du vœu de respect de la confidentialité de sa clientèle, évoqué dans une lettre ouverte de M. Rivard, publiée dans nos pages, M. Giguère ne voit pas d’entorse à sa politique. Aucune donnée personnelle n’est colligée, soutient-il.

Il fait d’autre part valoir que cette interaction avec le client donne également l’occasion au gardien de sécurité de juger de l’état du client et d’évaluer si ce dernier n’est pas intoxiqué ou s’il ne se présente pas là pour acheter du cannabis pour un mineur. Il se garde toutefois de parler d’un «test» formel.

De son côté, Guy Rivard est catégorique, les pratiques de la SQDC depuis l’entrée en vigueur de l’amendement à la Loi encadrant le cannabis violent ses droits.

«Ça va à l’encontre de la Charte des droits et libertés de la personne», clame-t-il. Malgré ce qu’affirme M. Giguère, il maintient s’être vu refuser l’accès aux succursales de la SQDC à au moins quatre reprises, pour ne pas avoir voulu produire une pièce d’identité. Jamais il n’était intoxiqué et il s’est toujours montré courtois, en dépit de sa frustration, assure-t-il.

«On ne carte par les gens de 65 ou 70 ans, c’est un non-sens», martèle-t-il. Pour le sexagénaire, si la Loi encadrant le cannabis diffère de celle sur le tabac ou l’alcool, dans le texte, l’esprit demeure le même et elle devrait être appliquée avec le même discernement. «C’est de l’abus de pouvoir», déplore-t-il.