Jean-Marc Beaudoin
Jean-Marc Beaudoin

87 ans de vie journalistique

Martin Lafrenière
Martin Lafrenière
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — En 100 ans d’existence, Le Nouvelliste a embauché des centaines de personnes ayant le mandat de remplir les pages du quotidien régional à coup d’articles bien ficelés et de photos révélatrices. C’est toujours le cas pour Jean-Marc Beaudoin et Sylvain Mayer, dont les années de service totalisent 87 ans.

Arrivé au Nouvelliste comme journaliste en 1968, Jean-Marc Beaudoin signe depuis des années une chronique dans les pages du quotidien régional. Il a couvert les ouvertures et les fermetures d’usines, les grands rendez-vous électoraux, les enjeux sociaux et tout ce qui compose la vie d’une région. Une histoire datant des années 1980 lui revient tout de suite à la mémoire lorsqu’on lui demande de relater une anecdote survenue durant une carrière qui s’étale sur 52 ans.

«Un jour, un gars vient au journal pour prendre une page de publicité qui coûte 800 $ pour annoncer la fin du monde. Le journal est mal à l’aise de vendre de la publicité à ce type, on ne voulait pas lui siphonner 800 $, mais je rencontre le gars. Il jase bien. Et là, il me dit tout bonnement qu’il a jasé avec Jésus et qu’il a une date pour la fin du monde...»

Sans trop se moquer de son interlocuteur, Jean-Marc Beaudoin écrit un texte teinté de sarcasme et de légèreté. Il veut ainsi faire comprendre aux lecteurs qu’il raconte cette histoire au deuxième degré dans le but de décanter l’affaire. Sauf qu’à la parution de l’article, qui coïncide avec la date de la fin du monde annoncée par le type, l’histoire prend une autre tournure.

«La psychose s’est emparée de la région. Les deux stations de radio ont fait les hot lines et ont pris la nouvelle au premier degré. Les écoles sont fermées. Au journal, on ne répond plus au téléphone. Mes filles arrivent de l’école et ont peur de la fin du monde. Mais le lendemain, les gens ont compris que la fin du monde n’était pas arrivée!»

Sylvain Mayer

En 35 ans de métier comme photographe, Sylvain Mayer ne compte plus les fois où ses vêtements ont senti la fumée après qu’il eut couvert un incendie. Il n’hésite jamais à brandir son appareil-photo pour photographier des accusés dans les palais de justice même si ces derniers peuvent parfois être menaçants. Mais deux souvenirs lui viennent à l’esprit en jetant un coup d’œil sur un aussi long parcours.

«La pire fois où j’ai mis ma vie en jeu, c’est au début des années 1990. Il y a un feu à l’usine Laurentide à Grand-Mère. Le feu est pris dans une machine à papier. Mais c’est impossible d’accéder au feu, car il y a une barrière en haut (l’ancienne usine était placée en bas d’une pente donnant accès directement à la rivière Saint-Maurice).»

L’histoire se déroule en janvier et la rivière est gelée. Le photographe décide d’emprunter le pont de Grand-Mère et de marcher sur la rivière gelée pour se rendre à l’usine.

«Je peux voir le feu. Mais en revenant, la glace craquait. J’ai eu la peur de ma vie! Je marchais avec mon trépied. J’étais à quatre pattes à tâter la glace. Si ça casse, je suis fait. Tout ça pour une photo. Mais la photo était bonne, on voyait du feu!»

Sylvain Mayer a vécu ce que redoutent bon nombre de membres de la presse: couvrir un fait divers impliquant des gens de leur entourage. En février 2001, il reçoit un appel pour un incendie à Notre-Dame-du-Mont-Carmel. En cours de route, il apprend que sa belle-soeur habite nouvellement l’endroit. À son arrivée, il est informé par des pompiers que des occupants n’ont pas eu le temps de sortir du logis.

«Ma belle-sœur et mon beau-frère sont morts dans l’incendie. La pire expérience de ma vie.»