Jeannine et Jean-Charles Cossette sont mariés depuis 70 ans.
Jeannine et Jean-Charles Cossette sont mariés depuis 70 ans.

70 ans de mariage, comme le plus beau des voyages

TROIS-RIVIÈRES — Mercredi, le 15 juillet, cela fera 70 ans que Jeannine et Jean-Charles Cossette sont mariés. Une occasion que les deux Trifluviens n'entendent pas souligner avec exception. Le couple, qui aura eu 9 enfants, 14 petits-enfants et 15 arrières-petits-enfants, semble plutôt avoir pris le parti de célébrer sa vie au quotidien. À l'automne de leur parcours, les deux époux contemplent les traces qu’ils ont laissées d'un regard empreint de calme, de tendresse et d'une certaine fierté.

Leurs gestes sont délicats et trahissent le poids des années. Leur pas est lent. Madame entend moins bien et monsieur ne sent plus beaucoup les choses, du bout de ses doigts. Mais l'esprit est demeuré vif. Et à 91 et 93 ans, Mme et M. Cossette en ont beaucoup à raconter. D'éducation modeste, ils auront abattu les frontières, réelles et symboliques. Leur carnet de voyage est fait de souvenirs tous plus surprenants les uns que les autres, avec au centre, un portrait de famille qui fait encore briller leur regard.

Monsieur est retraité de la défunte Canadian International Paper (CIP) de Trois-Rivières, où il aura gravi les échelons. Madame aura eu quelques emplois, mais se sera surtout beaucoup consacrée à ses enfants. Ils vivent dans la même maison depuis 65 ans, à deux pas de l'Université du Québec à Trois-Rivières. À l'époque, le voisinage était fait de champs. On circulait dans les environs sur des sentiers. C'est là que la famille a fleuri et que les années auront passé.

Les enfants, on les aura accompagnés dans leurs choix, sans trop vouloir leur en imposer. Une quinzaine d'années séparent l'aînée du cadet. Ils auront fait de la natation ou appris le violon, et auront beaucoup voyagé. Pendant que son mari travaillait, Mme Cossette, elle, aura beaucoup joué entre les différentes activités, afin que tous s'épanouissent.

La retraite venue, le couple aura parcouru le monde à son tour. Partout, ou presque. D'abord la France, l'Angleterre, l'Italie... Puis on énumère: la Finlande, la Russie, Cuba, l'Espagne, le Costa Rica, le Honduras et puis où encore? On en oublie. Mme Cossette voulait apprendre l'espagnol en Espagne. Puis le pratiquer en Amérique latine. Elle était portée sur les langues, elle qui a démystifié l'anglais en épluchant la bibliothèque d'un voisin anglophone. M. Cossette l'accompagnera, non pas pour les langues, mais pour goûter à la nourriture qui n'avait rien à voir avec ce qu'on mange chez nous, raconte-t-il. Les voyages forment la jeunesse. Pour eux, ils l'auront conservée.

La retraite est aussi faite de vélo. Beaucoup de vélo. La soixantaine entamée, le couple fera le tour de la Gaspésie... En partant de Trois-Rivières! Les deux époux multiplient les excursions. On va à Montréal, pour la Tour de l'Île. Et on revient à Trois-Rivières, le soir venu. Toujours en vélo! Les hivers, c'est au ski de fond que l'on s'est adonné. La vieillesse prendra son temps pour s'installer. D'ailleurs, les Cossette restent résolument ancrés dans son époque, possédant chacun son compte Facebook.

Or, les plus beaux voyages des deux globe-trotteurs demeurent ceux des vacances annuelles en famille. On louait un chalet dans le défunt Club Coo Coo de la CIP, un ancien camp de bûcherons transformé en camp de chasse et de pêche. Pendant plus de vingt ans, la famille y passera les deux dernières semaines de juillet. Chaque journée s'y entame par une baignade avant de déjeuner. Puis c'est les toasts autour du feu, question de se réchauffer du bain matinal. La routine fédérera le clan, si besoin était. Pour ce couple pieux, dont le chapelet est érigé en rituel quotidien, on comprend que ces souvenirs demeurent leur bien le plus précieux. Il ne reste plus grand-chose que l'on peut encore s'offrir quand la vie nous a fait don d'un pareil bonheur, nous laissent deviner Jeannine et Jean-Charles Cossette.