Une trentaine de nouveaux intervenants seront embauchés par la DPJ de la Mauricie et du Centre-du-Québec pour désengorger les listes d’attente, a indiqué jeudi le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant.

47 millions $ pour la DPJ: 33 nouveaux intervenants seront embauchés dans la région

Trois-Rivières — Pour mieux protéger les enfants vulnérables, le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a annoncé jeudi qu’il allait injecter une somme supplémentaire de 47 millions $ dans le système de protection de la jeunesse.

Cet argent doit notamment servir à embaucher près de 400 professionnels, ce qui devrait permettre de carrément éliminer les listes d’attente sur lesquelles se trouvent les enfants à l’étape de l’évaluation des signalements par la DPJ, espère le gouvernement québécois.

Les 47 millions $ ont été répartis par région, en termes de sommes allouées ainsi que du nombre d’employés à embaucher. En Mauricie et au Centre-du-Québec, 33 nouveaux intervenants devraient être embauchés grâce à cet argent. Une annonce dont se réjouit le CIUSSS, même si on reconnaît que tous les problèmes qui affectent la DPJ ne disparaîtront pas comme par magie.

«C’est très positif comme annonce, mais il y a encore tout un travail qui doit être fait en amont, pour éviter notamment de se rendre en protection de la jeunesse ou d’y retourner parce que le suivi a été interrompu», indique Guillaume Cliche, porte-parole du CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

En conférence de presse, la semaine dernière, le CIUSSS a indiqué vouloir créer 70 à 80 postes dédiés à l’intervention psychosociale, en réaction au rapport accablant de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) sur la DPJ de la Mauricie et du Centre-du-Québec. Au terme d’une enquête couvrant 88 dossiers entre 2013 et 2016, la CDPDJ a relevé que 32 % des enfants en famille d’accueil ont été l’objet d’un signalement retenu pour abus sexuel ou physique. Une proportion similaire d’enfants n’ont pas non plus bénéficié de l’intensité de services minimale recommandée par le ministère de la Santé et des Services sociaux. De plus, cinq familles d’accueil ont été accréditées même si le CIUSSS disposait d’informations indiquant qu’elles pouvaient présenter un risque pour les enfants.

Bienvenu, mais...

Du côté de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), on salue l’annonce du ministre Carmant, tout en précisant que cet argent ne suffira pas à régler l’ensemble des problèmes qui gangrènent les DPJ de la province.

«Cet argent neuf est bienvenu, mais ça semble être une mesure temporaire, puisqu’il n’est pas mentionné que cet argent serait à nouveau versé pour les années futures, nuance Sylvie Godin, responsable pour la Mauricie et le Centre-du-Québec à l’APTS. Donc, on va essayer de désengorger les listes d’attente actuelles qui ont été gonflées par la hausse des signalements des dernières années, mais c’est comme mettre un pansement sur une blessure qui est plus profonde, comme les coupures qui ont généré cette augmentation de signalements là.»

L’APTS estime à 270 millions $ l’argent nécessaire pour répondre à l’augmentation du nombre de signalements des dernières années et ramener à une proportion acceptable le nombre de cas traités par chaque intervenant de la DPJ.

La réaction est similaire du côté de la Fédération des familles d’accueil et ressources intermédiaires du Québec (FFARIQ). «Avoir plus d’intervenants signifie qu’il y aura plus de ressources sur le terrain, qui pourront mieux nous accompagner dans notre rôle, espère Geneviève Rioux, présidente de la FFARIQ. Les enfants ont des besoins qui sont très grands et les familles d’accueil ne sont ni psychologues ni travailleurs sociaux: on a besoin d’intervenants.»

À l’instar de Mme Godin, la présidente de la FFARIQ croit que le ministère de la Santé et des Services sociaux doit encore en faire davantage pour régler l’ensemble de la problématique qui touche les DPJ du Québec.

«Notre objectif est principalement d’éliminer les listes d’attente afin que chaque enfant puisse avoir droit aux soins et services dont il a besoin, et cela, rapidement», a souligné le ministre Lionel Carmant, en conférence de presse à Montréal.

Pour le porte-parole libéral en matière de santé, André Fortin, il est évident que le ministre ne comprend pas la réalité du terrain.

«C’est bien d’injecter de l’argent, mais en pleine pénurie de main-d’œuvre, il faudra trouver les gens pour remplir les 400 postes qui seront créés», a-t-il fait savoir dans une déclaration écrite.

Selon M. Fortin, le ministre n’a présenté aucun plan d’embauche, aucune cible précise et aucun échéancier. Bref, il est d’avis que cette injection de fonds semble davantage être «une opération cosmétique» qu’une réelle prise en charge de la situation.

Recrutement difficile

Tant l’APTS que le CIUSSS craignent par ailleurs que le recrutement de nouveaux intervenants soit ardu, puisqu’il s’agit d’une catégorie d’emploi où les postes sont difficiles à combler. «C’est l’un des types de travail où c’est plus difficile d’attirer de la main-d’œuvre, avec, notamment, les infirmières et les préposés au bénéficiaire», concède Guillaume Cliche.

De son côté, Sylvie Godin souligne que les représentants de l’APTS travaillent actuellement de concert avec la DPJ de la Mauricie et du Centre-du-Québec pour consolider des postes occupés par des employés qui font des remplacements. Elle estime d’ailleurs que tant la partie syndicale que patronale travaillent dans le même sens. «On a les mêmes objectifs et l’atmosphère de travail est excellente, souligne-t-elle. On peut dire que ça va bien avec le nouveau directeur (Robert Levasseur).»

Sur la question du recrutement, le ministre Carmant a indiqué jeudi croire que l’ajout de nouveaux employés va alléger la tâche de ceux déjà en poste, rendant possible leur rétention. Il dit aussi miser sur les finissants, notamment en travail social, pour combler les postes qui seront bientôt affichés.

En injectant ces nouveaux fonds, M. Carmant a dit ne pas avoir l’intention d’attendre les conclusions de la Commission Laurent, mais, s’il le faut, d’autres actions seront prises, promet-il.

«C’est un premier pas pour nous.»

Cette Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, dirigée par Régine Laurent, a récemment été mise sur pied et devrait débuter ses travaux cet automne. Elle a le mandat de revoir toute l’approche gouvernementale pour venir en aide aux enfants vulnérables.

De nombreuses voix se sont élevées récemment pour que les ressources de la DPJ soient bonifiées. Des lacunes avaient été mises en lumière notamment par le triste cas d’une fillette de sept ans de Granby, bien connue de la DPJ de l’Estrie, qui avait succombé à ses blessures après avoir subi des mauvais traitements à répétition.

Le Québec a dépassé le cap des 100 000 signalements annuels - une hausse de plus de 17 pour cent par rapport à l’année 2016-2017 - laissant des milliers d’enfants vulnérables sur des listes d’attente pendant des mois.

Avec La Presse canadienne